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    Home » Vincent Hein : « Un conflit vient toujours d’une mauvaise intention que l’on prête à l’autre » – Invité culture
    January 15, 2026

    Vincent Hein : « Un conflit vient toujours d’une mauvaise intention que l’on prête à l’autre » – Invité culture

    news30By news30January 15, 2026 Mode 8 Mins Read
    Vincent Hein : « Un conflit vient toujours d’une mauvaise intention que l’on prête à l’autre » – Invité culture
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    Dans son dernier roman, Le choix de Petrovparu aux éditions Rue de l’Échiquier, Vincent Hein revient sur la Guerre froide et ses dangers nucléaires. Avec Olivier Rogez, il s’attarde sur un incident qui s’est produit le 26 septembre 1983 qui a failli déclencher un conflit nucléaire entre l’URSS et les États-Unis.

    RFI : Vincent Hein, vous signez aux éditions Rue de l’Échiquier votre 7e roman intitulé Le Choix de Petrov. Un texte dans lequel vous revenez sur un épisode assez incroyable de la Guerre froide : le 26 septembre 1983, le monde a failli disparaître. Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ?

    Vincent Hein : Déjà, il faut savoir que l’année 1983 est, avec l’année 1962 et la crise de Cubala pire année de la Guerre froide, la plus dangereuse en tout cas. Simplement parce que Ronald Reagan arrive au pouvoir aux États-Unis, et qu’il terrifie les Russes avec ce fameux discours télévisé dans lequel il les qualifie « d’empire du mal ». Les Russes s’attendent à une attaque imminente, et donc la nuit du 26 septembre, un jeune colonel est au centre de surveillance atomique de Moscou, il vient de prendre sa garde, et aux alentours de minuit, il voit les écrans s’affoler, des signaux d’alerte se mettre en route, et il voit un premier missile atomique en train de foncer sur Moscou. Au début, il pense à une erreur de la machine. Il s’interroge et demande des renseignements complémentaires à ses officiers subalternes. Et puis, une 2e, une 3e, une 4e et une 5e alarme se mettent à sonner.

    Et là, il a dix minutes pour prendre une décision…

    Oui. Le protocole prévoit qu’il doit appeler le général, le chef d’état-major de l’armée de l’air qui, lui-même, va prévenir le Kremlin. Mais il connaît le protocole par cœur, il est lieutenant-colonel, il sait que l’URSS va forcément répondre, et donc il fait un choix pascalien, c’est-à-dire : « soit je préviens le Kremlin et on a une guerre atomique, soit j’attends une demi-heure pour voir si on est réellement frappé ou pas. Mais en tout cas, une partie de l’humanité sera sauvée ».

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    Et il fait le choix de ne pas prévenir sa hiérarchie, donc d’éviter la riposte nucléaire, car il a un doute. Et ce doute, c’est ce qui constitue l’un des fondements de la pensée humaine.

    Je fais une simple parenthèse. Vous savez que la première guerre qui a été décidée suite à la décision d’un algorithme, c’est la guerre du Viêt Nam ? La CIA (services de renseignements extérieurs des États-Unis, NDLR) avait rentré les données pour répondre à la question : « Est-ce que l’on va gagner la guerre au Vietnam ? ». Et les ordinateurs ont donné une réponse positive. Vous connaissez le résultat… Donc Petrov a cela en tête et se dit : « Il y a peut-être une erreur quelque part », mais il est entouré d’officiers qui lui disent : « Non, ce sont des informaticiens. Ce sont des ingénieurs, ce sont des scientifiques »…

    … Faites confiance à la machine !

    « Faites confiance à la machine, c’est sûr, on est attaquée ! ». La chance que nous avons eue, et qu’il a eue, c’est qu’il était accompagné de son meilleur ami qui météorologue et qui lui a dit : « Écoute, on n’a pas de vision satellite, le ciel est couvert et donc on ne les voit pas ces missiles, on voit juste des traces… » Il a donc décidé d’attendre. Et il se trouve qu’en fait, il s’agissait des rayons du soleil qui rebondissaient sur l’océan, puis se reflétaient dans les nuages ​​et donnaient exactement la même trace visuelle qu’un missile nucléaire. Moi, je me suis dit : « Petrov et le météorologue, Dimitrievitch, ont fait l’académie militaire dès l’âge de douze ans. Ils ont eu un entraînement très dur, physique, mental, politique. Comment ces deux hommes qui, dans l’inconscient collectif de l’époque, ne peuvent voir les États-Unis – ou en tout cas l’Occident – que comme le mal, ont-ils finalement décidé de sauver cet Occident ? ».

    Comment être indépendant de l’esprit quand on est endoctriné ? C’est un peu la question que vous posez…

    C’est la question que je me pose. Je n’ai pas de réponse, mais j’ai une hypothèse dont je ne suis d’ailleurs pas sûr qu’elle tienne la route. Je pense que ces deux-là avaient un goût de la vie qui était bien au-dessus de la normale. Ils étaient tous les deux amateurs de poésie. Mais aussi de musique classique et notamment de Chostakovitch. C’est le côté un peu romantique ou poétique de l’histoire, mais c’est réel. Ils étaient tous les deux très amoureux de leur femme, ce sont des hommes amoureux et c’est peut-être ça finalement qui a sauvé le monde. Il y a une chose que l’on sait en psychopathologie, c’est qu’un conflit vient toujours d’une mauvaise intention que l’on prête à l’autre. C’est vrai dans les guerres, mais c’est vrai aussi dans une scène de ménage ou dans une dispute entre amis. On le voit aujourd’hui alors que la situation est extrêmement tendue. Après, ce qui m’a intéressé, c’est que les choses ne sont jamais manichéennes. Il y a des hommes bons partout et hélas, il y a des hommes mauvais avec de mauvaises intentions partout. En ce moment, la Russie n’a pas bonne presse, à juste titre, car ce qui se passe en Ukraine n’est pas tolérable. Et pourtant, je suis persuadé qu’il ya dans le rang des officiers russes en résistance, probablement en résistance sourde, mais en résistance tout de même. Et c’est ça qui m’intéresse, c’est le « pas de côté » que nous sommes tous en capacité de faire.

    Il y a une autre leçon que l’on tire à la lecture de votre roman, c’est qu’il ne faut pas faire confiance aux algorithmes. Faut-il, ou non, faire confiance aux machines ? Jusqu’à quel point doit-on leur faire confiance ?

    Bien sûr, c’est la question que je pose sans avoir véritablement de réponse. Mon hypothèse, si vous voulez, c’est que ces intelligences artificielles, ces algorithmes, sont des outils très importants. Si vous demandez aux pilotes de ligne d’Air France ce qu’ils pensent du pilotage automatique, ils vous diront que c’est quelque chose qui les aide, qui retire de la fatigue. Mais la décision finale doit revenir au commandant de bord. Vous savez que les États-Unis et la Échine venir de signer un traité afin de ne pas soumettre la décision d’utilisation de l’arme nucléaire à un algorithme : c’est quand même incroyable…

    Finalement, ce Petrov qui avait face à lui la toute-puissance des machines, des algorithmes, de l’endoctrinement de l’armée russe avec l’impératif d’obéir aux ordres, il prend le chemin inverse, il opte pour son libre arbitre.

    Exactement, il prend celui de son libre arbitre. Il l’a dit parce qu’il a fait un très beau discours à l’ONU. Il est antinucléaire, il pense que c’est une vraie connerie. Il a une phrase qui est intéressante dans son discours. Il dit : « De toute manière, il faut bien que vous compreniez que dès que vous avez une machine, un jour vous aurez une panne, que ce soit un avion, une cafetière, un aspirateur ou la dernière Audi la plus moderne. Et s’imaginer que les hommes peuvent pallier cela, c’est une bêtise ».

    Parlons un peu de la structure de votre livre. Vous avez déstructuré l’histoire au sens propre du terme, c’est-à-dire qu’on fait de constantes allers-retours entre le passé et le présent. Cette déstructuration de la temporalité du récit permet aussi, peut être, de le rendre actuel : les époques se confondent pour signifier que ce qui était valable en 1983 peut l’être en 2026.

    Oui, et en même temps, l’inverse rend les choses tragiques. C’est ce qu’il dit dans son discours : « Ce jour-là, à eu de la chance. J’étais simplement au bon endroit, au bon moment, mais on aurait pu tomber sur quelqu’un d’autre ».

    C’est un roman anti-militariste et anti-nucléaire que vous signez-là ?

    Je crois, oui. C’est-à-dire que, quand on appuie sur le bouton, on a déjà perdu, c’est déjà une défaite. Il suffit de lire les témoignages sur Hiroshima ou Nagasaki : c’est une véritable catastrophe. Or, maintenant, les missiles ont des puissances cent fois plus fortes que les deux bombes nucléaires qui ont été larguées sur le Japon. Je crois que si Petrov avait répliqué, on annonçait 250 millions de morts dans le premier quart d’heure. Ça aurait été apocalyptique. Ce qui est dangereux, ce n’est pas tant la folie d’un docteur Folamour, c’est plus prosaïquement, l’accident bête, qu’une fusée nucléaire parte comme ça, sans qu’on l’ait véritablement décidé.

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