La course contre la montre à l’approche des élections au Soudan du Sud
Alors que la fenêtre pour organisateur des élections significatives se referme, les trois initiatives en cours aboutiront-elles ?
Publié le 31 mars 2026 dans
L’ISS aujourd’hui
Par
Moïse Chrispus Okello
chercheur principal, Analyse de la sécurité dans la Corne de l’Afrique, ISS Nairobi
L’élection de décembre 2026 constituera la troisième tentative pour mener à bien la transition prévue en 2018 par l’Accord revitalisé sur la résolution du conflit au Soudan du Sud (R-ARCSS) de 2018. Alors que le examen approche, la commission chargée de superviser le processus de paix s’est réunie en garde contre l’augmentation de l’insécurité et le risque d’une « chute dans un conflit à grande échelle ».
En janvier 2026, les violations du cessez-le-feu avaient augmenté de 14 % des et les hostilités impliquant les signataires de l’Accord revitalisé de 43 %. Les Nations unies ont exprimé leur inquiétude face à cette « escalade dangereuse ».
Cette régression s’inscrit dans un cycle récurrent qui débute par des maladresses politiques qui grossissent en un conflit, suivi d’efforts de médiation et d’une mise en œuvre partielle des accords. La rivalité entre le président Salva Kiir Mayardit et son premier vice-président Riek Machar, actuellement détenualimenter ce cycle. Ce qui avait commencé comme un désaccord entre les deux hommes avant 1991 s’est transformé en un conflit ethnique, les luttes de pouvoir au niveau national s’exerçant à travers les violences intercommunautaires.
Plus d’une décennie s’est écoulée depuis décembre 2015, date à laquelle les premières élections postindépendance du Soudan du Sud avaient été fixées. Le conflit qui avait éclaté en décembre 2013 dans cet État naissant avait déclenché un laborieux processus de paix qui avait abouti à l’Accord revitalisé. L’accord prévoyait des élections en décembre 2022 afin de mettre définitivement fin au mandat du gouvernement de transition en février 2023.
Cependant, après avoir été repoussées en décembre 2024, les élections ont été fixés à février 2025 pour être de nouvelles rapportées. Sous la pression nationale et internationale, le gouvernement s’est finalement engagé aux organisateurs en décembre 2026.
À la mi-2025, des inquiétudes concernant les élections de 2026 ont commencé à émerger. L’impasse au sein du gouvernement d’union nationale s’est intensifiée à mesure que la principale opposition politique se désintégrait. Les efforts de paix, tels que l’Initiative Tumaini menée par le Kenya et le Comité ad hoc de haut niveau (C5+) de l’Union africaine (UA), se font concurrence, finissant par perdre de leur élan.
Dans le même temps, la milice ethnique de l’Armée blanche et divers groupes, dont le Front de salut national, ont intensifié leurs activités armées contre les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud (SSPDF). Cela a fourni un prétexte à la Force de défense populaire ougandaise pour soutenir les SSPDF, notamment afin de sécuriser Juba et de protéger les intérêts de l’Ouganda dans la région.
Les mouvements imprévisibles acceptés par Kiir au sein de la haute administration ont également divisé la principale opposition armée en factions soutenant ou s’opposant à leur chef, Machar. En parallèle, la crise économique et les problèmes humanitaires du pays se sont aggravés, en partie en raison des répercussions du conflit au Soudan.
Bien que la violence ait diminué depuis l’accord de paix, le sabotage politique incessant de l’Accord revitalisé et l’impunité continue d’alimenter le conflit dans les États du Haut-Nil, d’Unity et du Jonglei. Dans le seul Jonglei, les violences ont récemment provoqué le déplacement de plus de 280 000 personnesqui s’ajoute aux plus de deux millions de déplacés à l’intérieur du pays.
Fin 2025, les signataires de l’Accord ont revitalisé ont entamé des discussions pour sauver ce qui pouvait l’être de l’accord. La faction de Kiir au sein du gouvernement d’union nationale et ses alliés ont alors proposé de dissocier l’Accord revitalisé du processus d’élaboration de la constitution et d’en réduire le poids dans l’ordre juridique du Soudan du Sud avant les élections. À ce stade, le gouvernement d’union nationale était tellement discrédité que ces propositions n’avaient guère de légitimité.
À l’approche des élections, trois initiatives tentent de stabiliser le Soudan du Sud.
La première est le comité de dialogue électoral lancé par Kiir le 30 janvier. Cet organe de haut niveau, qui comprend les signataires de l’Accord revitalisé et d’autres parties impliquent des clés, est charge de dégager un consensus sur les questions pertinentes des élections.
La deuxième est l’initiative Tumaini, relancée fin janvier, qui prône l’adoption d’une Charte nationale de consensus pour la paix et la démocratie. Elle a mis l’accent sur la stabilisation, la protection des civils, l’accès humanitaire, l’instauration d’un climat de confiance, la tenue des élections et la fin des hostilités. Les groupes réfractaires s’en méfient et son lancement, prévu le 9 février, a été rapporté dans l’attente des conclusions du 39e Sommet de l’UA.
La troisième initiative est le processus C5+lancé en marge du Sommet de l’UA. Elle repose sur la primauté de l’Accord de paix revitalisé, sans prolongation de la période de transition au-delà de février 2027.
Le C5+ appelle à un cessez-le-feu immédiat, à une réunion des dirigeants en Afrique du Sud, à la libération de Machar et à la désignation d’un ancien chef d’État pour faciliter les négociations entre Kiir et Machar. Le 22 mars, Kiir est revenu d’une visite d’une semaine en Afrique du Sud, qui, selon son bureau, s’inscrivait dans la continuité des initiatives du C5+.
Les trois processus de stabilisation diffèrent par leur portée, mais visent généralement à résoudre des problèmes persistants tels que l’impasse politique, l’insécurité et les crises humanitaires. Tous trois rapportent de nombreuses tâches prévues dans l’Accord revitalisé à la formation d’un gouvernement après les élections. Il s’agit notamment de l’unification des forces armées, de la rédaction d’une constitution permanente et de réformes concernant la justice transitionnelle.
Ces propositions permettent au vainqueur des élections – probablement l’actuel gouvernement – de revendiquer un mandat du « peuple » tout en faisant fi de l’Accord revitalisé et de ses institutions, tels qu’ils avaient été initialement négociés.
Tumaini et le C5+ envisagent un rôle pour Kiir et Machar dans la vie politique sud-soudanaise, tant avant qu’éventuellement après les élections. Toutefois, ils ne tiennent pas compte de leur rivalité, principale ligne de fracture du pays. Le C5+ vise également à s’aligner sur d’autres initiatives de paix, tout en soulignant l’importance de régler la question du financement électoral, qui dépend ironiquement de Kiir. Le 27 mars, son cabinet a approuvé les propositions du C5+ et examiné les plans de financement de projets routiers.
Il n’est donc pas surprenant que la Commission électorale nationale n’ait pas reçu les fonds nécessaires avant avril, date à laquelle la fenêtre permettant de mettre en œuvre de manière significative les réformes électorales se refermera.
La trajectoire probable à partir de là s’annonce difficile. Bien que les élections constituent une pratique démocratique courante, l’importance qui leur est accordée au Soudan du Sud risque de saper la raison d’être même du processus de paix. À tout le moins, les propositions devraient éviter de ramener le pays à sa configuration politique d’avant 2013, toutes les tentatives précédentes, y compris l’Accord revitalisé, n’ayant pas réussi à rétablir la stabilité.
Les efforts pour résoudre les crises du Soudan du Sud doivent être gérés par un mécanisme unique. Celui-ci devrait associer l’UA, l’Autorité intergouvernementale pour le développement et la communauté internationale, non seulement pour assurer une médiation solide, mais aussi pour se préparer à d’éventuelles affrontements à l’approche du mois de décembre.
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