Relire le canon français depuis les littératures francophones
Appel à communication
Journée d’étude du 19 mars 2027
Université de Montpellier Paul-Valéry, site Saint-Charles
Organisation :
Linda Rasoamanana (Université de Mayotte et RIRRA 21)
Avec le soutien du laboratoire RIRRA 21 (UR 4209), Universités de Montpellier Paul-Valéry et de Nîmes
Comité scientifique :
Florian Alix (Sorbonne Université)
Ridha Boulaâbi (Université de Paris Nanterre)
Mounira Chatti (Université de Paris-8)
Maxime Del Fiol (Université de Montpellier Paul-Valéry)
Cheikh MS Diop (Université Assane Seck de Ziguinchor)
Cynthia V. Parfait (Université d’Antsiranana)
Linda Rasoamanana (Université de Mayotte)
Argumentaire :
La journée d’étude, inscrite dans le cadre du programme « Francophonies et mondialisation des productions culturelles, littéraires et artistiques » de l’Université de Montpellier Paul-Valéry (laboratoire RIRRA 21), se propose de reconfigurer le regard critique à partir des littératures francophones comme nouveau point d’observation. Un tel changement de perspective implique d’interroger les habitudes heuristiques, les hiérarchies institutionnelles et les approches historiques qui ont longtemps organisé les études littéraires en français. Encore aujourd’hui, les relations entre les productions françaises et francophones restent marquées par la forte asymétrie des légitimités et la faible réversibilité des transferts.
En dépit de certains raccourcis, les membres du collectif Pour une littérature-monde ont contribué en 2007 à promouvoir un décloisonnement entre les littératures de langue française. Alain Mabanckou y avait décrypté les pesanteurs de la hiérarchie symbolique jusque dans les antonomases prétendument élogieuses telles que « le Voltaire africain » ou « le Céline tropicale ». Du côté de la critique universitaire, à la suite de Denis Hollier qui avait commencé à désenclaver l’histoire de la littérature française du paradigme national (De la littérature française1995), des chercheurs francophonistes ou comparatistes ont repensé la littérature de langue française selon des perspectives décentrées et transculturelles. Si, par exemple, Anthony Mangeon a défini les contours d’une histoire intégrative des littératures françaises, francophones et féminines (« Pour une histoire littéraire intégrée », 2014), Maxime Del Fiol a élaboré une histoire francophone, transnationale et transséculaire qui englobe les écrivains diatopiques, translingues ou post-coloniaux contemporains au sein d’une tradition plurilingue attestée dès le XIVe siècle (Francophonie, plurilinguisme et production littéraire transnationale en français depuis le Moyen Âge2023). Quant à Laurent Dubreuil, insistant sur la nécessité de se dégager de la prégnance des usages coloniaux du français au-delà même de la critique postcoloniale, il a défendu un « élargissement » des corpus par le « devenir francophone » où les textes de langue française s’éclairent. via une lecture mutuellement transformatrice (L’Élargissement francophone2024).
La journée d’étude souhaite justement prolonger et enrichir cette réflexion sur les effets heuristiques d’un changement de perspective en privilégiant l’interdépendance que sous-tendent les rapports de force. On pourra dès lors prendre en tous sens l’invitation d’Alberta à Carlos-Rosa dans La Fête des masques de Sami Tchak : « « Je lis, je lis beaucoup (…). Je ne suis pas une idiote, sinon je n’aurais pas dans ma bibliothèque Notre-Dame des Fleurs de Jean Genet. Regardez ! Fouillez dans ma bibliothèque (…). Elle lui tendit un livre, souriante. « Tenez ! Peut-être que vous voulez y jeter un coup d’œil ! ». Trois relectures de Genet seraient envisageables : 1) une lecture croisée Genet <=> Tchak, soit une mise en relation pour, par exemple, faire dialoguer les textes autour du travestissement et des identités instables ; 2) une réversibilité interprétative Genet <= Tchak, soit un renversement du sens du trajet herméneutique habituel pour, par exemple, relire la marge génétienne depuis une poétique francophone de la théâtralité du sujet comme réponse à la domination ; 3) une lecture en réseau Genet <=> Tchak <=> Nina Bouraoui (Garçon manqué) <=> Tahar Ben Jelloun (L’Enfant de sable), soit une constellation textuelle autour des sexualités mineures pour, par exemple, étudier comment ces écritures en français redéfinissent les modalités de représentation des subjectivités marginalisées. Telles sont, à titre de repères, les pistes de relectures du canon français que la journée d’étude souhaite explorer.
Sans exclusivité d’aire, de période ou de méthodologie, les propositions pourront notamment s’inscrire dans les trois axes suivants :
Relire et relier : relecture des circulations ; dialogues explicites, implicites ou occultés entre écrivains français et écrivains francophones diatopiques, translingues ou post-coloniaux (par exemple, Jean-Marie Gustave Le Clézio et Édouard Glissant, Jean Rousselot et Emmanuel Roblès) ; conférences croisées et réciprocité herméneutique ; intertextualité comme « critique spatiale libérée de la linéarité » (Sophie Rabau) et comme lecture réticulaire « élargissant » (Laurent Dubreuil) la francophonie ;
Reconfigurer et décentrer : réévaluation axiologique des périphéries par rapport au canon ; effets de réversibilité herméneutique via des conférences actualisantes d’écrivains français à l’aune d’écrivains francophones diatopiques, translingues ou post-coloniaux (par exemple, Poil de carotte de Jules Renard relu à partir de Marâtre de Salim Hatubou, Les Mandarins de Simone de Beauvoir relus à partir des Samouraïs de Julia Kristeva ou L’Acacia de Claude Simon relu à partir de Cantique de l’acacia de Kossi Efoui) ; décloisonnement de l’histoire littéraire par une meilleure « intégration » (Anthony Mangeon) et par une meilleure prise en compte du plurilinguisme et des dynamiques intra-, inter- et extra-francophones au sein de la « francophonie globale » (Maxime Del Fiol) ;
Faire lire et transmettre : pédagogies de la lecture intertextuelle ; constitution de corpus de textes et dispositifs de « lectures en réseau » (Catherine Tauveron) susceptibles de renouveler l’étude et la légitimation des littératures francophones au sein des pratiques d’enseignement et de formation.
En faisant de la pluralité francophone un opérateur herméneutique de relecture plutôt qu’un objet périphérique de lecture, cette journée d’étude entend élargir la discussion sur les manières de penser, d’interpréter et d’enseigner autrement l’histoire des littératures de langue française.
Bibliographie indicative :
Authier François-Jean, « L’Hexagone et l’Archipel, ou les métamorphoses de l’universel : la place des littératures francophones dans l’enseignement (du) français », Administration et Éducationvol.1, n°181, 2024, p.51-58.
Boudhau Marlène, « Pour une transculturalité de la littérature francophone caribéenne », Le Français aujourd’huivol.1, n°224, 2024, p.75-84.
Casanova Pascale, La République mondiale des Lettres (1999), Paris, Le Seuil, coll. « Points Essais », 2008.
Célérier Patricia-Pia, « Mongo Beti et Voltaire : analyse d’une respectueux appropriation », Études françaises à Dalhousien°30, printemps 1995, p.31-44.
Chavoz Ninon, Les Morts-vivants. Comment les auteurs du passé habitent la littérature présenteParis, Hermann, coll. « Fictions pensantes », 2021.
Del Fiol Maxime (réal.), Francophonie, plurilinguisme et production littéraire transnationale en français depuis le Moyen ÂgeParis, ADIREL, coll. « Travaux de littérature », 2023.
Dubreuil Laurent, L’Élargissement francophone. Dix interventions critiques (2011-2021), Paris, Honoré Champion, coll. « Francophonies », 2024.
Hollier Denis (réal.), De la littérature française (Une nouvelle histoire de la littérature française1989), Paris, Bordas, 1993.
Lafont Suzanne, « Droit de poursuite. Imaginaire patrimonial et présence de Céline dans Verre cassé », 28 août 2015, en ligne. URL : https://suzanne-lafont-droit-de-poursuite.jimdosite.com
Le Bris Michel et Rouaud Jean (réal.), Pour une littérature-mondeParis, Gallimard, 2007.
Le Clézio Jean-Marie Gustave, « Dans la forêt des paradoxes », 7 décembre 2008, conférence Nobel, en ligne. URL : https://www.nobelprize.org/prizes/literature/2008/clezio/25795-jean-marie-gustave-le-clezio-conference-nobel/
Lionnet Françoise, « Littérature-monde, francophonie et ironie : modèles de violence et violence des modèles », dans Lise Gauvin et al. (réal.), Littératures francophones : parodies, pastiches, réécrituresLyon, ENS Éditions, coll. « Signes », 2013, p.119-138.
Mangeon Anthony, « Pour une histoire littéraire intégrée (des centres aux marges, du national au transnational : littératures françaises, littératures francophones, littératures féminines) », dans Abdoulaye Imorou (dir.), La Littérature africaine francophone. Mesures d’une présence au mondeDijon, Éditions Universitaires de Dijon, coll. « Écritures », 2014, p.87-104.
Mathieu-Job Martine (réal.), L’Intertexte à l’œuvre dans les littératures francophonesPessac, Presses universitaires de Bordeaux, coll. « Études africaines et créoles », 2003.
Mazauric Catherine et al. (réal.), Le Texte du lecteurBruxelles, Peter Lang, coll. « ThéoCrit’ », 2011.
Mazauric Catherine et al. (réal.), Textes de lecteurs en formationBruxelles, Peter Lang, coll. « ThéoCrit’ », 2011.
Mcdonald Christie et Suleiman Susan Rubin (réal.), Français Mondial. Une nouvelle approche de l’histoire littéraireNew York-Londres, Presses de l’Université de Columbia, 2010.
Rabau Sophie, L’Intertextualité (2002), Paris, Garnier-Flammarion, coll. « Corpus », 2020.
Simedoh Vincent, « Sami Tchak, Hermine : l’intertextualité ou une réflexion sur l’art roman », Éthiopiquesn°75, juillet-décembre 2005, p.55-74.
Tauveron Catherine, « Fonctions et natures des lectures en réseau », dans Catherine Tauveron et al. (réal.), La Lecture et la culture littéraire au cycle des approfondissementsVersailles, Scéren-CRDP, coll. « Les actes de la DESSCO », 2004, p.72-74.
Vaudin Vanessa, « L’enseignement des littératures francophones dans le secondaire », dans Musanji Ngalasso-Mwatha (dir.), Littératures, savoirs et enseignementPessac, Presses Universitaires de Bordeaux, coll. « Études africaines et créoles », 2008, p.265-277.
Modalités de réponse et de participation :
Les propositions de communication, d’environ 500 mots, assorties d’un titre, d’une brève présentation bio-bibliographique et de l’indication de l’affiliation institutionnelle, devront être envoyées par courriel au plus tard le vendredi 20 novembre 2026 à l’adresse suivante : linda.rasoamanana@umpv.fr
Après évaluation des propositions par le comité scientifique, les notifications d’acceptation seront communiquées au plus tard le vendredi 18 décembre 2026.
Les interventions n’excèderont pas 20 minutes et seront suivies de 10 minutes de discussion.
La journée d’étude se tiendra le vendredi 19 mars 2027 à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, site Saint-Charles.

