La Santé publique du Québec ne critique plus les associations accordées à la Fonderie Horne par le gouvernement Fréchette, mais elle refuse de rendre public son avis sur la question, contrairement au précédent.
Après avoir fait partie de ses « préoccupations » à la ministre de la Santé face aux allègements proposés dans le projet de loi 11, même si Québec s’était s’abstenir de lui demander son avisla Direction nationale de santé publique s’était finalement fait demander un avis écrit, à la mi-mars.
« Cet avis ne peut pas être transmis dans son cependant intégralement pour le moment », a déclaré lundi une porte-parole de la Santé publique, Marie-Christine Patry, invoquant les « règles habituelles de diffusion des documents gouvernementaux ».
Elle est invitée La Presse à utiliser à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels pour tenter de l’obtenir, une procédure qui peut prendre des mois, voire des années.
L’avis de la Santé publique sur les premiers assouplissements proposés par Québec à la Fonderie Horne, en 2025, avait pourtant été rendu public, lui.
Recommandations
La Santé publique à seulement transmise à La Presse les recommandations contenues dans son avis, qui sont désormais plus conciliantes envers la fonderie appartenant à la multinationale anglo-suisse Glencore.
Elle exhorte notamment le gouvernement à « encourager » l’entreprise à diminuer les rejets de contaminants dans l’air, autant que possible avant l’échéance de son autorisation ministérielle.
Elle recommande également de « demander » à l’entreprise d’accélérer la réhabilitation des sols du périmètre urbain de la ville, de renouveler et bonifier le « Plan d’action gouvernemental », ainsi que de financer une nouvelle étude de biosurveillance pour mesurer la contamination de la population.
Enfin, la Santé publique suggère à Québec de « bonifier le rôle du comité de vigie indépendant afin de permettre l’élaboration de solution concrète pour améliorer la cohabitation et ainsi permettre un meilleur soutien à la population ».
« Ça sonne un peu édulcoré pour ne pas critiquer la décision gouvernementale », juge Olivier Jacques, professeur au département de gestion, d’évaluation et de politiques de santé à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.
« Si l’avis est tenu secret, c’est peu probable qu’il aille dans le sens de la décision gouvernementale », estime-t-il.
Pas un chien de garde
Ce changement de ton de la Direction nationale de santé publique est révélateur du fait qu’elle n’est pas indépendante du politique, indique M. Jacques.
« La directrice nationale de santé publique, c’est une sous-ministre adjointe, c’est une haute fonctionnaire », rappelle-t-il.
Le professeur ne s’en formalise pas, rappelant que le rôle de la Santé publique est de conseiller le gouvernement à l’interne, pas de jouer un rôle de chien de garde comme le Vérificateur général, par exemple.
Les directions régionales de santé publique, elles, sont plus indépendantes du politique, estime-t-il.
La Direction régionale de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue avait d’ailleurs vertement en particulier les associations proposées à la fonderie par le gouvernement caquiste.
Assouplissements adoptés
Québec est allé de l’avant en adoptant le projet de loi 11, en juin, conforme à la Fonderie Horne des assouplissements encore plus importants que ceux qui critiquaient déjà la Santé publique en 2025.
L’entreprise obtient deux ans de plus pour abaisser ses rejets d’arsenic dans l’air à un seuil de 15 nanogrammes par mètre cube (ng/m3) et elle pourra les maintenir à ce niveau jusqu’en 2033.
L’entrée en vigueur de nouvelles limites concernant les rejets de cuivre, de nickel, de zinc, de cadmium et de plomb, ainsi que ceux de dioxyde de soufre (SO2) et de particules fines, est également repoussée de 30 mois.
Pendant ce temps, les rejets d’arsenic de la fonderie ont augmenté de 4,6 % entre 2025 et 2026, selon les données publiques rendues par l’entreprise, en avril.
La Direction nationale de santé publique a refusé d’accorder une entrevue de La Presse.

