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    Home » Quels leviers pour l’agriculture européenne ?
    January 27, 2026

    Quels leviers pour l’agriculture européenne ?

    news30By news30January 27, 2026 Agriculture 5 Mins Read
    Quels leviers pour l’agriculture européenne ?
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    La double dépendance européenne, aux engrais et aux protéines végétales, renvoie à un enjeu majeur : l’azote, fortement présent dans les protéines végétales et déterminant pour la productivité des cultures. Or les flux d’azote respectent bien davantage la cascade que du cycle, avec des pertes et des impacts à tous les niveaux : environ 70 % des apports dans le système agrialimentaire européen sont perdus dans l’environnement, entraînant des impacts négatifs majeurs en termes de biodiversité, d’émissions de gaz à effet de serrede qualité de l’eau et de l’air, menaçant la santé humaine et celle des écosystèmes.

    L’azote utilisé en agriculture est donc à l’intersection d’enjeux géopolitiques, énergétiques, environnementaux, économiques et de santé publique. Peut-on réduire ces dépendances ainsi que les pertes dans l’environnement et les impacts associés négatifs ? Il n’est pas rare d’entendre évoquer l’élevage, via ses effluents, comme levier de substitution de la fertilité minérale. Qu’en est-il vraiment ? Quels enseignements tirer de la place de l’élevage en agriculture biologique, qui exclut les engrais de synthèse ? Et finalement, quels leviers pour augmenter l’autonomie azotée de l’agriculture européenne ?

    Lire aussi : Quelle stratégie de fertilisation azotée adopter dans ce contexte incertain ?

    Rappelons d’abord qu’il y a seulement quatre sources d’entrée d’azote dans le système agricole européen (terres cultivées et prairies permanentes) selon les données issues de Billen et al. (2024) : les engrais minéraux de synthèse (environ 55 % des entrées), la fixation symbiotique grâce aux légumineuses (environ 18 %), les dépôts atmosphériques (environ 13 %) et l’alimentation animale importée (environ 13 %).

    Les effluents d’élevage contribue certes à la fertilisation (environ 25 % des apports d’azote sur les terres cultivées), mais cet azote n’a pas été créé par les animaux d’élevage : il provient exclusivement de leur alimentation, fourrages issus des prairies (via les légumineuses fourragères), céréales ou légumineuses à graines, et donc caractéristique des entrées listées plus haut. Les engrais organiques comme les effluents d’élevage ne sont ainsi pas une alternative à la fertilisation de synthèse ou aux importations de protéines végétales, mais plutôt leur produit.

    Au premier rang, les légumineuses

    Atténuer les dépendances implique de réduire ou de supprimer deux des quatre sources : les engrais azotés de synthèse et les aliments riches en azote pour les animaux d’élevage, qui représentent l’ensemble quasiment 70 % des entrées d’azote. Pour les compenser, on ne peut pas jouer sur les dépôts atmosphériques, dont l’augmentation traduirait une pollution plus forte. Dès lors, l’augmentation de la fixation symbiotique, et donc le développement des légumineusesconstitue la seule source d’azote soutenable.

    Sur le sujet : « La France peut viser 500 000 ha de cultures riches en protéines en plus d’ici 10 ans »

    Ces légumineuses à graines ou fourragères sont transmises dans des prairies, dans les terres cultivées, en cultures principales, intermédiaires ou associées. Plus de la moitié des entrées d’azote via la fixation symbiotique est liée aux légumineuses fourragères en Europe. Elles jouent donc un rôle prépondérant par rapport aux légumineuses à graines pour deux raisons différentes : elles sont souvent pluriannuelles et fixent davantage d’azote en moyenne, et elles occupent aujourd’hui une surface bien plus importante.

    Les légumineuses fourragères peuvent soit alimenter des animaux d’élevage ou des méthaniseurs, les effluents d’élevage ou le digestat étant utilisés pour fertiliser les parcelles de cultures, soit détruites sur place (cultures intermédiaires) ou fauchées et influencées sur des parcelles de culture (transfert d’engrais vert), où elles se décomposeront. La gestion de l’azote fixée par les légumineuses – et, dans le cas des prairies, son transfert vers les terres cultivées – constitue ainsi un enjeu central pour un système agricole qui s’appuierait essentiellement sur la fixation symbiotique.

    L’élevage, un rôle de second ordre…

    L’élevage peut y jouer un rôle. C’est le cas en agriculture biologique en France, où un peu plus de la moitié des apports d’azote aux terres cultivées se fait sous forme d’effluents d’élevage. Mais les autres voies citées plus haut existant aussi pour valoriser cet azote. L’élevage pose deux autres défis.

    initialement, la circulation de l’azote dans les systèmes d’élevage est à l’origine de pertes importantes : le passage par les productions animales non seulement ajoute une étape (par rapport à l’utilisation directe en alimentation humaine ou au retour au sol), donc les risques de perte, mais il rend surtout l’azote plus mobile et réactif, ce qui accroît le phénomène.

    Deuxièmement, aux niveaux actuels de cheptels et de production animale, l’élevage crée des besoins en azote très importants pour l’alimentation animale. Environ trois quarts de l’azote mobilisé dans le système agricole sont utilisés pour l’élevage, alors que le double impératif d’indépendance et de réduction des pertes impose justement une réduction de ces apports.

    Dans la mesure où il impose une augmentation des entrées et des pertes, l’élevage apparaît ainsi aujourd’hui…

    Retrouvez cet article, dans sa version intégrale et gratuite, dans le dernier numéro de la revue Sésame
    Par Étienne Schultz et Guy RichardInrae – Direction de l’expertise scientifique collective, de la prospective et des études

    Édité par la Mission Agrobiosciences-Inrae, la Revue Sésame offre un espace indépendant au débat d’idées. Elle permet l’instruction des tensions et des controverses qui traversent la société française et, au-delà, dans les champs de l’agriculture, l’alimentation, l’environnement et les sciences et techniques du vivant.

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