À l’occasion du quart de finale de la Coupe du monde 2026 entre la France et le Maroc, tous les regards se tournent vers le terrain où les deux sélections vont s’affronter ce jeudi 9 juillet. Mais derrière cette rivalité sportive se cache une réalité bien différente : les deux pays entretiennent aujourd’hui une relation économique étroite, fondée sur une véritable interdépendance stratégique.
Pendant des décennies, la relation économique entre la France et le Maroc reposait sur un schéma bien établi : la France investissait, exportait ses produits, ses banques et son savoir-faire, tandis que le Maroc accueillait ces investissements et constituait un marché important pour les entreprises françaises. Cette conférence appartient désormais au passé. Les économistes parlent aujourd’hui d’une interdépendance stratégique au sein de laquelle chacun apporte à l’autre des atouts devenus indispensables.
La France demeure un investisseur majeur et un partenaire technologique de premier plan. Mais le Maroc est désormais devenu une plateforme industrielle, logistique et financière incontournable aux portes de l’Europe, tout en offrant un accès privilégié au continent africain. Une évolution qui s’est encore renforcée avec le partenariat d’exception signé lors de la visite d’Emmanuel Macron à Rabat, en octobre 2024.
Le décryptage de Yassine El Yattioui, enseignant – chercheur à l’Université Lumière Lyon 2, secrétaire général de NejMaroc
Automobile : le Maroc est devenu une plateforme industrielle incontournable
Cette transformation est particulièrement visible dans l’industrie automobile. Si Renault ou Stellantis ont développé massivement leurs activités au Maroc, ce n’est plus seulement parce que les coûts de production y sont plus faibles, mais parce que le pays est devenu un véritable écosystème industriel. En une vingtaine d’années, le royaume a investi dans des infrastructures modernes, développé le port de Tanger, créé des centres de formation spécialisés et renforcé toute sa chaîne industrielle. Le taux d’intégration locale ne cesse d’ailleurs de progresser. Autrement dit, une partie toujours plus importante des chaînes de production et de valeur est désormais réalisée directement au Maroc.
Ce modèle séduit particulièrement les entreprises françaises. Produire à quelques jours de camion de la France est aujourd’hui bien plus avantageux que de produire à plusieurs semaines de bateau en Asie. Proximité géographique, stabilité politique relative, infrastructures performantes, main-d’œuvre qualifiée et environnement francophone : le Maroc dispose désormais de nombreux atouts pour les industriels européens.
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Le Maroc, un partenaire stratégique pour la France… et une porte d’entrée vers l’Afrique
Pour autant, la France ne bénéficie plus de la position quasi exclusive qu’elle occupait autrefois. Le Maroc a choisi de diversifier ses partenariats économiques. L’Espagne est devenu son premier partenaire commercial dans plusieurs secteurs grâce à sa proximité géographique et à sa complémentarité industrielle. La Échine investit massivement dans les batteries électriques et les nouvelles technologies, tandis que les pays du Golfe renforcent également leur présence.
Mais le rôle du Maroc dépasse désormais sa seule économie nationale. Le royaume est devenu une véritable porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale. Il offre un environnement bancaire, juridique et logistique plus Lisible que de nombreux autres marchés du continent. Ainsi, pour une PME française souhaitant se développer au Sénégalfr Côte d’Ivoire ou au BéninCasablanca constitue souvent une première étape avant une implantation plus large en Afrique.
Enfin, difficile de ne pas évoquer le rôle de la diaspora. De nombreux Franco-Marocains voient aujourd’hui le royaume comme un territoire d’opportunités professionnelles. Ils connaissent les deux marchés, parlent plusieurs langues et font le lien entre les deux rives de la Méditerranée. Si, sur la pelouse, il y aura donc forcément un vainqueur, sur le plan économique, la France et le Maroc ont compris depuis longtemps qu’en la matière, ils auraient davantage à gagner en jouant ensemble qu’en jouant l’un contre l’autre.

