Pour comprendre les origines du réseau fermier, il faut remonter à la fondation de l’organisme Équiterre en 1993. Les idéateurs ont découvert l’agriculture soutenue par la communauté, qui crée des liens entre ceux qui cultivent le sol et ceux qui mangent.
Après les balbutiements vient une première expérience en 1995 avec la ferme Cadet-Roussel, à Mont-Saint-Grégoire, et une trentaine d’abonnés. L’année suivante, sept autres fermes se greffent au réseau. Aujourd’hui, il est présent dans 13 régions administratives avec plus de 115 fermes qui nourrissent 17 000 foyers chaque saison.
En Estrie, on compte 34 fermes productrices, soit les niveaux de l’ensemble québécois. Il est devenu «l’un des plus grands réseaux de fermes biologiques au monde».
«Nous avons intégré le réseau fermier presque à ses touts, soit en 1997. Le projet a démarré dans un salon montréalais, avec des citoyens et des écologistes voulant promouvoir la culture biologique et recréer le lien entre fermiers et consommateurs», souligne Véronique de Broin, porte-parole du réseau et maraîchère à la coopérative les Jardins de Tessa de Frelighsburg début.
L’ABC de l’agriculture en communauté
Le tout en faveur d’une agriculture locale, sans intermédiaire, et solidaire de la terre et de ses communautés. Cette vision résonne encore et toujours.

«Le modèle de l’agriculture soutenu par la communauté sorte de la logique d’une économie capitaliste traditionnelle, telle qu’on la connaît. On parle de vente directe entre le producteur et le consommateur», explique Véronique de Broin.
Le modèle se distingue à plusieurs niveaux, selon cette dernière. Le client offre un paiement à l’avance, un engagement mutuel entre fermier et gestionnaire.
«Les gens s’abonnent au printemps, embarquent dans l’aventure des fermiers de famille, et peuvent payer en plusieurs versements après un premier paiement.»
— Véronique de Broin, maraîchère à la coopérative les Jardins de Tessa de Frelighsburg
Pour le client, les premiers paiements garantissent un accès au prix convenu à des légumes biologiques, frais et locaux, dans un contexte inflationniste. Pour les fermiers, les sommes en amont représentent un filet de sécurité, sans avoir à passer par l’endettement pour assurer les opérations.
«Nous ne sommes pas soumis aux fluctuations du marché. Aux Jardins de Tessa, sur provisionné environ 350 familles par année. Donc, on établit notre plan de production en conséquence. L’argent entre en amont, au moment de dépenses importantes, que ce soit pour les semences, les fertilisants ou la machinerie.»
Les Jardins de Tessa, membres du réseau, approvisionnent à Frelighsburg, mais aussi à quelques points dans la métropole québécoise.
Cap vers le futur
Le réseau célèbre son 30e printemps. On souhaite se faire connaître davantage des citoyens.
«On vient d’introduire la notion de adhésion pour tous les gens qui s’abonnent pour obtenir des paniers biologiques. Ils payaient une cotisation de 28 $, permettant de devenir membre-citoyen.»
— Véronique de Broin
Ils sont informés quant aux activités du réseau et des fermes, et sont conviés à des événements sur la ferme dans le cadre du 30e anniversaire. Les membres-citoyens se reconnectent avec l’alimentation, le territoire et les gens qui nous nourrissent, assure Mme de Broin.
«C’est aussi de se reconnecter avec la saisonnalité. Qu’est-ce qu’on mange au Québec?»
La maraîchère l’assure : la variété est bien présente en province. Déjà, le réseau propose une offre assez diversifiée. Chaque semaine, on peut compter une douzaine de produits biologiques différents dans les paniers. Et ça change tout au long de la saison.
«Les fermiers de famille, c’est une grande sécurité pour le Québec. Sur chaque rang, on garde vivant cette expertise, celle de cultiver une variété de légumes locaux en respect aux règles de l’agriculture biologique, pour la santé des sols, la biodiversité…»
À l’image de ses homologues, Véronique de Broin ne cultive pas seulement pour notre génération. La fertilité et la pérennité des terres sont au cœur de la passion. Puisque l’idée de souveraineté alimentaire appartient tout autant aux citoyens du futur.

