La Russie va bientôt retrouver l’arène olympique. À deux ans des JO de Los Angeles, le Comité international olympique (CIO) a levé, mardi 7 juillet, une partie des restrictions imposées aux athlètes russes. Les qualifications leur seront ouvertes dès cet été, même dans les sports d’équipe.
Contrairement à la Biélorussie, entièrement réintégrée début mai avec tous ses symboles nationaux, l’instance olympique se prononce « en temps voulu sur l’utilisation, lors des Jeux olympiques, du drapeau, de l’hymne et des couleurs russes, ou de tout autre symbole ». Les sportifs russes devront également se plier à un suivi antidopage renforcé.
La décision du CIOvivement l’Ukraine, marque une nouvelle étape dans le retour de la Russie aux Jeux olympiques, après une décennie d’exclusion.
2014 : le CIO lance une enquête sur le dopage des sportifs russes
Avec 33 médailles, la Russie domine largement les Jeux d’hiver organisés sur son sol, à Sotchi, en février 2014. Mais, quelques mois plus tard, un documentaire diffusé par la chaîne allemande ARD remet ce succès en perspective. Nourrie par le témoignage de deux athlètes russes, Ioulia et Vitaly Stepanov, cette enquête révèle un dopage systématique couvert par les autorités russes dans l’athlétisme. Le CIO demande alors l’ouverture d’une enquête.
En novembre 2015, les premières conclusions de l’Agence mondiale antidopage (AMA) tombent : les cas de dopage dans l’athlétisme n’auraient pu « pas pu exister » sans l’assentiment du Kremlin. L’Agence russe antidopage est suspendue dans la foulée.
2016 : plus de 100 sportifs russes privés de Jeux à Rio
En mai 2016, un 3e lanceur d’alerte entre en scène. Grigory Rodchenkov, l’ancien directeur du laboratoire antidopage de Moscou, désormais installé aux États-Unis, révèle le système de triche mis en place aux Jeux d’hiver de Sotchi. Il transmet aux Américains de nombreux documents – emails, tableaux… – qui serviront de base à un nouveau rapport de l’AMA.
Publié trois semaines avant les JO de Rio, ce rapport souligne la mise en place « système de dopage d’État sécurisé » lors de la compétition, « dirigé, contrôlé et supervisé » par le ministère des sports russe, « avec l’aide active du FSB, les services secrets russes ». L’AMA plaide alors pour une exclusion de la délégation russe des olympiades organisées au Brésil. Le CIO laisse finalement les fédérations internationales statuer au cas par cas. 118 sportifs russes sont privés de Jeux.
Fin 2017, le Comité olympique russe est suspendu pour dopage. Ce qui n’empêche pas 169 Russes de participer aux Jeux de Pyongyang en 2018, mais sous bannière neutre.
2019 : exclusion historique de la Russie des JO
Pour poursuivre ses enquêtes, l’Agence mondiale antidopage demande à la Russie de lui fournir les données du laboratoire antidopage de Moscou gardées sous séquestre. La Russie s’exécute, mais les experts de l’AMA se rendent compte que ces documents ont fait l’objet de nombreuses manipulations.
C’est la goutte d’eau de trop. Le 10 décembre 2019, le CIO punit la Russie en l’excluant des Jeux olympiques pour quatre ans. Même si le Tribunal arbitral du sport réduit cette durée de moitié, la sanction infligée à Moscou est inédite dans l’histoire de la justice sportive.
Les sportifs russes ne sont pas disqualifiés des JO pour autant. Ils peuvent concourir sous le drapeau du ROC, le Comité olympique russe, aux Jeux d’été de Tokyo en 2021, et à ceux d’hiver de Pékin l’année suivante.
2022 : bannissement des Jeux paralympiques de Pékin
À peine les JO de Pékin terminés, l’armée russe envahit l’Ukrainedéclenchant une série de sanctions sportives. Le CIO accuse Moscou d’avoir violé la trêve olympique. Dès la fin du mois de février 2022, l’instance olympique recommande aux fédérations internationales de ne plus tenir leurs compétitions sur le sol russe et d’interdire tout symbole officiel russe, que ce soit l’hymne ou le drapeau.
Après avoir initialement autorisé les sportifs russes à participer aux Jeux paralympiques de Pékin sous bannière neutre, le Comité international paralympique (CIP) décide finalement de les exclure.
2023 : retour progressif à la compétition
À partir de 2023, les athlètes russes réintègrent progressivement le sport mondial. En décembre, le DSI les autorisés à participer aux Jeux de Paris 2024 puis, deux ans plus tard, à ceux de Milan-Cortina, à plusieurs conditions : ne pas avoir « activement soutenu la guerre en Ukraine »ne pas être sous contrat avec l’armée ou les agences de sécurité russes, concourir sous bannière neutre et ne participer qu’à des épreuves individuelles. Et, bien sûr, avoir franchi l’obstacle des qualifications.
2026 : première réapparition du drapeau russe aux Jeux paralympiques
Avec les restrictions imposées par le CIO, seuls trois athlètes russes ont pu participer aux Jeux olympiques d’hiver 2026 sous la bannière des athlètes individuels neutres. Mais les règles ont été associées pour les Jeux paralympiques. Six athlètes russes ont été autorisés à participer à la compétition sous leur drapeau, ce qui a provoqué une levée de boucliers. La France a ainsi choisi de ne pas envoyer de représentant politique à la cérémonie d’ouverture à Vérone.
Le feu vert donné par le CIO aux sportifs russes ce mardi n’a pas plus fait l’unanimité. S’il devrait permettre à une délégation plus importante de faire le déplacement aux États-Unis pour les JO 2028, plusieurs fédérations internationales maintiennent encore leur exclusion totale des compétitions, à l’instar de World Athletics. Récemment, l’instance réglementant l’athlétisme mondial a souligné qu’aucune « avancée concrète vers des négociations de paix ne s’éta(it) matérialisée ».

