Un diamant brut de plus de 3.000 carats, une pierre rose vendue plus de 71 millions de dollars, un joyau maudit, un autre porté par les rois d’Angleterre… À l’heure où Paris accueille la fashion Week haute-couture et où les plus grandes maisons dévoilent leurs créations de haute joaillerie, le dernier rapport du Natural Diamond Council dresse le portrait de ces pierres devenues, au fil des siècles, de véritables icônes du luxe. Entre records mondiaux, histoire mouvementée et fascination intacte.
Avant d’être sertis sur les colliers des plus grandes maisons de joaillerie, les diamants les plus exceptionnels se forment jusqu’à 750 kilomètres sous la surface terrestre, bien plus profondément que la majorité des autres. Ils mettent parfois plusieurs milliards d’années à remonter lentement vers la surface, portés par les éruptions volcaniques, et c’est précisément cette origine hors norme qui explique leur rareté. Plus une pierre est grosse, pure et parfaitement transparente, plus la probabilité de la découvrir devient infinitésimale.
Le Cullinan, le diamant imbattable
Découvert en 1905 en Afrique du Sud, ce colosse affichant 3.106 carats, soit plus de 620 grammes, ce qui en fait encore aujourd’hui le plus gros diamant brut de qualité gemme jamais découvert. À l’époque, sa découverte fait la une de la presse mondiale. Personne ne sait réellement combien une telle pierre peut valoir, et, faute d’acheteur capable de l’acquérir, le gouvernement du Transvaal finit par l’acheter avant de l’offrir au roi Édouard VII d’Angleterre.

Le transport du diamant donne même lieu à une opération digne d’un roman d’espionnage : un faux convoi est organisé pour tromper d’éventuels voleurs, tandis que la véritable pierre voyage discrètement par courrier.
Une fois taillé, le diamant Cullinan donne naissance à plusieurs diamants mythiques, dont les célèbres Cullinan I et Cullinan II, aujourd’hui intégrés aux joyaux de la Couronne britannique et visibles à la Tour de Londres. Chaque année, près de trois millions de visiteurs viennent les admirateurs.
Botswana : le retour des géants
Pendentif plus d’un siècle, aucun diamant de plus de 1.000 carats n’est découvert. Puis, en 2015, la mine de Karowe, au Botswana, révèle le Lesedi La Rona, une pierre brute de 1.109 carats. Une découverte historique, qui marque le retour des diamants géants grâce aux progrès des techniques d’extraction.

En 2024, toujours au Botswana, un nouveau monstre géologique est mis au jour : le Motswedi, un diamant brut de 2.488 carats. Selon le Gemological Institute of America (GIA), il s’agit d’un diamant de type IIa, sans azote détectable, une catégorie extrêmement rare qui regroupe certaines des pierres les plus pures jamais découvertes.
À ce jour, le Motswedi n’a pas encore été taillé, ce qui nourrit toutes les spéculations sur les chefs-d’œuvre qu’il pourrait donner naissance.
Quelques mois après la découverte du Lesedi La Rona, une autre pierre issue de la même mine tenue à tous les salutations. Baptisée Constellation, elle pèse 812,77 carats.
En 2016, elle est vendue 63,1 millions de dollars à la société Nemesis International, basée à Dubaï. Le chiffre impressionne, mais c’est surtout son prix au carat qui entre dans l’histoire : 77.649 dollars par carat, un record absolu pour un diamant brut.
À 71,2 millions de dollars, le diamant rose règne sur les enchères
Si le marché des diamants bruts fascine, celui des pierres taillées atteint parfois des sommets encore plus vertigineux et leurs enchères deviennent de véritables affrontements entre fortunes privées, maisons de joaillerie et autres collectionneurs.

Le disque appartient au CTF Pink Star, un diamant rose de 59,60 carats, sans défaut interne. En 2017, après une véritable guerre d’enchères chez Sotheby’s Hong Kong, ce diamant est adjugé 71,2 millions de dollars à Henry Cheng, président du groupe Chow Tai Fook.
Anecdote intéressante, cette pierre avait déjà été vendue quatre ans plus tôt à Genève pour 83 millions de dollars. Mais l’acheteur n’avait jamais réglé la somme, obligeant Sotheby’s à récupérer le diamant, à le conserver pendant quatre ans, puis à le remettre en vente. Cette fois, la transaction est bien allée à son terme, consacrant définitivement le Pink Star comme le diamant taillé le plus cher jamais vendu.
Les diamants roses dominent largement le marché des enchères. Une fascination qui s’explique par leur rareté extrême. Contrairement aux autres pierres de couleur, les diamants roses ne doivent pas leur teinte à des impuretés chimiques, mais à des déformations de leur structure cristalline, un phénomène encore partiellement incompris.
Résultat : très peu de pierres présentent une couleur suffisamment intense pour atteindre le grade Fancy Vivid Pink.

Juste derrière les roses, les diamants bleus occupent eux aussi une place à part. Deux pierres ont atteint exactement le même niveau de prix : l’Oppenheimer Blue, vendu en 2016 pour 57,5 millions de dollars, et le De Beers Blue, adjugé en 2022 au même montant.
Leur valeur s’explique notamment par la présence infime de bore, un élément chimique rare, dans la structure du diamant, responsable de leur teinte bleue naturelle. Plus la couleur est intense et rare, plus le prix s’envole.

Plus bas dans la hiérarchie, les diamants jaunes et orange restent spectaculaires, mais moins valorisés. On retiendra tout de même le Graff Vivid Yellow, vendu en 2014 pour 16,8 millions de dollars, ainsi que L’Orange, adjugé 35,5 millions de dollars.
Des pierres de musée entre aura de légende et pouvoir
Tous les records ne se mesurent pas en millions de dollars. Certains diamants doivent leur célébrité à leur histoire, parfois plus puissante encore que leur taille.
Le Hope est sans doute le diamant le plus mystérieux au monde.
Originaire d’Inde, selon les archives historiques, il aurait appartenu à des familles royales avant d’être associé au célèbre Bleu de France. Volé pendant la Révolution française, il change ensuite plusieurs fois de mains et de taille.

Il refait surface à Londres au début du XIXe siècle, où il est acquis par le banquier et collectionneur de pierres précieuses Henry Philip Hope, qui lui donne son nom. Au cours du siècle suivant, il connaît plusieurs propriétaires notables, dont l’héritière mondaine américaine Evalyn Walsh McLean, avant d’être achetée par le joaillier Harry Winstonqui en fait don au musée Smithsonian en 1958.
Au fil du temps, une légende de malédiction se construit autour de lui. On raconte qu’il aurait apporté ruine, folie, maladie ou mort tragique à plusieurs de ses propriétaires. Mythe savamment entretenu ou simple coïncidence : cette réputation contribue largement à sa célébrité.
Aujourd’hui, il est conservé à la Smithsonian Institution de Washington, où il a été admiré par plus de 100 millions de visiteurs, devenant l’un des objets les plus célèbres au monde.
Le Régent, chef-d’œuvre français
Autre pièce emblématique selon le Natural Diamand Council : le diamant Régent.
Découvert en Inde en 1698, ce diamant brut de près de 410 carats est transformé en une pierre de 140,64 carats, réputée pour sa symétrie presque parfaite, un exploit technique pour le début du XVIIIe siècle.

Sa carrière est tout aussi remarquable puisqu’il orne la couronne de Louis XV, puis celle de Louis XVI, avant d’être serti sur l’épée de Napoléon Bonaparte. Lorsque les joyaux de la Couronne française sont vendus à la fin du XIXe siècle, le Régent échappe miraculeusement à la dispersion. Aujourd’hui conservé au musée du Louvre, il demeure l’un des chefs-d’œuvre absolus de la joaillerie mondiale.
Il a également échappé au spectaculaire cambriolage perpétré en 2025 dans la galerie d’Apollon, au cours duquel plusieurs bijoux et joyaux de la Couronne furent dérobés. Sa valeur est estimée à plus de 51 millions d’euros.
Un vecteur de différenciation
Qu’ils soient vendus aux enchères, exposés dans les plus grands musées ou conservés dans les collections royales, ces diamants continuent d’incarner un repère de stabilité pour les maisons, les investisseurs et les collectionneurs. Même lorsque les prix atteignent des sommets inédits, la demande ne fait pas toujours, portée par une logique de prestige, de rareté et de différenciation dans un secteur très concurentiel pour les griffes horlogères.
Dernière illustration marquante ? la collection haute joaillerie de la maison Chanelbaptisée “Signes et symboles”, qui fait la part belle à 85 pièces des plus précieuses.
Sous une harmonie de couleurs (choix plutôt rare pour Chanel), se dissimule un immense travail de sélection et d’association. En effet, pour cette collection, plus de 13.000 pierres (sans compter le pavage de diamants), ont été recherchées spécifiquement, et ce sans avoir recours aux stocks déjà disponibles.
Si le collier Lion s’impose comme l’une des créations les plus spectaculaires, il n’en est pas pour autant la plus précieuse. Cette pièce, estimée à près de 5,6 millions d’euros et façonnée au terme de 1.800 heures de travail, déploie un lion qui encadre un saphir octogonal de 20 carats, prolongé par une chute de diamants en V aux tailles variées, dans une interprétation joaillière des imprimés couture.
Le record de valeur revient cependant à une bague, proposée à 6,3 millions d’euros. Sertie d’une émeraude intense de 10,44 carats et soulignée de diamants baguette, elle constitue la pièce la plus chère de la collection Chanel.

