Les perturbations politiques et l’incertitude qu’elles engendrent s’additionnent, mais rien n’y fait, le marché boursier ne cesse de défier la loi de la gravité. Même et surtout aux États-Unis. Il sait que l’âge avancé du cycle haussier ne serait pas que source d’inquiétude et un appel à la prudence ou à une allocation d’actif plus défensif. Une explication originale propose une incursion du côté de la « gériatrie boursière », qui pourrait amener au constat que l’état actuel des choses prendrait plutôt la forme d’une occasion d’achat. Eh ben !
Malgré une ou deux corrections ici et là, l’indice boursier de référence, le S&P 500, affiche une hausse de plus de 100 % depuis octobre 2022. D’un point de vue historique, la référence de Wall Street en est à ses plus hauts. N’empêche.
L’étude vient d’Owen A. Lamontdétenteur d’un doctorat, gestionnaire de portefeuille et chercheur. Le spécialiste compare le vieillissement du marché boursier américain à celui de la population. Il ramène le tout à la base : « Pour la population comme pour le marché boursier, la principale cause de ce vieillissement est le manque de nouveaux entrants (de naissances pour la population, de premiers appels à l’épargne publique pour le marché des actions). » Faut-il pour autant s’inquiéter du vieillissement du marché boursier ? « Non (…) Pour les marchés actions, l’absence de jeunes entreprises est synonyme de rendements futurs élevés. Compte tenu de son seul âge, le marché gériatrique actuel est une excellente opportunité d’achat », répond-il.
Le regard du spécialiste porte sur l’âge moyen de cotation ou d’inscription en Bourse des actions américaines de 1980 à 2025. Puis, sur le poids des nouvelles émissions sur la capitalisation boursière durant la période 1929-2025. Dans le premier cas, on peut observer une tendance haussière, soutenue par une diminution depuis 2000 du nombre d’introductions en Bourse et une augmentation de l’âge de fondation de l’entreprise au moment de la cotation, probablement sous l’effet d’un attrait du capital privé auprès des investisseurs institutionnels incitant les entreprises à demeurer privées plus longtemps.
Dans le deuxième cas, une augmentation du poids des nouvelles émissions indique un rajeunissement du marché, à cause de l’arrivée de nouveaux acteurs ou à la surperformance des nouveaux entrants. Owen Lamont reprend le constat d’un autre chercheur voulant que la surperformance des jeunes entreprises est un symptôme de l’émergence d’une bulle spéculative. « Les marchés boursiers en pleine effervescence sont le fruit de technologies innovantes, de personnalités émergentes, d’investisseurs et d’entreprises nouvelles. Les marchés comptant de nombreuses jeunes entreprises ont tendance à être surévalués », ce qui provoque un effet d’entraînement, « les sociétés privées s’empressant d’entrer en Bourse pour profiter de cours boursiers élevés ».
Survol historique
Un survol historique vient étayer le tout. L’auteur de l’étude rappelle les époques suivantes :
— Une énorme vague de nouvelles émissions en 1929, avec un poids culminant à plus de 14 % en janvier 1930. L’indice S&P a chuté de plus de 80 % du sommet au creux de 1932.
— Accompagnant une vague d’émissions qualifiée de « déferlement sans précédent d’émissions de très mauvaise qualité en 1968-1969 — point de départ d’un déclin de 63 % du S&P —, le poids de ces émissions a ensuite culminé à plus de 8 % en septembre 1971.
— Une vague géante lors de la bulle des valeurs technologiques, avec un poids culminant à plus de 12 % en février 2000.
En novembre 2025, la part des nouvelles émissions d’actions ne représentait que 1,3 % de la capitalisation boursière, loin sous la moyenne historique de 4,6 %. Relativement peu d’entreprises sont entrées en Bourse ces trois dernières années, et le nombre d’entre elles présentent actuellement de faibles valorisations. Owen Lamont ajoute qu’avant la sécheresse actuelle, seules les années 1934, 1976, 1977 et 1978 ont enregistré un poids d’émissions nouvelles inférieur dans l’histoire des États-Unis ; des périodes où le marché boursier américain était extrêmement bon marché. « Ces années représentaient des opportunités d’achat exceptionnelles ; les marchés jeunes présentent généralement de faibles rendements ultérieurs », retient-il de ses observations et calculs.
Le chercheur a effectué une première régression en fonction de la pondération des nouvelles émissions de 1929 à 2001, pour constater que la pondération est un indicateur fiable des rendements futurs. « Lorsque le marché est surpondéré en nouvelles introductions en Bourse, les rendements excédentaires du marché sont par la suite faibles. Il a poursuivi pour la période 2001 à 2026 pour conclure que la pondération des nouvelles émissions a continué de bien prédire le marché.
Pour ensuite ajouter que « la régression prévue actuellement des rendements élevés pour l’avenir ».

