Vu et entendu sur le campus de l’université Paris-Est Créteil (Upec) : « La transition écologique, c’est facile. Il suffit d’apprendre une liste de catastrophes par cœur ! » Propos furtifs d’une étudiante qui a probablement suivi ses premières heures de TEDS (transition écologique et développement soutenable), une trentaine d’heures de cours rendus obligatoires suite à la remise du rapport de Jean Jouzel au ministère de l’Enseignement supérieur, en 2022.
Si la jeune femme n’a pas l’air convaincue, peut-être n’a-t-elle pas encore abordé la seconde partie, dédiée aux actions possibles pour rendre le monde plus vertueux. Sans doute plus motivant.
Changements de pratique à tous les étages
Le socle TEDS est loin d’être le seul axe de travail des formations. Se transformer passe par une série de chantiers : repenser les cours, réorienter les travaux de recherche, revoir le fonctionnement des laboratoires, la gouvernance, la vie sur le campus, la sobriété numérique, les achats de fournitures…
« Nous devons agir de manière responsable sur toutes ces dimensions. Et oui, elles sont nombreuses ! » acquiesce Claire Salmon, directrice de l’Institut des Transitions de l’université Savoie Mont Blanc. Laquelle, malgré sa taille « humaine » – 15 000 étudiants, quand celle d’Aix-Marseille en compte plus de 70 000 – n’échappe pas à cette complexité.
Sur le thème de l’environnement et de la vie de campus, l’université s’appuie sur une série d’indicateurs (émissions de CO2, biodiversité, gestion des ressources, etc). « Certaines actions sont relativement simples, comme adopter une politique d’achats responsables, ou offrir une seconde vie à nos équipements », évoque Claire Salmon. D’autres sont autrement complexes. Car rénover tout un parc immobilier sans budget supplémentaire relève de la pensée magique.
Les facs sont également attendues sur leur recherche. Pour une université proche des Alpes, cela passe par inciter les chercheurs à creuser des sujets qui interrogent les acteurs locaux : fonte des glaces, dégradation de la qualité de l’eau, tourisme durable, pratiques sportives dans une situation de déclenchement, etc. « Dans un monde submergé de fake news, les universités ont un rôle essentiel à jouer, en répondant par la science », plaide Claire Salmon.
Voir encore plus loin
Pour concevoir sa feuille de route, l’école Centrale de Lyon (Rhône) a réalisé une plongée d’une année parmi d’autres acteurs, en rejoignant la CEC (Convention des entreprises pour le climat) du bassin lyonnais. Le principe : des entreprises et établissements réunis une dizaine de journées, pour explorer les enjeux de transition et définir un plan d’action adapté à leur activité. Chacune y envoie un tandem – le dirigeant et le responsable RSE. Une expérience engageante, au regard des plannings de chacun.
« Nous pensions être bien informés, mieux que d’autres secteurs. Malgré tout, cela a été une claque. Toutes ces questions mises bout à bout ont quelque chose de vertigineux », confie Stéphanie Lanson, directrice du développement des grandes transitions de Centrale Lyon.
Très vite, le directeur de l’école Pascal Rey et Stéphanie Lanson se disent qu’il faut aller plus loin. « La CEC porte le concept d’économie régénérative. L’idée n’est plus uniquement de réduire ses impacts négatifs, mais d’en créer des positifs, par des actions qui permettent de restaurer des écosystèmes », explique-t-elle. Comme un bâtiment produisant plus d’énergie qu’il n’en consomme ; des solutions pour dépolluer un site industriel ; ou même des projets qui ont permis la coopération entre entreprises, chercheurs et pouvoirs publics.
Tout le monde à bord
La feuille de route en poche, un autre défi se pose : celui d’embarquer tout le monde dans l’aventure. Étudiants, enseignants, ou encore personnels, dont on aurait tort de croire qu’ils sont tous partants pour « apprendre une liste de catastrophes par cœur ».
« Les premiers échanges avec nos chercheurs n’étaient pas très encourageants. Pour certaines, la notion d’ingénierie régénérative avait un côté greenwashing », relate la directrice du développement des grandes transitions de Centrale Lyon. À force de discussions et d’impulsion de la direction, les choses ont commencé à prendre. « Un jour, j’ai entendu que des étudiants travaillaient sur des objets régénératifs. Cela voulait dire que certains profs le faisaient ! Puis ce petit noyau s’est élargi », continue-t-elle.
Il a ensuite été décidé de l’ancien tout le monde. À savoir, les 250 personnes travaillant pour l’école, qu’ils soient électricien, chargé de communication, comptable ou jardinier. « Nous en sommes à plus de la moitié. En juin, cette phase sera achevée », précise Stéphanie Lanson.
Quant aux cours, puisque c’est bien là le métier de Centrale Lyon, tous sont désormais vus par le prisme des ODD (objectifs de développement durable des Nations unies), avec des niveaux d’intensités notées de 0 à 3. « Notre objectif n’est pas de rendre tous les cours niveau 3, mais de montrer, pour chacun, à quel ODD il peut servir », explique la directrice du développement des grandes transitions. Elle l’assure : parfois, une formule de mathématiques peut aider à comprendre la pollution d’une rivière.

