Face à la baisse alarmante de l’allaitement maternellel’État ivoirien muscle sa riposte. La Côte d’Ivoire veut désormais faire de l’allaitement maternelle une priorité nationale. Réunis ce vendredi 8 mai 2026 au Palm Club de Cocody, à Abidjan, les acteurs du secteur de la santépartenaires techniques et représentants de l’État ont tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation des indicateurs liés à la nutrition infantile.
À l’occasion de la première réunion statutaire 2026 du Comité national pour la promotion, la protection et le soutien à l’allaitement et au développement de la menue enfance (CNAPE), le gouvernement ivoirien a annoncé une mesure forte : un financement public de 5 milliards FCFA pour soutenir le Plan national multisectoriel d’accélération de l’allaitement (PNMA) 2025-2027.
Les chiffres présentés au cours des travaux ont suscité de nombreuses inquiétudes parmi les participants.
Selon les données communiquées, le taux d’allaitement maternelle exclusif est passé de 34 % en 2021 à seulement 25,3 % en 2025, malgré les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui préconise un allaitement exclusif durant les six premiers mois de vie.
Pour les autorités sanitaires ivoiriennes, cette baisse constitue une menace sérieuse pour la santé des nourrissons et compromet les efforts engagés dans la lutte contre la malnutrition infantile.
Face à cette situation, le gouvernement ambitionne de porter ce taux à 50 % d’ici 2027 grâce à une stratégie multisectorielle impliquant les services de santéles collectivités locales, les organisations communautaires et les partenaires internationaux.
Un engagement financier inédit de l’État
L’annonce majeure de cette rencontre reste le financement intégral du PNMA 2025-2027 par le budget de l’État ivoirien.
Prenant la parole devant les participants, la coordinatrice du Conseil national de nutrition (CONANUT), Patricia N’Goran, a salué une avancée historique pour la santé infantile en Côte d’Ivoire.
« Il y a moins d’une semaine, une décision importante a été prise : le plan multisectoriel de l’allaitement 2026-2027 sera entièrement financé par le budget de l’État, à hauteur de 5 milliards FCFA. C’est une grande avancée et une victoire collective », at-elle déclaré.
Elle a également transmis les encouragements des hautes autorités ivoiriennes, notamment ceux du Vice-Président de la République, tout en félicitant les partenaires techniques et les organisations de la société civile pour leur mobilisation autour de cette cause.
Cette enveloppe représente l’un des investissements publics les plus importants consacrés récemment à la nutrition infantile dans le pays.
Au-delà du financement, les travaux ont permis d’examiner les modalités concrètes de mise en œuvre du Plan national multisectoriel d’accélération de l’allaitement.
Les discussions ont notamment été portées sur la future caravane nationale de promotion de l’allaitement maternelleles outils de communication, les supports de sensibilisation ainsi que les mécanismes de coordination entre les différents acteurs.
Les participants ont insisté sur la nécessité d’intensifier les actions dans les zones rurales et les localités les plus vulnérables où les indicateurs nutritionnels restent préoccupants.
Une vaste campagne nationale de sensibilisation sera ainsi déployée d’avril à juillet 2026 sur l’ensemble du territoire ivoirien.
Place sous le thème : « L’allaitement, un tremplin pour la vie : soutenir et renforcer ce qui fonctionne », cette initiative vise à encourager les bonnes pratiques alimentaires dès les premiers mois de vie de l’enfant et à sensibiliser davantage les familles aux bienfaits de l’allaitement maternelle.
Présente à cette réunion, Anne Sophie, représentante d’un partenaire technique international, a salué l’effort financier consenti par l’État ivoirien tout en appelant à une meilleure visibilité sur les besoins complémentaires du programme.
« Nous saluons le financement domestique important qui a été mobilisé. Félicitations pour le plaidoyer mené. Cependant, cela signifie-t-il qu’il n’existe plus de gap financier ? Cette information est importante pour nous, en tant que partenaires », a-t-elle souligné.
Cette préoccupation met en évidence l’importance de maintenir une forte coordination entre l’État et les partenaires techniques afin d’assurer une mise en œuvre efficace et durable du programme.
À travers cette nouvelle stratégie, la Côte d’Ivoire entend renforcer durablement la protection de la menue enfance et réduire les risques liés à la malnutrition, aux infections infantileet à la mortalité néonatale.
Pour les autorités sanitaires, l’allaitement maternelle ne doit plus être considéré comme une simple recommandation médicale, mais comme un véritable enjeu de santé publique et de développement humain.
En mobilisant des ressources financières importantes et en lançant une vaste campagne nationale de sensibilisation, le gouvernement ivoirien espère désormais inverser la tendance et offrir à chaque enfant un meilleur départ dans la vie.
Wassimagnon
Par Koaci
