Pascal Guénée, directeur de l’IPJ, est président du Conseil mondial de l’éducation au journalisme depuis le 1er octobre. Il dresse pour EducPros les priorités de son mandat, qui s’étendra jusqu’en 2028.

Quel est le rôle du Conseil mondial pour l’éducation au journalisme (WJEC) ?
Il existe des associations d’écoles de journalisme dans chaque paysainsi qu’au niveau international. En 2007, l’ensemble de ces associations se sont rencontrées lors d’un congrès mondial à Singapour. Elles ont commencé à se fédérer au sein de ce conseil, qui est donc un consortium d’associations.
L’idée, c’est de partager les réflexions qui sont les nôtres dans tous ces réseaux. Cela permet d’avoir une diversité de points de vuecar les formes d’organisation de la formation au journalisme diffèrent selon les pays.
Nous émettons également des recommandations et des normes. Cela a donné lieu à la déclaration de Paris sur la liberté d’enseignement du journalismeadoptée en 2019. Elle insiste sur l’indépendance de la gouvernance des écoles, quel que soit le pays et même son type de régime.
Nous avons un comité exécutif avec des collègues de différents réseaux, chaque continent doit être représenté. Ce comité exécutif se rencontre tous les mois, et c’est lui qui gère tous les sujets à l’ordre du jour et prépare les dossiers évoqués. Quand un sujet est mûr, nous pouvons également organiser une rencontre du WJEC en visioconférence.
Nous nous réunissons également une assemblée tous les ans. La prochaine rencontre aura lieu en juin ou en juillet prochain, en Écosse.
Par ailleurs, tous les trois ans, un congrès est organisé. Le journalisme est une petite discipline par rapport aux autres disciplines universitaires : le rythme de rencontre tous les trois et nous correspondons en termes de pédagogie, de recherche, mais aussi de budget. Le prochain congrès mondial aura lieu en juillet 2028, à Berlin.
Quelles seront les priorités de votre mandat, débuté le 1er octobre dernier ?
Nous sommes en phase de mise en place de la gouvernance. Le Conseil a des représentants du monde entier, cela représente donc des défis en termes de fuseaux horaires. L’idée, c’est de définir un projet commun.
Nous voulons notamment avancer sur les questions de confiance autour des médias et souhaitons nous que notre déclaration soit mieux reconnue et adoptée par davantage de pays.
Nous pensons aux journalistes sur le front de guerre en Ukraine, mais également à une profession où nous sommes exposés à des traumatismes secondaires (…) Cela est pris en compte dans de nombreuses professions mais peu chez les journalistes.
Parmi les chantiers de ce mandat, il y aura aussi la facilitation des collaborations bilatérales entre les associations nationales. Par exemple, si les collègues sud-américains veulent entrer en contact avec des collègues français, il faut organiser des prises de contact entre ces associations pour voir ce qu’il est possible de faire de façon bilatérale.
Avez-vous d’autres dossiers importants ?
Organisateur de Nous aimerions des groupes d’intérêt commun avec des collègues issus de chacun des réseaux, sur des questions plus pointues. Par exemple, nous allons créer un groupe sur l’impact de l’IA sur les médias et l’enseignement supérieur. Les associations qui le souhaitent pourront missionner des experts sur ce sujet, afin de partager les meilleures pratiques, d’élaborer des recommandations, etc.
Par ailleurs, nous lancerons un chantier sur la gouvernance et les statuts de l’association. Il peut y avoir des changements à opérer, depuis notre création en 2007.
Nous allons également identifier des réseaux qui ne sont pas adhérents mais qui pourraient nous rejoindre. Actuellement, nous comptons une trentaine de réseaux actifs.
Enfin, nous voulons travailler sur une cartographie des écoles de journalisme dans le monde.
“Pour la première fois, la situation de la liberté de la presse devient ‘difficile’ à l’échelle du monde”, alerte le classement RSF 2025. Et la France, qui était 21e en 2024, a reculé cette année en 25e position. Quelles sont les causes de ce recul ?
C’est un sujet d’inquiétude. Les attaques contre la liberté de la presse et les journalistes progressent partout dans le monde à une vitesse importante.
Cela pourrait être intéressant que le WJEC entre en relation avec RSF pour lier la question de l’importance de la formation des journalistes à la problématique de la liberté de la presse. Il faut comprendre que ce qui se passe en amont est important. Nous avons besoin d’une formation dans un cadre éthique et qui prépare aux risques qu’ils vont rencontrer..
La question des attaques contre les journalistes, à titre individuel, est aussi une préoccupation. Comment préparer-t-on les futurs journalistes à un métier dans lequel on est confronté aux traumatismes ? Un groupe de travail de collègues étudie la question du traumatisme dans l’exercice de la profession.
Nous pensons aux journalistes sur le front de guerre en Ukraine, mais également à une profession où nous sommes exposés à des traumatismes secondaires : des confrères qui suivent des procès très difficiles, des journalistes économiques qui couvrent sans arrêt des plans sociaux, les stagiaires à qui sur demande d’aller auprès des parents d’une victime… Cela est pris en compte dans de nombreuses professions mais peu chez les journalistes. Nous devons réfléchir à ce que nous pouvons faire pour sensibiliser les étudiants à ce sujet.
Entre la création de l’Institut libre de journalisme (ILDJ), qui est très marqué politiquement, et le rachat de l’ESJ Paris par des détenteurs de médias, l’indépendance des écoles de journalisme est-elle en danger ?
Ce sont de nouveaux signaux quant à la nécessité d’avoir un cadre qui garantit l’indépendance des écoles de journalisme. Que ce soit vis-à-vis de tentatives d’influences économiques ou politiques, les tentations sont nombreuses.
C’est pourquoi nous avons publié la déclaration de Paris. Nous y émettons des principes, et le premier est de maintenir une gouvernance indépendante des écoles de journalisme. Il s’agit d’un texte symbolique, mais auquel les collègues peuvent se référer.
Dans une période de défiance envers les médias, le rôle des écoles est extrêmement important. Il y a un lien entre la qualité de la formation et l’exercice de cette profession. Tout ce qui fragilise les écoles est un danger pour le droit des publics à être informés.
Pour terminer, je dirais que nous aimons l’auto-bashing en France, mais il ne faut pas avoir peur aussi d’affirmer que nous avons de très bons dispositifs de formation sur le journalisme.

