Focus sur les femmes plongées au cœur de l’agriculture. Direction le sud de la Côte d’Ivoire, à Divo, zone de production du cacao, à la rencontre d’Agathe Vanié. Cette femme de 62 ans milite depuis plusieurs années pour une agriculture sans pesticides et préside la société coopérative et l’Association de café-cacao dans sa région.
De notre envoi spécial à Divo,
À l’origine, Agathe Vanié gère un maquis à Divo, au sud de la Côte d’Ivoire. En 2004, cette restauratrice décide de monter une association pour aider les femmes de sa région à commercialiser le cacao. Mais elle se heurte rapidement à une barrière sociologique : dans sa communauté, les femmes n’ont pas accès à la terre.
Agathe Vanié se lance alors dans un premier combat. « J’ai sensibilisé les paysans pour que la femme ait accès à la terre. Cela a été difficile. Ils m’ont refusé, ils ont dit qu’ils ne peuvent pas accepter cette loi. J’ai dit “si, si”. J’ai installé une femme présidente (de l’association) dans chaque village. Chaque fois, je discute avec eux. Ma est mère décédée parce qu’elle n’avait pas de revenus. Je me bats pour que la femme soit autonome. Il faut que la femme ait son champ de cacao », explique-t-elle.
Depuis, Agathe Vanié cultive le manioc, l’igname, la banane et le cacao, avec un souci constant : éviter l’usage de pesticides. « J’ai dit aux gens de laisser la forêt telle quelle. Il ne faut pas traiter (avec des produits chimiques). J’ai vu dedans, il ya des vers qui manquent. Là où on traite le sol, et là où on ne traite pas, ce n’est pas le même goût », souligne-t-elle.
Les femmes de son organisation travaillent en groupe. Armées d’une petite pioche, elles nettoient les champs de manioc. Madame Gondo, l’une d’entre elles, trouve cette méthode particulièrement avantageuse : « C’est le travail en groupe qui est bien. On doit aller au champ, à 15 ou à 20 (personnes). Et demain, on va chez l’autre. Il n’y a pas à pomper (des pesticides). Ça va vite. Et puis, sur est content. Sur est ensemble. Et le champ évolue », témoigne-t-elle. Même enthousiasme chez Florence, une autre productrice : « On travaille avec les dix doigts. On fait ce qu’on peut. Pour le manioc, ça donne bien. »
Cependant, tous les producteurs ne suivent pas ces conseils. Agathe Vanié en bonne conscience : les paysans sont souvent réticents à adopter ces pratiques culturelles, qui leur demandent plus d’efforts. « Tu leur parles, tu fais les réunions, tu tournes… C’est difficile pour qu’ils écoutent (les conseils). Eux, ils vont te dire : ”Pourquoi voulez-vous qu’on applique ? Il n’y a pas de plus de travailleurs !” Comme ils ne veulent pas avoir de mauvaises herbes, ils propagent encore du produit », déplore-t-elle.
Pour surmonter ces difficultés logistiques, de plus en plus de producteurs se forment désormais à l’agroécologie. Une démarche qui leur permet de mieux s’organiser et de mieux maîtriser les pratiques culturelles.
À lire aussiCôte d’Ivoire : à Yamoussoukro, le boom de l’immobilier ravit les investisseurs, inquiète les agriculteurs

