Le préfet de Tarn-et-Garonne Vincent Roberti termine vendredi 29 mai 2026 sa mission après trois ans et trois mois de mission dans le département. Le futur directeur de l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver des Alpes 2030 livre son émotion de quitter l’hôtel des Intendants de Montauban et retient de son passage la personnalité des habitants. “Partir est un déchirement”, assure-t-il, à la veille de son pot de départ.
8h30 précise, dans ce qui est encore son bureau du premier étage de la préfecture de Tarn-et-Garonne. Vincent Roberti, préfet en partance pour la direction générale du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) des Alpes françaises 2030, reçoit La Dépêche.
Fenêtre ouverte en ce jour de forte chaleur, costume beige impeccable, chemise blanche immaculée et cravate bleue, M. Roberti se livre sur ses trois ans et trois mois passés dans un département qu’il a appris à aimer. “Partir, c’est vraiment un déchirement”, assure-t-il, la voix pour une fois mal assurée. Un entretien comme il en a rarement livrés, toujours sincère, mais ému presque aux larmes de partir d’un territoire dans lequel il se sentait bien.
À l’issue de votre passage en Tarn et Garonnecomment décririez-vous ce territoire ?
C’est un département très fort, très dynamique et, surtout, très attachant. Il y a beaucoup d’affect, les gens sont très sensibles. C’est ce qui fait que quand ils sont en colère, ils sont vraiment en colère. Et quand ils sont contenus, ils sont vraiment contenus. Il n’y a pas de demi-mesure. Si on arrive à avoir leur confiance, alors on arrive à être acteur. C’est le rôle de l’État : accompagner ce territoire qui a besoin de vivre et se développer. C’est un département de petite taille, en population et en territoire et pourtant, il y a une concentration très importante de projets : la LGV, le projet d’EPR 2 à Golfechle nouvel hôpital, Occirail, la plateforme 3S… Mais il faut aussi traiter des sujets du quotidien comme la santé, le social, l’éducation, la culture… Et des micro-sujets comme s’ils étaient majeurs. Je me souviens d’un agriculteur qui, à cause d’un détail dans sondossier, était privé de plusieurs milliers d’euros d’indemnités. Il était complètement désespéré. On a réussi à tordre les bras à l’administration nationale pour qu’il l’obtienne. Cet homme-là, on l’a peut-être sauvé. Au moins son exploitation. Maintenant, je n’entends plus parler de lui. C’est un petit coup de pouce, mais ça lui a permis de redémarrer.
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Vous avez la réputation d’un préfet qui déteste rester dans son bureau…
Je crois que c’est en allant sur le terrain que l’on peut essayer de comprendre comment fonctionner les choses. Je prends l’exemple de l’agriculture. Dans les trois premiers mois après mon arrivée, j’ai dû visiter une vingtaine d’exploitations pour essayer de comprendre comment chacune d’elles – des céréaliers, des arboriculteurs, des éleveurs… – fonctionnait. Une fois qu’on a compris leurs problématiques sur l’eau ou les saisonniers, on voit comment on peut les aider. J’ai passé beaucoup de temps avec les organisations syndicales aussi. Quand vous restez 2h30 à discuter avec les responsables lors de la première rencontre, il y a des boutades et des critiques, mais on arrive à récupérer des messages forts aussi. En revanche, il faut être loyal. Si on dit quelque chose, il faut le faire ou s’engager à tout faire pour que ça se réalise. Parce que sinon, les interlocuteurs ne vous le pardonnent pas. C’est aussi vrai dans l’agriculture qu’avec les élus ou les entreprises. Peu à peu, la confiance se crée.
Au niveau politique justement, il faut savoir composer avec de fortes personnalités…
On m’avait dit beaucoup de choses sur les élus ici : “Tu verras, c’est un pays de rugby. D’abord, c’est rugueux et après, à la troisième mi-temps, on discute.” Ce n’est pas faux. Mais on a des gens qui ont envie que les projets avancent. Ils les portent avec tout leur poids et toute leur énergie, en donnant du sens à ce qu’ils font. Les élus sont courageux, travailleurs, exigeants et responsables. Même si c’est parfois compliqué, ils arrivent aussi à faire ensemble quand l’intérêt général l’emporte.
Économiquement, il y a une vitalité très importante…
Il y a des entreprises très dynamiques au niveau agricole par exemple : Blue Whale, Cancel, Boyer… À elles trois, elle font un demi-milliard de chiffre d’affaires. Ça pèse dans l’économie locale ! Il y a aussi des grosses sociétés comme Villeroy et Boch, Liehbber et des toutes petites. J’ai vu des choses incroyables : Crambe à Caussade, qui est une pépite, ou encore Les Ateliers d’Octave, qui fait de la récupération d’instruments de musique dans un petit atelier et qui a été primé au niveau national. C’est un peu ça le Tarn-et-Garonne, ce contraste entre des choses très précises, très belles, et des mastodontes. Il faut pouvoir accompagner tout le monde utilement, faire avancer des dossiers, simplifier les démarches…

Un sujet a été régulièrement sur la table aux beaux jours : l’accueil des gens du voyage. Où en est-on aujourd’hui ?
Outre le développement de la plateforme 3S, c’est un autre sujet où je peux dire ma fierté. Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de schéma départemental d’accueil depuis 2018. Avec Michel Weill, le président du Département, nous avons réussi à en rédiger un en mars 2024. Évidemment, personne n’avait envie, parce que ce n’est pas facile, d’accueillir une aire de grand passage. J’ai donc réquisitionné un terrain à Montbartier qui a permis de ne plus revivre les débordements de 2023. Certains pensaient que je n’irai pas jusqu’au bout, ce fut le cas. En 2025, j’ai réquisitionné à Saint-Étienne-de-Tulmont malgré une opposition locale, en répartissant les coûts entre les intercommunalités du département pour que l’effort soit partagé. Nous avons démontré que nous étions capables de le faire. Et j’espère que nous avons trouvé une solution pérenne. Nous avons la commission préfectorale sur les gens du voyage ce vendredi et nous avons trouvé, avec l’aide du maire de Montauban, un terrain. J’espère qu’on aura réglé ce sujet avant mon départ.
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La sécurité est aussi un enjeu des prochaines années…
C’est un département où l’on commence à avoir des problèmes que l’on ne rencontrait pas il ya vingt ans. Nous sommes à la portée de Toulouse, cela entraîne des problèmes de délinquance, de narcotrafic et de sécurité plus globale. Il faut que l’État protège les habitants, les entreprises, les élus parfois agressés. Même si ici, l’État est encore respecté. Et puis il y a un lien très fort avec l’armée ici. C’est d’autant plus rentable que la situation est très tendue au niveau international. C’est rassurant de voir pour le citoyen qu’il est entouré d’unités d’élite qui n’ont pas peur de défendre les valeurs de la République, parfois jusqu’au péril de leur vie. Sur l’a encore vécu récemment.
Personnellement, qu’allez-vous garder de cette expérience dans notre département ?
Ce que je vais regretter et ce que j’ai le plus aimé, ce sont les Tarn-et-Garonnais. Rien que de le dire, j’ai des trémolos dans la voix… (Il marque une pause) Parce que ce sont des gens très attachants. On ne peut pas lier des liens trop personnels quand on est préfet. Mais j’ai trouvé des gens très attachants. Quand on donne sa parole, quand on a travaillé ensemble, on crée des relations très très fortes. Je pourrais parler de Pascal Roux, le président de la CCI, qui prend beaucoup de coups mais qui continue à avancer sur son projet Occi’rail, de Christophe Passédat, qui s’investit au niveau national pour la boulangerie, Valérie Pons qui fait rayonner les produits de son département au niveau national, d’élus comme Michel Weill (ancien président du Département entre 2021 et 2026)Jean-Michel Baylet ou même Brigitte Barèges, qui se sont battus pendant des années pour leur territoire et qui prennent des coups alors qu’ils travaillent, parfois au péril de leur vie personnelle. Les Tarn-et-Garonnais sont des gens droits dans leurs bottes, rugueux mais extraordinaires. Ils font beaucoup pour leur territoire. Partir, c’est vraiment un déchirement.

Votre futur désormais, ce sont les Jeux olympiques et paralympiques d’hiver des Alpes 2030. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
C’est un défi passionnant. Les JO de Paris 2024 m’ont donné envie de participer à l’aventure des Alpes 2030. Pendant deux fois quinze jours il ya deux ans, on a connu un pays heureux, c’était génial ! Nous avons accueilli à Montauban des participants à ces Jeux, que ce soit l’équipe belge paralympique ou la formation d’athlétisme du Botswana. Ils ont défendu leurs couleurs sur les épreuves. En tant que préfet, on s’engage pour l’État, pour faire en sorte que la société aille mieux. Moi, j’ai eu envie de m’engager pour mon pays dans cette aventure, pour participer à cet élan et le faire revivre, pour que la France soit mise en avant au niveau international. C’est un beau et immense défi à relever.
La tâche ne s’annonce pas aisée…
C’est ça qui sera intéressant, mettre de l’huile dans les rouages ! Ça me rappelle des expériences que j’ai déjà eues dans ma carrière, quand j’ai participé à la création de la métropole de Lyon par exemple, alors que je ne connaissais pas du tout les collectivités territoriales. J’étais au cabinet de Michel Mercier, ministre de l’Aménagement du territoire. Il m’avait dit : “Ce qui compte, c’est la dynamique !” Je suis parti dans cette aventure sans rien connaître et nous y sommes parvenus. C’est la même chose : je ne suis pas un champion, je ne connais pas les fédérations, mais c’est peut-être ce qui a intéressé dans ma candidature. C’est Edgar Grospiron qui fera rayonner cet esprit olympique. Moi, je suis là dans les soutes pour faire que tout fonctionne. Et je vais prendre quelques litres d’huile pour mettre dans les rouages ! (rires) C’est une belle aventure, un bon défi et je crois que c’est ça qui est intéressant.

