
Dans la ville de Boali, à 95 kilomètres au nord de la capitale centrafricaine, les élèves du lycée sont confrontés, depuis le début de l’année, à un phénomène aussi troublant qu’inexpliqué : des disparitions mystérieuses et répétées au sein de leur établissement. Depuis janvier 2026, une dizaine d’élèves auraient perdu la vie dans des circonstances encore difficiles à élucider. Dans la ville, de nombreux habitants évoquent des causes mystiques, tandis que la justice, faute de preuves, refuse pour l’instant de valider cette hypothèse. À l’approche des examens de fin d’année, l’inquiétude grandit : certains parents préfèrent garder leurs enfants à la maison, dans l’attente de réponses concrètes.
De notre correspondant à Bangui,
Dans la cour du lycée moderne de Boali, en Centrafriqueles élèves se promènent par petits groupes. Les visages sont fermés. Chacun observe autour de lui avec une inquiétude palpable, comme si le danger pouvait surgir à tout instant.
Sac au dos, Nelson Tende et ses camarades de sixième tentent de contenir la peur qui les envahit : « On a peur… On se demande s’il ya de mauvais esprits dans cet établissement. Chaque fois qu’un camarade tombe malade, on pense que c’est la fin pour lui. L’école, qui devrait être un lieu d’apprentissage, devient un endroit où l’on lutte pour survivre. »
Dans cet établissement public, les élèves restent sur leurs gardes. Certains envisagent même des manifestations, voire un boycott des cours si la situation perdure. Depuis le début de l’année, selon Euphrasie Ngoumba, membre de l’association des parents d’élèves, 15 élèves ont déjà perdu la vie : « D’après nos observations, les victimes présentent toujours les mêmes symptômes : agitation, troubles mentaux, maux de tête, perte de connaissance, puis parfois la mort. Un enfant peut être en parfaite santé, quelques heures auparavant, puis s’effondrer brutalement. Nous envoyons nos enfants à l’école pour construire leur avenir, et non pour mourir.. »
« L’avenir de mes enfants est menacé »
Ce matin-là, Jacob Panzé se rend au champ, accompagné de sa femme et de leur chien. Depuis la mort de son fils, élève en classe de troisième, survenue en février , le deuil ne l’a jamais quitté : « J’ai élevé mon enfant dans la difficulté. J’ai traversé tant d’épreuves pour lui offrir une éducation. Il rêvait de devenir médecin. Ce matin-là, il est parti à l’école en parfaite santé… et il n’est jamais revenu vivant. Je suis convaincu que les élèves sont ensorcelés. »
Malgré ces soupçons, aucun suspect n’a été interpellé à ce jour, faute de preuves tangibles. Une absence de réponses qui renforce l’angoisse des familles : « L’avenir de mes enfants est menacé. Je ne peux pas prendre le risque d’en perdre encore un. La vérité doit être établie avant que je ne les laisse retourner à l’école. L’école ne doit pas être un lieu dangereux. Les autorités doivent agir pour garantir leur sécurité. »
Entre hypothèses médicales et croyances populaires, la vérité peine à émerger. À l’hôpital de la ville, le personnel appelle au calme : aucune épidémie n’a été détectée ces derniers mois. De leur côté, les autorités locales poursuivent les enquêtes pour tenter de comprendre ce phénomène. Au lycée de Boali, les responsables multiplient les actions de sensibilisation pour rassurer les parents et encourager le retour des élèves en classe.

