Lorsqu’ils ont emménagé à Marseille il ya cinq ans, Hélène et son mari, déjà associés dans une boutique vintage de luxe à Paris, ont senti “qu’il était temps d’ouvrir un nouveau business“. Le local bénéficie d’une cuisine, la propriétaire a décidé de “relancer le concept“qu’elle avait proposé”des années auparavant à Goa en Inde, et de faire de Silk une friperie de luxe offrant des services de restauration“.
Installée à deux pas du Vieux-Port depuis mi-août, Hélène dresse le portrait de sa clientèle : “On commence à avoir des habitués, globalement entre 20 ans et 45 ans, dont une clientèle de quartier pour le déjeuner, mais aussi beaucoup d’étrangers attirés par nos vêtements de luxe et pâtisseries inspirées de nos voyages.” Et ils ne s’y trompent pas, puisque les vêtements représentent le secteur de vente d’occasion le plus prisé devant les biens culturels ou les meubles.
Des motivations économiques ou environnementales
Parmi les motivations à l’achat de vêtements d’occasion, “les raisons financières domine très largement (39% des acheteurs citent le fait de faire des économies, 18% indiquant qu’ils n’ont pas les moyens d’acheter tous leurs vêtements neufs), devant les motivations environnementales (15%) “, rapporte Agnès Crozet, directrice générale adjointe de l’ObSoCo.
Dans le centre de Marseille, les boutiques proposant du luxe de seconde main font florès. Nina, déjà propriétaire de trois boutiques parisiennes, a franchi le pas avec l’ouverture de Bobby fin septembre dernier, enhousiasmée par “la dynamique de la ville et son potentiel“. Camillia et Carla ne sont pas des habituées des boutiques de seconde principalemais elles admettent s’y “rendre par curiosité et à la recherche de la pépite haut de gamme“.
Cependant, pour dégoter la bonne affaire, encore faut-il être accompagné dans le processus de choix et un œil expert permet d’éviter les arnaques pour des pièces de luxe qui, bien que d’occasion”bonbon coûte cher ” admet Louanne, lycéenne marseillaise. Les raisons qui freinent à l’achat de seconde main sont “la crainte de la qualité ou de l’état des articles de seconde main (usure, défauts) (44% des sondés), l’absence de garantie ou de service après-vente sur les produits (40%) et l’impossibilité de retourner ou d’échanger un article en cas de problème (35%)“, selon Clotilde Combe, directrice d’une étude Viavoice sur ce sujet retenu en juin 2025.
Un marché en quête d’assurances
Chez Silk, les vêtements quasi exclusivement de luxe, sont sélectionnés à la pièce, les propriétaires de la boutique se refusent à “tout achat en gros, afin de garder un œil sur la provenance, la qualité et le style“. Ils privilégient le tribunal de circuit : “Ôn fait le tour des brocantes, vide-greniers et usines de tris, en voyage pas mal et sur notre réseau de fournisseurs professionnels en Espagne et en Italie.“
Hélène se veut optimiste, selon les données du cabinet GlobalData, le marché de la mode d’occasion devrait même atteindre d’ici 2027 les 350 milliards de dollars et dépasser celui de la mode rapide. Camillia et Carla confirment qu’à l’avenir et notamment en vue d’augmenter leur pouvoir d’achat, leur consommation de biens de seconde main devrait croître, louant “la proximité directe avec les vendeurs comme une garantie supplémentaire” qu’offrent les boutiques comme Bobby et Silk.
Le concept de la boutique de Nina repose sur le “dépôt-vente, une transaction indirecte entre particuliers axée sur la confiance“. “On sélectionne des pièces à la mode, de saison et qui ne découlent pas de la fast-fashion“, énumère Nina, invoquant l’attrait “des clients qui ont une âme de chasseur et bénéficient d’une expertise et d’une expérience boutique singulière“.
Si l’ensemble des clients sondés connaît peu leurs droits en matière de consommation de biens d’occasion, Me Fajon, avocat au barreau de Grasseprécis : “Dans le cadre d’un litige entre un professionnel et un particulier, le client est roi, ce dernier n’a pas l’obligation de se mettre autour de la table pour trouver une solution à l’amiable et peut requérir des dommages et intérêts pour inexécution du contrat ou inviter le professionnel à réparer le bien à ses frais.“
Le Code la consommation protège davantage le consommateur que le droit de la vente contenu dans le Code civil. La directrice générale de l’ObSoCo Guénaëlle Gault abonde dans ce sens : “Côté C2C, les risques de contrefaçon, d’état non conforme ou d’absence de recours sont bien réels.“
Longtemps inaccessible, le luxe se démocratise via l’occasion
“Une transformation du regard social portée sur l’achat d’occasion – ce qui était connoté négativement, ou à tout le moins neutre, est devenue progressivement valorisée – a modifié ce marché qui n’est plus un marché de substitution mais un marché d’accès“, défend Guénaëlle Gault. Elle précise également que “jee luxe de seconde tenue principale les primo-accédants, souvent de jeunes femmes aux revenus intermédiaires, qui découvrent le luxe par ce biais, et des connaisseurs avertis qui jugent l’occasion parfois plus fiable pour certaines pièces vintage que le neuf“.
“Même les marques de luxe se mettent à proposer de la seconde main, nos produits de luxe sont nos plus grosses ventes“, constate Hélène, qui ne voit pas d’un mauvais œil cette concurrence et se félicite de permettre à sa clientèle “d’accéder ainsi à des vêtements de luxe qu’elle ne pourrait pas s’offrir en neuf“. Nina approuve ces dires : “Il y a un décalage assez fort dans les grandes villes, la fréquentation de seconde main dépasse celle du neuf.“

