Les chrétiens s’apprêtent à célébrer ce week-end du 3 avril la fête de Pâques. En Côte d’Ivoire, cette période rime aussi avec de grands départs. De nombreuses familles quittent Abidjan pour rejoindre le centre du pays, notamment le V Baoulé, où se tient la fête de Paquinou. Un moment de rétrouvailles et de retour aux traditions.
De notre correspondant à Abidjan,
Dans le salon de la famille Kouamé, à Cocody, les valises et les sacs s’alignent devant la porte. Sur la table à manger, des packs d’eau et quelques vivres. Les enfants, eux, s’impatientent. Cette famille s’apprête à prendre la route pour Golisinkro, localité située à plus de 300 km d’Abidjan. Pour le chef de famille, Paquinou est avant tout un retour aux sources. « La plupart d’entre nous sommes hors de la région, souligne Hervé Kouamé. C’est l’occasion pour que les différentes familles se retrouvent. Il y a une organisation qui est mise en place : il ya des danses folkloriques, des jeux, les jeunes se retrouvent pour des parties de football, etc. »
Paquinou, ce n’est pas seulement la fête et les rétrouvailles. C’est aussi l’occasion d’échanger autour des projets de développement du village. Mais avant d’y aller, il faut s’organiser. « Ça nécessite beaucoup de moyens. Déjà il faut trouver au moins deux véhicules, prévoir aussi de la nourriture et tout ce qui va avec, liste le père de famille. Il faut aussi prévoir des dortoirs, au cas où il y aurait beaucoup de monde au village. »
Pour Manuela, la mère de famille, ce retour annuel a aussi une dimension éducative. Ses enfants y découvrent un autre rythme de vie, loin du tumulte d’Abidjan. « Les enfants se sentent bien, ils apprennent beaucoup, ils sont contents de retrouver leurs cousins qui restent toujours au village, qu’ils ne voient pas souvent, raconte-t-elle, ils s’adaptent parce qu’il faut qu’ils s’imprègnent un peu de ce qu’on a vécu quand on avait leur âge. »
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Paquinou, « un fait social total »
À la gare UTB d’Adjamé, le ballet des voitures est incessant. Le flux de voyageurs en partance surtout pour le centre du pays ne cesse de croître à la veille de Paquinou. « Cette année, on vient d’acquérir au moins 40 voitures qui viennent renforcer le parc autotémoigne le chef de gare Honoré Kouamé. Depuis 4h du matin, sur un ouvert le guichet. En temps ordinaire, c’est 50 départs par jour. Mais pendant Pâques, il ya 70, 80 départs au niveau d’Adjamé. »
Paquinou est « un fait social total », lance le Dr Gnelbin Nicaise. Autrement dit, un phénomène qui mobilise à la fois les dimensions économiques, culturelles, religieuses et sociales. Une tradition à pérenniser et à transmettre aux générations futures. « Il faut leur faire comprendre que le bonheur ne passe pas par le déracinement, l’acculturation, explique le sociologue, c’est à partir des racines authentiques qu’on arrive à évoluer, à avoir toujours les pieds dans la tradition et la tête aussi dans la modernité. »
Plusieurs festivals sont prévus ce week-end du 3 avril à Abidjan et à l’intérieur du pays, notamment à Botro, Béoumi et Bouaké, pour marquer l’événement et faire connaître la culture du peuple Baoulé.
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