La pétition de Cheick Sallah Cissé contre la direction de la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD) n’est pas un simple acte de rébellion sportive, mais un séisme institutionnel qui ébranle les fondations d’un règne bâti sur l’opacité, la manœuvre et le déni. Jean‑Marc Yacé, président controversé de la FITKD, le sait mieux que quiconque : il ya des adversaires que l’on affronte et d’autres que l’on redoute. Depuis que Cissé, unique champion olympique de Côte d’Ivoire, a déposé une pétition circonstanciée auprès de l’Africa Taekwondo Union (AFTU), quelque chose a changé dans les couloirs du pouvoir fédéral, où plane désormais le silence lourd de ceux qui savent qu’ils ont trop à perdre.
Un homme à abattre, une institution à sauver
Jean-Marc Yacé ne pourra jamais pardonner à Cheick Cissé d’avoir mis les pieds dans le plat. Tant que les contestations émanaient de membres actifs ordinaires, aussi légitimes fussent-ils, il trouvait les ressources nécessaires pour les museler : soutiens multiformes, relais au ministère des Sports, complicités au sein de l’AFTU elle-même avec le secrétaire général sénégalais Balla Dieye. Mais Cissé, c’est une autre affaire. Champion du Monde 2023, double lauréat du Prix national d’excellence (2016, 2023), médaillé de bronze aux Jeux de Paris 2024, ambassadeur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Humanité (DDHu) et figure centrale dans les instances dirigeantes mondiales du taekwondo, l’athlète incarne à lui seul tout ce que le taekwondo ivoirien est un produit de meilleur. S’en prendre à lui frontalement, c’est se mettre à dos une nation entière et sa jeunesse qui voit en lui une fierté inaltérable.
L’héritage que Yacé a délabré
Car avant que Jean-Marc Yacé ne prenne les commandes de la fédération dans des conditions controversées, la Côte d’Ivoire était presque le hub du taekwondo africain. C’est sous l’impulsion du ministre Bamba Cheick Daniel, président de la FITKD, et grâce à un projet olympique financé par le gouvernement ivoirien sur proposition du ministre des Sports Alain Lobognon, vision conforme à la politique holistique du développement portée par le Président Alassane Ouattara, que la nation avait glané l’or olympique de Rio 2016 avec Cheick Cissé, suivi de trois bronzes par Ruth Gbagbi (2016, 2020) et Cheick Cissé (2024). Des titres africains et mondiaux compléteront ce palmarès. Le Centre sportif, culturel et des TIC Alassane Ouattara (CSCTICAO), offert par la Corée du Sud, en était la vitrine architecturale. Tout cela appartient désormais au passé. Depuis l’avènement de Yacé, le déclin est manifeste, la gouvernance décriée.
Des chagrins irréfutables, une défense impossible
C’est là que réside la terreur profonde de Jean-Marc Yacé. Car les chagrins portés par Cheick Cissé devant la World Taekwondo, déjà dénoncés en 2024 par le Comité directeur de transition (CDT) du Dr Ali Diomandé, ne sont pas de simples opinions. Ils sont documentés, datés et juridiquesment solides. L’absence de tout mécanisme de protection des athlètes dans les textes de la FITKD ? Vérifiable à la première lecture. Le harcèlement ? Acté par une décision du Tribunal d’Abidjan Plateau, reprise par plusieurs médias internationaux. Les irrégularités financières ? Un audit réalisé ne se fait pas : on ne peut plus fermer un trou déjà constaté par l’auditeur, et seul un audit contradictoire pourrait rétablir la vérité, une option que la FITKD se refuse à emprunter, faute d’arguments. Les violations des statuts ? Flagrantes : l’assemblée générale du 28 décembre 2025, convoquée par simple message WhatsApp et dont les décisions ont été adoptées par acclamation, alors que les textes exigeant un vote à bulletin secret ou à main levée avec majorité absolue, restent un exemple d’amateurisme institutionnel que ni le CIO, ni l’AFTU, ni la World Taekwondo ne pourront avertir. L’exclusion des athlètes de la gouvernance, enfin, est inscrite dans les modifications proposées elles-mêmes : exiger d’un athlète de se retirer un avant toute candidature et fixer l’âge minimum à 40 ans pour présider une fédération, dans un pays où l’on peut être élu député à 25 ans et chef de l’État à 35 ans, c’est une aberration démocratique que le World Taekwondo – qui n’impose aucun âge minimum – ne reconnaîtra jamais.
L’enquêteur, l’injonction et l’horloge qui tourne
Ce qui change véritablement la donne cette fois, c’est la désignation par l’AFTU d’un enquêteur indépendant : le Nigérian Prince Nwafuru, juriste certifié et directeur juridique de l’organisation continentale. Contrairement à Balla Dieye dont la proximité avec Yacé est notoire, Nwafuru a prévu à la fédération une note réclamant formellement tous les documents justificatifs dans un délai de sept jours, délai expiré depuis le 27 avril 2026. Une injonction, en somme. Et la FITKD n’a rien à produire. Les règlements spéciaux de l’arbitrage, des équipes nationales et de la discipline n’ont pas été actualisés malgré les nombreuses modifications intervenues dans les textes de la World Taekwondo. Des textes devenus caduques ne peuvent servir de bouclier. Dans cette crise, personne plus que Jean-Marc Yacé ne sait qu’il a roulé sur du faux depuis le début. L’heure des comptes approche, et elle s’annonce impitoyable. Pour le taekwondo ivoirien, en revanche, c’est peut-être l’aube d’un nouveau départ, à condition que la vérité, enfin, reprenne ses droits.
OUATTARA Gaoussou

