Bruno Koné à l’émission (Ph Koaci)
Invité de l’émission « Appels sur l’actualité » de RFI ce jeudi 30 avril 2026, le ministre ivoirien l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Konéa répondu aux préoccupations des auditeurs, largement centrés sur la filière cacao. Les échanges ont mis en lumière les tensions actuels du secteur, notamment la chute des prix, la gestion des excédents et les réformes envisagées.
Au cœur des débats, la question de la répartition des revenus est issue du cacao. Le ministre a rappelé que les planteurs ivoiriens perçoivent entre 60 % et 70 % du prix CAF grâce au mécanisme de prix minimum garanti. Pour la campagne intermédiaire 2025-2026, le prix bord-champ a été fixé à 1 200 FCFA/kg. Le reste est réparti entre les impôts de l’État (15 à 20 %) et les intermédiaires (10 à 20 %). Cependant, une fois transformé en chocolat et vendu sur les marchés occidentaux, la part du planteur chute à seulement 5 % à 7 % du prix final, révélant un déséquilibre structurel dans la chaîne de valeur.
La chute brutale du prix du cacao, passée de 2 800 à 1 200 FCFA/kg, s’explique selon Bruno Koné par un retournement du marché mondial après des sommets atteints fin 2025. La baisse de la demande internationale, liée notamment au coût de la vie, a entraîné un effondrement des cours à Londres et à New York, obligeant les autorités ivoiriennes à réajuster les prix pour relancer les exportations.
Un autre point majeur abordé concerne la gestion des stocks issus de la grande campagne. En raison de la mévente liée aux prix jugés trop élevés, environ 100 000 tonnes de cacao sont toujours vendues. Face à cette situation, l’État ivoirien est intervenu en mobilisant près de 291 milliards de FCFA pour racheter ces volumes au prix initial de 2 800 FCFA/kg, via le Conseil Café-Cacao.
Cette opération visait à soutenir les producteurs et à éviter un effondrement immédiat de leurs revenus. Toutefois, ce mécanisme a un coût élevé pour les finances publiques et ne peut être reproduit indéfiniment, ce qui explique l’ajustement à 1 200 FCFA pour la campagne intermédiaire.
Face à la variante du marché, le gouvernement entend renforcer les outils de stabilisation. Parmi les solutions évoquées figurent la création d’un fonds souverain stratégique, le développement de l’assurance récolte indicielle et la promotion de la transformation locale. L’objectif est clair : capter davantage de valeur ajoutée en transformant localement le cacao, avec l’ambition de traiter 100 % de la production nationale d’ici 2030. Des infrastructures comme le complexe TRANSCAO d’Akoupé-Zeudji, inauguré en 2025, illustrent cette orientation.
Les auditeurs ont également intégré la capacité de la Côte d’Ivoire et du Ghana, qui représentent près de 60 % de la production mondiale, à influencer les prix. Le ministre a rappelé que les cours sont fixés sur les marchés internationaux et largement influencés par les spéculateurs et les multinationales. Malgré l’instauration du Différentiel de Revenu Décent (DRD), les marges de manœuvre des pays producteurs restent limitées.
Sur le terrain, la grogne des planteurs persiste. Certains dénoncent des paiements inférieurs au prix officiel ou envisagent de se reconvertir vers des cultures vivantes plus louables. Une situation qui fait craindre une désaffection progressive pour la culture du cacao, autrefois synonyme de prospérité.
Enfin, le gouvernement mise sur l’agroforesterie, rendu obligatoire depuis 2022, pour concilier production et préservation de l’environnement. Malgré les défis, la Côte d’Ivoire demeure le premier producteur mondial de cacao, avec environ 40 % de l’offre globale. Mais pour les autorités, l’enjeu est désormais de transformer structurellement la filière afin de garantir des revenus durables aux producteurs et de renforcer la souveraineté économique du pays.
