S’exprimant devant le Conseil de sécurité, elle a dressé un constat alarmant d’un monde où « la logique selon laquelle la force fait le droit » gagne du terrain, alimentée par l’intensification des conflits, des dépenses militaires record, des déplacements forcés massifs et le recul des droits humains.
Le débat, qui a pour thème « Honorer la promesse du droit international pour les survivants de violences sexuelles liées aux conflits », était présidé par la Première ministre de la République démocratique du Congo (RDC), Judith Suminwa Tuluka, dont le pays occupe la Présidence tournante du Conseil de sécurité en juillet.
Pramila Patten, Représentante spéciale du Secrétaire général chargé de la question des violences sexuelles commissions en période de conflit, présente un exposé au Conseil de sécurité.
Une réalité largement sous-estimée
Selon le dernier rapport du Secrétaire général, les Nations Unies ont vérifié 9.788 cas de violences sexuelles liées aux conflits en 2025, soit plus du double des chiffres enregistrés l’année précédente. Mme Patten a toutefois souligné que cette réalité reste largement sous-estimée. Les acteurs humanitaires estiment qu’un cas signalé dans un centre de santé cache en réalité entre dix et vingt autres qui ne sont jamais rapportés.
« Nous ne compilons pas ces rapports simplement pour compter les victimes ; nous les compilations parce que les victimes comptent sur nous », at-elle déclaré.
Le rapport couvre 21 situations de conflit et mises en évidence des viols, violations collectives, esclavages sexuels, mariages forcés et actes de traite utilisés de manière variable comme tactiques de guerre, de terreur, de torture ou de répression politique.
La République démocratique du Congo, Haïti, le Soudan et la République centrafricaine enregistrent le plus grand nombre de cas vérifiés.
La majorité des victimes sont des femmes
Près de 90 % des victimes sont des femmes et des filles, tandis que près de 3.000 enfants ont été victimes de violences sexuelles, soit une hausse de 37 % en un an. Les hommes et les garçons sont également ciblés, notamment dans les lieux de détention où ces violences servent à humilier, punir ou extorquer des aveux.
Mme Patten a énoncé des violences « plus répandues, mais aussi plus brutales », parfois accompagnées d’exécutions destinées à empêcher les victimes de témoigner. Elle a rappelé que ces crimes ne sont ni accidentels ni opportunistes, mais constituent une stratégie militaire visant à déplacer des populations, terroriser les communautés et consolider le contrôle de territoires.
Parmi les nouvelles évolutions inquiétantes figurent également l’utilisation des violences sexuelles dans l’économie de guerre, les menaces sexuelles en ligne contre les femmes militantes, ainsi que le rôle joué par la prolifération des armes légères, impliquées dans 70 à 90 % des cas.
Des groupes armés et des Etats responsables
Le rapport recense 77 parties responsables de ces crimes, dont 62 groupes armés non étatiques. Deux États, Israël et la Russie, figurent désormais parmi les nouvelles parties inscrites à l’annexe du rapport, faute de progrès jugés suffisants pour mettre fin aux violations documentées.
Face à cette situation, Mme Patten a appelé le Conseil de sécurité à renforcer les sanctions ciblées contre les auteurs, à déployer davantage de conseillers pour la protection des femmes dans les missions de paix, à financer les services destinés aux survivants et à lutter contre l’impunité.
« Il est temps de remplacer l’impunité par l’unité », at-elle conclu, rappelant que le droit international « n’est pas insuffisant, mais insuffisamment respecté et appliqué ».
Haïti : les violences sexuelles explosent
Carine Jocelyn, fondatrice et directrice du Collectif des femmes haïtiennes, présente un exposé au Conseil de sécurité.
Le Conseil de sécurité a également entendu le témoignage d’une représentante de la société civile en Haïti. Carine Jocelyn, fondatrice du Collectif des femmes haïtiennes, a noté que les femmes et les filles sont devenues des cibles systématiques des groupes armés.
L’ONU a recensé une hausse de 163 % des violences sexuelles en 2025, un chiffre qui ne reflète qu’une partie de la réalité, a souligné Mme Jocelyn. Les femmes et les filles sont violées dans leurs quartiers, dans les camps de déplacés ou enlevées à des fins d’exploitation sexuelle par des gangs lourdement armés.
Elle a déclaré un système judiciaire défaillant, une police sous-équipée et des établissements de santé pillés ou détruits, privant les survivantes de soins essentiels.
Elle a également appelé au respect strict de l’embargo sur les armes, affirmant que les trafics, principalement en provenance des États-Unis, alimentent les violences.
Estimant que les réponses sécuritaires ne suffiront pas, Mme Jocelyn a exhorté le Conseil de sécurité à renforcer le soutien aux organisations locales dirigées par des femmes, à lutter contre l’impunité et à garantir la participation pleine et entière des Haïtiennes aux futurs processus politiques.
« Les Haïtiens en ont assez des fausses promesses », at-elle conclu, appelant la communauté internationale à « ne pas détourner le regard ».

