Belinda Pollard est une artiste brodeuse dont le travail, à la croisée de la tradition et de l’expérimentation, transforme le fil en un véritable langage. Ses créations, mêlant broderie d’or, soie et matières insolites, évoquent des paysages, des souvenirs et des émotions avec une profondeur poétique. Rencontre avec une artiste qui a fait de la broderie un art à part entière, entre héritage et innovation.
Née à Angers, Belinda Pollard baigne dans l’univers de la création dès son plus jeune âge. À dix ans, elle pouvait déjà des vêtements, fabrique des décors et suit des cours de dessin et de peinture. Son amour pour l’image la conduit naturellement vers des études d’arts plastiques, suivies d’un maître à Bruxelles. Mais c’est à la prestigieuse école de cinéma La Fémis, à Paris, qu’elle se forme ensuite à la production cinématographique.
Pourtant, malgré sa passion pour le cinéma, un art qu’elle qualifie de « très complet », Belinda ressent un manque : « Je sentais que ce n’était pas ma place. Il me manquait quelque chose : mes mains, la matière. » Après des années dans la production cinématographique, elle décide de faire une pause pour trouver son médium. C’est ainsi qu’en 2016, elle se tourne vers la broderie, un art qu’elle explore d’abord en autodidacte avant d’obtenir un CAP en broderie d’art et de se former aux techniques du crochet de Lunéville et de la broderie d’or.

La broderie comme terrain d’expérimentation et de poésie
Belinda Pollard ne se contente pas de reproduire des techniques traditionnelles : elle les réinvente. Son travail se distingue par un mélange audacieux de matières et de textures, où l’or côtoie la soie, le cuir exotique (comme celui de Hermès, avec qui elle collabore depuis trois ans) et des matériaux plus inattendus, comme les vieux draps de sa grand-mère ou l’organza de soie, qu’elle affectionne pour sa transparence.
« Quand j’ai découvert la broderie d’or, ça a été un coup de foudre », confie-t-elle. Cette technique, qui consiste à broder avec des fils métalliques comme la cannetille, exige une précision extrême : « Le métal ne pardonne pas. Si on le déforme, il faut tout recommencer. » Pourtant, une fois maîtrisée, elle devient « magique », permettant de créer des œuvres en relief où la lumière danse sur les fils dorés.

Ses tableaux ou installations en mouvement s’apparentent à des strates de mémoire. « Je travaille beaucoup sur les cartes, les trajectoires de vie, les superpositions qui créent des mini-mondes », explique-t-elle. Ses œuvres, souvent abstraites, laissent une grande place à l’interprétation : « L’idée n’est pas de guider l’émotion, mais de voir ce que cela produit. Et souvent, cela résonne avec des souvenirs ou des paysages personnels chez ceux qui les regardent. »

Un processus créatif, intuitif et organique
Pour Belinda Pollard, la création est un voyage sans carte précise. Son processus repose sur l’intuition, l’expérimentation et une relation presque charnelle avec la matière : « La recherche, parfois, c’est une émulation folle, parfois, c’est un parcours en dents de scie parce que la matière ne veut pas aller dans le sens où on va. »
Elle cite en exemple un paysage brodé qu’elle a mis deux mois à définir, cherchant inlassablement le bon reflet d’eau, la bonne superposition d’organza : « Je ne me dis jamais à l’avance : ”je vais travailler sur tel sujet.” C’est en faisant que les choses adviennent. » Son cahier de dessin est rempli d’idées, de croquis et d’échantillons : « Je dessine, je teste, je note, je recommence. Parfois, il faut laisser reposer un projet parce que la matière résiste. Mais c’est comme cela que naissent les petites magies. »
Son approche rappelle une gymnastique artistique, où chaque œuvre en appelle une autre, comme si ses créations dialoguaient entre elles à travers le temps : « Quand je regarde mes premières œuvres, je vois des éléments qui réapparaissent aujourd’hui dans des pièces plus abouties. C’est un déploiement constant. »

Transmettre pour perpétuer et innover
Engagée dans la transmission, Belinda Pollard imagine des résidences d’artistes pour partager son savoir-faire tout en s’enrichissant des techniques des autres : « J’ai accueilli une brodeuse d’Aix-en-Provence pendant une semaine. Au final, elle a travaillé sur un de mes projets, mais l’échange était là. C’est ça qui m’intéresse : créer des dispositifs où chacun apprend de l’autre. » Pour elle, la transmission est une façon de perpétuer un héritage tout en le faisant évoluer : « Je réfléchis à accueillir un apprenti, mais il faut qu’il y ait une rencontre, une alchimie. La broderie, c’est un langage, et il faut que ce langage résonne des deux côtés. »

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