Pour Don Jr., comme tout le monde l’appelle, la vie est belle depuis que son père est revenu dans le Bureau ovale. En janvier dernier, le magazine « Forbes » révélait que sa fortune personnelle avait été multipliée par six en un an, de 50 à 300 millions de dollars. Par quel miracle ? Jusqu’à la victoire paternelle de novembre 2024, l’aîné du président recevait l’essentiel de ses revenus de la Trump Organization, l’empire familial, qu’il dirige aux côtés de son frère Eric. Le 10 janvier 2025, dix jours avant l’investiture du nouveau président, l’entreprise publie un « livre blanc sur l’éthique ». En vertu de ce guide de bonne conduite, elle s’interdit de signer des accords directement avec des gouvernements étrangers, mais s’autorise à conclure des transactions avec des sociétés privées en dehors des États-Unis.
Ce qui marque un changement significatif par rapport au premier mandat Trump (2017-2021). Don Jr. et Eric avaient alors cosigné un pacte éthique prohibant tout accord tant avec les gouvernements qu’avec les sociétés non américaines. Ils s’étaient donc abstenus de faire des affaires en dehors des États-Unis. Cette période est révolue. Une fois réélu, « Donald Trump semble avoir arrêté de se soucier de l’apparence de conflits d’intérêts », résumé sur la chaîne PBS Kyle Khan-Mullins, journaliste au magazine « Forbes ».
La tournée de Don Jr.
L’an dernier, Don Jr. a donc beaucoup voyagé, dans des pays où il est reçu à bras ouverts par les dirigeants. Au printemps 2025, il effectue une tournée de dix jours, faisant escale en Hongrie, en Roumanie, en Serbie et en Bulgarie, dans le cadre d’une série de discours rémunérés baptisés « Trump Business Vision 2025 ». Il est notamment reçu par le président serbe, Aleksandar Vučić (proche de Vladimir Poutine) pour discuter des « relations économiques et politiques », alors que la Trump Organisation est impliquée dans un projet immobilier controversé à Belgrade. Il rencontre également le ministre des Affaires étrangères hongrois, Péter Szijjártó, à Budapest (alors dirigé par le Premier ministre Viktor Orbán, que JD Vance a vint soutenir lors de sa campagne malheureuse il y a quelques semaines), apparemment dans le but de développer les activités de l’entreprise familiale dans la région.
En octobre 2025, Don Jr. se rend également en Arabie saoudite, où il prend la parole lors du forum annuel sur l’investissement organisé par le prince héritier Mohammed ben Salmane, qualifiant les opportunités d’investissement dans la région de « spectaculaires ». Selon le pointage d’Associated Press, à la mi-avril 2026, la Trump Organization a d’ores et déjà conclu huit accords à l’étranger, dont un au Qatar (projet de club de golf et de villas), un autre au Vietnam, ou encore en Arabie saoudite (complexe « Trump Plaza » sur la mer Rouge), etc.
Depuis le retour de son père au pouvoir, Don Jr. a aussi beaucoup diversifié son portefeuille d’activités. Car il est « très demandé », note le journaliste Kyle Khan-Mullins. « Il a toujours été le plus engagé politiquement et le mieux politiquement connecté des deux frères. Si vous êtes un entrepreneur à la recherche de faveurs de la part du gouvernement fédéral, pourquoi ne pas embaucher le fils du président, connu pour son franc-parler ? »
Cryptomonnaie
Quelques semaines après la victoire de novembre 2024, Don Jr. rejoint ainsi 1789 Capital en tant qu’associé. Ce fonds de capital-risque « patriotique » cofondé par Omeed Malik, un donateur républicain, investit dans des entreprises « anti-woke », conservatrices, qui s’oppose aux « critères ESG » (environnementaux, sociaux et de gouvernance) et s’aligne sur les valeurs MAGA. Don Jr. y joue un rôle clé pour identifier de nouvelles cibles d’investissement. Depuis qu’il y est entré, le fonds s’est multiplié par dix ses actifs sous gestion (de 200 millions à 2 milliards de dollars). En avril 2025, avec le même Omeed Malik, Donald Trump Jr. lance également un club privé ultra-sélectionné, appelé « Executive Branch », à Georgetown, un quartier de Washington. L’endroit est dédié aux républicains MAGA qui veulent se retrouver entre eux pour échanger et faire des affaires. Ce n’est pas gratuit : pour en être membre, il faut débourser 500 000 dollars. Le prix à payer pour nouer des contacts haut placé.
Don Jr. s’intéresse aussi, depuis longtemps, aux cryptomonnaies. En septembre 2024, alors qu’il est encore candidat, Donald Trump, ses trois fils (Don Jr., Eric, et leur demi-frère Barron, 20 ans) ainsi que quelques proches de la famille créent la plateforme World Liberty Financial (WLF). Celle-ci va s’avérer extrêmement rentable grâce à la victoire de novembre 2024. Depuis, les investissements familiaux dans les cryptos et le Bitcoin ont rapporté plus de 100 millions de dollars à Don Jr.
Le fils aîné du président se diversifie dans d’autres secteurs très variés : le marché des prédictions (il est conseiller stratégique de Kalshi, un acteur important du secteur, et investisseur dans Polymarket, un autre grand nom), la pharmacie (il est administrateur de BlinkRx, une plateforme de livraison de médicaments à domicile), les armes à feu (il est administrateur de GrabAGun, vendeur en ligne d’armes) ou encore les drones (il a investi dans le fabricant Unusual Machines et le conseiller). « Le simple fait d’associer son nom à notre entreprise a renforcé notre crédibilité, ce qui nous a permis de nous démarquer », s’est réjoui Allan Evans, le PDG de Unusual Machines, auprès de Bloomberg News. « C’est un peu comme quand Oprah (Winfrey, NDLR) rejoint le conseil d’administration de Weight Watchers. Qu’a dû faire Oprah ? Pas grand-chose. » L’entreprise s’est depuis imposée comme fournisseur de l’armée américaine – un bon client par les temps qui courent. Aux côtés de son frère Eric, Don Jr. investit, en mars dernier, dans Powerus, un autre fabricant de drones, ce qui leur permet de profiter de la guerre en Ukraine, affirment ses détracteurs.
Direction la Maison-Blanche ?
Don Jr. réfute en bloc les accusations de conflit d’intérêts. Aucune ligne rouge légale n’a été franchie – pour l’instant. Malgré ses multiples occupations, il passerait beaucoup de temps à chasser – sa grande passion – et profiter de la vie avec sa nouvelle fiancée, Bettina Anderson, à l’ombre de son père auprès de qui il exerce toujours une influence réelle. En accompagnant plus ?
Comme tous les héritiers, Don Jr. est confronté, où qu’il aille, à la question de savoir si, un jour, il se présentera. L’échéance 2028 paraît peu probable : son ami JD Vance, qu’il a poussé à la vice-présidence auprès de son père, semble, de loin, le mieux positionné pour décrocher l’investiture républicaine. Mais plus tard ? Don Jr. jure aujourd’hui « ne pas savoir », mais on se souvient l’avoir entendu se vanter, en juillet 2021, d’être « en tête dans les sondages », ce qui paraissait alors présomptueux, mais révélait chez lui un vrai appétit pour la fonction. S’il est signé, le projet « The Apprentice » 2.0 lui permettra de suivre les traces de son père. Car Donald Trump l’a prouvé : de la téléréalité à la présidence, il n’y a qu’un pas.

