Le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, est en visite officielle en Espagne du 24 au 26 mars, sur invitation du roi Felipe VI. Annoncé par la présidence comme un déplacement destiné à consolider les relations d’amitié et de coopération entre Dakar et Madrid, ce voyage s’effectue à un moment où le Sénégal cherche à rassurer ses partenaires, à attirer davantage de capitaux et à faire valoir un statut de plateforme stable en Afrique de l’Ouest.
Au-delà du protocole, l’enjeu est d’accentuer les relations d’affaires. Le pays de la Teranga ne se voit plus seulement en allié politique fiable, mais en terrain d’investissement prêt à accueillir des projets de long terme. Dans un contexte international marqué par une intensification de la concurrence entre économies africaines pour capter les financements, il cherche à imposer une image de terre d’opportunités stratégiques déjà exposée lors du Forum Invest au Sénégal tenu du 7 au 8 octobre 2025.
Bassirou Diomaye Faye avait alors exprimé l’intérêt de son pays pour des investisseurs prêts à collaborer avec le gouvernement, afin de soutenir le développement national à travers diverses filières jugées prioritaires, notamment l’agro-industrie, l’énergie verte, la transformation minière, l’économie bleue et le numérique.
Le Sénégal, une porte d’entrée stratégique en Afrique
L’Espagne représente, de ce point de vue, un partenaire tout indiqué. Sa proximité géographique avec l’Afrique de l’Ouest, ses liens humains avec la région et son intérêt croissant pour les questions de connectivité, d’emploi et de présence économique en Afrique en font un interlocuteur stratégique pour Dakar. Pour le Sénégal, l’objectif est aussi d’élargir le cercle de ses partenaires européens, en s’appuyant sur Madrid comme relais vers des réseaux financiers, industriels et institutionnels plus larges. La visite présidentielle prend ainsi la forme d’une opération de positionnement autant que de consolidation bilatérale. Cette lecture s’appuie sur les priorités mises en avant par l’Espagne dans sa relation renouvelée avec l’Afrique.
Les fondements de ce rapprochement économique existent déjà. Le 28 août 2024, le COFIDES, société espagnole de financement du développement, et le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques du Sénégal (FONSIS), ont acté une alliance stratégique destinée à faire croître les investissements privés espagnols au Sénégal et, plus largement, en Afrique de l’Ouest. Pour les autorités sénégalaises, cet accord va au-delà du symbole : il fournit un cadre concret pour identifier, financer et accompagner des projets à forte valeur ajoutée. Dans la compétition actuelle pour les capitaux, disposer d’un tel mécanisme constitue un argument de crédibilité face aux investisseurs.
La dynamique a été renforcée lors du déplacement de Pedro Sánchez à Dakar, le 29 août 2024. Le chef du gouvernement espagnol y avait lancé l’initiative « Alianza Afrique Avanza », présenté comme un outil de promotion de l’investissement productif, de la croissance durable et de l’emploi dans la région. L’esprit de la démarche traduit une volonté de bâtir une relation moins centrée sur l’assistance et davantage tournée vers la co-construction d’opportunités économiques. Pour Dakar, cette évolution du cadre bilatéral est précieuse, car elle permet de remplacer la relation avec Madrid sur le terrain de la production, de la formation et de l’entreprise.
Des besoins concrets
La visite de Bassirou Diomaye Faye s’inscrit également dans une séquence plus large de redéploiement espagnol vers l’Afrique. La Stratégie Espagne-Afrique 2025 – 2028 met en évidence l’accent sur le renforcement des liens politiques, économiques et humains avec le continent, tout en accordant une place particulière aux espaces voisins, notamment l’Afrique de l’Ouest. Dans cette architecture, le Sénégal apparaît comme un point d’ancrage naturel : stabilité institutionnelle relative, façade atlantique, accès aux marchés régionaux et ambition affichée de transformation économique.
Le choix des secteurs mis en avant par Dakar ne doit rien au hasard. L’agro-industrie répond à l’urgence de mieux transformer la production locale et de réduire la dépendance aux importations. Les énergies renouvelables s’imposent dans un pays en quête de souveraineté énergétique et de transition écologique. La transformation minière vise à sortir d’un modèle d’exportation brute de ressources. L’économie bleue renvoie au potentiel du littoral, des ports, de la pêche et de l’aquaculture. Quant au numérique, il demeure le levier transversal par excellence, capable d’améliorer la productivité, de moderniser l’administration et de créer des emplois qualifiés.
Mais la réussite de cette visite ne se mesurera pas à la qualité du protocole ni à l’intensité des déclarations. Elle se jugera à la capacité des deux capitales à convertir ce rendez-vous diplomatique en projets financés, en implantations effectives, en transferts de compétences et en emplois.

