L’Afrique est également au centre de la Coupe du Monde. Le changement de rythme du continent est évident pour tous : autrefois composé d’équipes considérées comme faibles, aujourd’hui les sélections africaines font peur. Du Cap-Vert qui a tenu l’Espagne en échec, au Maroc capable de mettre le Brésil en difficulté, en passant par le nul de l’Égypte contre la Belgique et celui plus récent de la République Démocratique du Congo face au Portugal. Cette révolution à des racines lointaines, beaucoup a été semé dans le passé et aujourd’hui sur la récolte, partiellement, les fruits de ce travail. Oui, car le football européen a toujours été une attraction pour les meilleurs joueurs africains. Il y a aussi ceux de seconde génération, enfants de parents émigrés en Europe, qui, au moment de choisir leur sélection, ont préféré celle de leur pays de naissance. La France en est un exemple, mais il serait injuste de leur en vouloir. Au contraire, ils sont un parfait exemple d’intégration. Le choix de ne pas représenter la sélection d’origine de leurs parents est souvent aussi une forme de reconnaissance envers le pays qui les a élevés et formés en tant que footballeurs. Mais ce sont les sélections africaines qui en paient le prix, car elles ne peuvent pas compter sur ces talents mondiaux. Ce à quoi nous assistons lors de cette Coupe du Monde est cependant un signal que l’Afrique envoie au monde. Il était une fois le Nigeria qui courait, qui faisait peur aux Européens par sa force athlétique, sa vitesse et son imprévisibilité, mais qui était souvent accusé de ne pas avoir l’organisation nécessaire pour aller jusqu’au combat. Il suffisait de l’intelligence tactique et de la discipline défensive des Européens pour contenir la puissance physique des Nigérians et sauver les matchs. Aujourd’hui, le football africain n’est plus seulement instinctif, mais il est aussi organisation et conscience de ses moyens. On l’a vu lors du match du Cap-Vert, capable de résister à l’assaut des Espagnols en décrochant un match nul historique. La polémique Après le match entre la France et le Sénégal, victoire par les Bleus, une polémique a éclaté suite à une phrase prononcée par Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale sénégalaise : « Quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui bat l’Afrique ». Des paroles qui ont relancé le débat sur la faible représentativité de l’équipe de France. Un sujet cyclique qui, est rarement approfondi, car beaucoup de ces joueurs d’origine africaine portent la France en eux et sont reconnaissants envers le pays qui les a formés footballistiquement. En fait, le choix de jouer pour la France est la preuve la plus évidente qu’il s’agit d’un pays capable d’intégrer à travers le football. Il existe aussi des statistiques qui illustrent la supériorité athlétique des joueurs africains. L’une d’elles concerne les accélérations explosives, c’est-à-dire lorsqu’un joueur passe de 9 à au moins 25 km/h en quelques secondes. En tête du classement après la première journée du Mondial se trouve le défenseur ivoirien Diomande, auteur de pas moins de 12 accélérations explosives, un chiffre impressionnant qui le place loin devant les autres. Suivent avec 8 accélérations le Canadien Laryea, le Sud-Coréen Young-woo et le Sénégalais Jackson. Parmi les dix premiers figurent également Diatta (Sénégal), Aït-Nouri (Algérie), Valery et Ben Hamida (Tunisie). En somme, les 10 équipes africaines qualifiées pour la Coupe du Monde racontent quelque chose de nouveau par rapport au passé. La possibilité d’en voir certaines aller loin est enfin concrète, il est peut-être trop tôt pour rêver de remporter la Coupe du Monde mais, un jour, qui sait. Il est certain qu’il faut augmenter les investissements et que certains champions devraient faire un choix de cœur plutôt que de regarder vers l’Europe. Mais avec le temps, cela arrivera aussi. D’ailleurs, en 1974, l’Afrique n’avait qu’une seule sélection sur 16 participants (6,25 % du tournoi), alors qu’aujourd’hui elle compte 10 représentants sur 48, soit environ un cinquième de l’ensemble du Mondial.
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