ENQUÊTE (1/3) – Notre journaliste était aux Enhanced Games, « Jeux augmentés », où les produits dopants sont tolérés pour battre des records. Derrière la compétition sportive, un projet idéologique : faire du sport la vitrine publique d’un projet transhumaniste assumé.
Avant que les corps sous stéroïdes ne fendent l’eau, une vidéo projetée sur grand écran retrace la chronologie de « l’augmentation de l’être humain »sur fond sonore épique, à commencer par la diète drastique des Grecs dans l’Antiquité. Ce dimanche 24 mai, une nouvelle ère s’ouvre pour l’humanité, nous promet-on. Les mêmes slogans, les mêmes fragments d’interviews se répètent en boucle depuis déjà des heures, martelés par les enceintes jusqu’à l’obsession : aller où l’homme n’est jamais allé, repousser les frontières du possible, se refondre, augmenter, transcender… À quel moment, exactement, cesse-t-on d’être tout à fait à l’aise ? Est-ce lorsque Maryam Usman, haltérophile nigériane de 35 ans revenue à la compétition après douze ans d’absence, sort de l’épreuve en avouant émue s’être sentie « surhumaine » ? Ou bien quand Bryan Johnsonl’entrepreneur de la longévité connu pour les injonctions de plasma de son propre fils, apparaît sur le plateau comme « analyste…

