En visite officielle en Égypte, le chef de l’État cherche un soutien politique pour renverser la donne au sein du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. Ce point a été évoqué lors de sa rencontre avec son homologue égyptien, hier.
| Poignée de main entre le colonel Michaël Randrianirina et Abdel Fattah al-Sissi, ici, au palais d’El Alamein. |
Historique. C’est ainsi que le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, qualifie son déplacement en Égypte, avec comme point culminant, sa rencontre avec son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, hier, au palais d’État d’El Alamein, au Caire.
Il s’agit effectivement de la première visite officielle d’un chef d’État malgache en Égypte, depuis le début des relations bilatérales entre les deux pays, en 1970. Toutefois, au-delà du renforcement des liens bilatéraux, notamment par la signature d’un mémorandum d’entente, c’est un appui politique que le locataire d’Iavoloha est venu chercher au Caire. Un allié pour bétonner le lobbying malgache au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA).
À l’instar de ses précédentes rencontres avec ses homologues africains, cet objectif diplomatique s’inscrit en filigrane des discussions entre le colonel Randrianirina et le président al-Sissi. Dans sa prise de parole en février lors de la déclaration conjointe des deux chefs d’État, l’officier supérieur a évoqué le plaidoyer que la Grande île mène auprès du CPS de l’UA, et le soutien de l’Égypte au chronogramme de la Refondation, présenté fin.
« Mon frère le président Randrianirina et moi-même avons mené des entretiens bilatéraux constructifs et fructueux, au cours desquels j’ai réaffirmé la position constante de l’Égypte, aux côtés de la République sœur de Madagascar, durant cette phase de transition délicate. J’ai tenu à exprimer notre plein soutien aux efforts nationaux sincères déployés par les autorités malgaches pour mettre en œuvre la « feuille de route » et le processus de refondation », déclare le président al-Sissi.
Juste après l’annonce de la prise de pouvoir par les militaires, le 14 octobre 2025, le CPS avait réagi immédiatement en condamnant sans détour ce qu’il qualifie de « changement anticonstitutionnel de gouvernement ». Le lendemain, le 15 octobre, le couperet est tombé. Le CPS a décidé de suspendre Madagascar de toutes les activités de l’Union africaine. Antananarivo cherche donc des voix pour influencer la position de cet organe et obtenir ainsi sa réhabilitation au sein de l’organisation continentale.
Pouvoir diplomatique
À écouter le discours du colonel Randrianirina, Le Caire apparaît comme un allié de poids pour atteindre cet objectif. Il souligne en effet le fait que l’Égypte soit une puissance diplomatique reconnue sur le plan régional et continental. « L’Égypte a démontré à plusieurs reprises qu’elle est un acteur incontournable dans la résolution des crises politiques au niveau régional, continental et même mondial », affirme le locataire d’Iavoloha.
L’officier supérieur a fait le parallèle entre la trajectoire qui convient au pays actuel et au vécu de l’Égypte. En 2013, le pays a connu un basculement politique porté par l’armée, suite à des manifestations réclamant le départ du pouvoir du Président de l’époque. « La période de réforme en Égypte a permis de mettre en place toutes les fondations qui l’ont mené à la place où elle se trouve en Afrique et dans le monde actuellement », affirme le colonel Randrianirina.
Le locataire d’Iavoloha a déjà fait la même analogie entre la situation dans la Grande île et le parcours du Gabon, lors de sa rencontre avec le président Brice Clotaire Oligui Nguema, lors d’une visite de travail à Libreville, début juin. Le Gabon peut tenir une élection présidentielle à l’issue de deux ans de transition. Vingt-quatre mois, c’est justement le délai que se fixent les tenants du pouvoir pour boucler le processus de Refondation avec un référendum constitutionnel et une élection présidentielle.
La prudence de l’Égypte et d’autres pays africains à la trajectoire similaire pourrait servir de narratif d’une trajectoire similaire envisagée à son terme, que Madagascar peut mettre en avant devant les instances africaines et, plus largement, l’Organisation des Nations Unies (ONU). Cette dernière et l’UA ont justement dépêché une mission conjointe dans la Grande île, il y a quelques jours.
Dans les faits diplomatiques, Madagascar n’est pas isolément, bien au contraire. Les multiples déplacements officiels du colonel Randrianirina le démontrent. De même que le maintien, voire la consolidation des programmes bilatéraux et multilatéraux en cours dans le pays. Seulement, la suspension des instances de l’Union africaine infligée par la CPS, ainsi que la réserve de la part des Nations unies, font tache sur la carte de visite du pouvoir de la Refondation sur la scène internationale.
L’administration Randrianirina a visiblement au coeur d’effacer ce point noir. Reste à voir si le soutien affirmé par ses homologues, lors de leurs rencontres, suffira à faire fléchir la position du CPS. Jusqu’à l’heure, le chronogramme de vingt-quatre mois à conclure par une élection présidentielle, que l’organe a dit accueillir favorablement, en mars, demeure la seule variable qui conditionne un retour effectif de Madagascar dans les instances continentales.
Garry Fabrice Ranaivoson

