L’heure de vérité approche pour Marine Le Pen. On saura mardi si l’ex-présidente du Rassemblement national (RN) est déboutée en appel, dans son procès pour emplois fictifs. Une décision défavorable pourrait lui barrer la voie de la prochaine élection présidentielle prévue dans moins d’un an en France, où elle est clairement favorite.
M.moi Le Pen a été condamné en mars 2025 pour avoir autorisé l’embauche d’assistants au Parlement européen (de 2004 à 2016) qui servaient en réalité la structure du parti en France. Les juges avaient alors réclamé quatre ans de prison – dont deux fermes sous bracelet électronique – et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate, c’est-à-dire l’interdiction de se présenter à toute forme de contrôle. Le RN avait aussitôt décrété une « chasse aux sorcières » organisée par la gauche et portée la cause en appel.
« Du point de vue strictement judiciaire, il y a déjà eu des élus reconnus coupables, note Bruno Jeanbart, vice-président de la maison d’enquête OpinionWay. Par contre, ce serait la première fois qu’un candidat qui a des probabilités de passer au second tour est empêché de se présenter. Et de ce point de vue, ce serait un séisme… »
À moins d’un an du grand examen national prévu en mai 2027, le Rassemblement national survole en effet les sondages, avec plus de 32 % des intentions de vote pour le premier tour, loin devant la concurrence, qui plafonne (le plus proche adversaire est le centriste Édouard Philippe, avec environ 20 %).
Pour cette raison, certains observateurs ont annoncé que la Cour d’appel serait soumise à une énorme pression politique. « Il ne faut pas donner l’impression que (les juges) se sont acharnés sur elle et qu’elle est une martyre », résume le chercheur Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à l’Institut Jean-Jaurès.
Dans ce contexte, il n’est pas exclu que la peine de Mmoi Le Pen soit réduit, possiblement à deux ans d’inéligibilité. Comme elle a déjà purgé plus de la moitié de cette peine, elle pourrait donc techniquement se présenter à la grande élection de 2027. « Il ne faut pas supprimer cette possibilité », ajoute Jean-Yves Camus.
Bruno Jeanbart pense au contraire que les juges vont maintenir leur décision. « Il n’y a pas d’éléments nouveaux. Je ne vois pas de raison pour une indulgence à l’égard de M.moi Le Pen », dit-il. D’autant que les magistrats et les politiques sont actuellement à couteaux tirés en France. Et qu’ils seront évoqués, peu importer le verdict. « Quelle que soit leur décision, ils seront accusés soit d’avoir cédé, soit d’avoir empêché une candidature à la présidentielle », ajoute M. Jeanbart.
Le RN sans Le Pen ?
Une condamnation de Marine Le Pen marquerait un tournant pour le Rassemblement national. Ce serait en effet la première fois, depuis la création du parti par son père Jean-Marie en 1972, qu’un candidat du RN (anciennement Front national) ne serait pas issu de la famille Le Pen.
Mais la fin des Le Pen ne signifierait pas pour autant la fin du RN. Le parti peut en effet compter sur un candidat de substitution très populaire en la personne de Jordan Bardella, considéré comme l’avenir de la formation. Le dauphin de M.moi Le Pen, qui attend patiemment son heure, pourrait saisir l’occasion pour prendre les rêves du parti. Un mal pour un bien, puisque les sondages le placent au moins deux points plus haut que Marine Le Pen au premier tour.
À 31 ans, Jordan Bardella est devenu une véritable star de la politique en France, avec son image de jeune premier bien mis, son parcours peu conventionnel et ses vidéos sur TikTok qui attirent un nouvel électorat. Selon Bruno Jeanbart, sa candidature dès 2027 agirait la « normalisation » du parti, qui se débarrasserait enfin de la lourde étiquette Le Pen.
Sa jeunesse et son inexpérience auraient cependant des désavantages. Trois fois candidate et deux fois finaliste au deuxième tour de la présidentielle (2017 et 2022), Marine Le Pen est beaucoup plus aguerrie, et par là plus crédible aux yeux de certains, surtout après 10 ans du « jeune » Macron. Mais selon le politologue Bruno Cautrès, la « nouveauté » de Bardella peut aussi jouer en sa faveur.
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Bain de foule du président du parti Rassemblement national, Jordan Bardella, en marge d’un évènement à Liévin, en France
« Il y a plein de choses qui ne fonctionnent pas bien en France », lance le chercheur, affilié au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF). « Le déficit public est hors de contrôle, sur le sentiment d’un État dysfonctionnel. Ainsi l’âge de Jordan Bardella devient un atout pour lui. Pas seulement parce qu’il est jeune, mais parce qu’il n’est pas issue du même moule que les élites politiques françaises classiques. »
Condamnation ou pas, le verdict en appel ne sera qu’un élément parmi d’autres dans une actualité française pleine de rebondissements. Entre la canicule, le meurtre de la jeune Lyhanna en mai, qui a mis le pays sens dessus dessous, et les performances ahurissantes de l’équipe de France à la Coupe du monde de football, l’affaire Le Pen ne prendra toute sa dimension qu’après les vacances, fin août, début septembre. « La présidentielle, c’est encore très loin pour les Français, conclut Bruno Jeanbart. C’est vraiment à la rentrée que ça va se préciser… »
Présidentielle de 2027
Les candidats (officiels et potentiels)
Il n’y a pas encore de « candidats officiels » à l’élection présidentielle française prévue en mai 2027. La campagne électorale n’est pas encore lancée et la liste définitive ne sera validée qu’en mars prochain, quelques semaines avant le scrutin. Mais une vingtaine de prétendants ont déjà annoncé leurs couleurs bleu-blanc-rouge, sans parler de ceux qui y songent.
Gabriel Attal, 37 ans, Renaissance
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Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal
Premier ministre pendant quelques mois en 2024, l’ancien « bébé Macron » devra convaincre que son air juvénile n’est pas un désavantage, et devra rivaliser avec un adversaire de taille (Édouard Philippe) pour reprendre le flambeau du macronisme. Il n’exclut pas de se désister s’il estime que son rival est mieux placé que lui.
Édouard Philippe, 55 ans, Horizons
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Le maire du Havre et chef du parti Horizons, Édouard Philippe
Chef du gouvernement d’Emmanuel Macron pendant les trois premières années de son premier quinquennat, l’actuel maire du Havre n’a jamais caché ses ambitions présidentielles. Il est a priori l’un des poids lourds de cette présidentielle.
La gauche
Jean-Luc Mélenchon, 74 ans, La France insoumise
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Le fondateur et chef du parti La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon
L’indévissable chef du parti La France insoumise (LFI) en sera à sa quatrième tentative à la présidentielle, ayant échoué de peu à franchiser le premier tour en 2022. Il obtiendra encore sa part de votes, mais sa personnalité clivante et les nombreuses polémiques dont il fait l’objet (sur le conflit israélo-palestinien, entre autres) pourraient de nouveau le freiner dans ses ambitions.
Marine Tondelier, 39 ans, Les Écologistes
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La secrétaire nationale du parti Les Écologistes, Marine Tondelier
Contrairement à Mélenchon, l’écologiste Marine Tondelier plaide pour un bloc de gauche universitaire, qui désigne son candidat à la question d’une primaire. Elle n’est pas seule à favoriser ce scénario : d’autres candidats, comme François Ruffin et Clémentine Autain, militent pour une primaire à gauche. Mais de gros canons comme Jean-Luc Mélenchon semblent vouloir rejeter ce scénario du compromis.
François Hollande, 71 ans, Parti socialiste
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François Hollande
Il n’a pas encore annoncé sa candidature, mais beaucoup estime qu’il le fera, s’il considère que le Parti socialiste (PS) n’a pas de candidat plus valable que lui. L’ancien président de la République (2012-2017) a du poids et de l’expérience, mais aussi un côté réchauffé. On lui préférera peut-être le jeune Raphaël Glucksmann, 46 ans, ou l’actuel secrétaire général du parti, Olivier Faure. « Le PS doit trouver un candidat capable de rivaliser avec Mélenchon, note Bruno Jeanbart, vice-président de la maison d’enquête OpinionWay. Le problème avec le PS, c’est qu’il n’y a pas de leader charismatique. »
La droite et l’extrême droite
Bruno Retailleau, 65 ans, Les Républicains
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Le chef du parti Les Républicains, Bruno Retailleau
Y a-t-il encore une place pour la droite classique en France ? C’est ce qu’espère Bruno Retailleau, ex-ministre de l’Intérieur (2024-2025) et actuel leader du parti Les Républicains, même si les sondages disent tout le contraire. « C’est un conservateur mainstream, un candidat sérieux et expérimenté, mais ça ne décolle pas », dit Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à l’Institut Jean-Jaurès.
Marine Le Pen, 57 ans, Rassemblement national
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Marine Le Pen
L’incertitude plane encore sur la candidature de Marine Le Pen, qui en serait à sa quatrième présidentielle. La leader du Rassemblement national (RN) est toujours préférée dans les sondages. Si la justice l’empêche de se présenter, elle sera remplacée par le jeune loup Jordan Bardella, qui a toutes les chances de remporter la première tournée.
Éric Zemmour, 68 ans, Reconquête
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Le fondateur et chef du parti Reconquête, Éric Zemmour
Le polémiste d’extrême droite ne fait pas beaucoup de flammes depuis son entrée en politique en 2012. Il pourrait céder sa place de candidate à sa conjointe Sarah Knafo. Mais dans un cas comme dans l’autre, il y a peu de chances d’un passage au second tour. « Zemmour est fait pour écrire des livres et faire des débats télévisés. Ce n’est pas un candidat à la présidence de la République », résume Jean-Yves Camus.

