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    Home » «À l’image des États-Unis, la France doit assumer une politique de puissance»
    May 28, 2026

    «À l’image des États-Unis, la France doit assumer une politique de puissance»

    news30By news30May 28, 2026 Politique 7 Mins Read
    «À l’image des États-Unis, la France doit assumer une politique de puissance»
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    FIGAROVOX/TRIBUNE – La création d’un Observatoire de la souveraineté numérique, la France peine toujours à conserver ses talents et à faire émerger des champions industriels, faute d’une vraie politique de puissance, selon Julien Aubert et Jean-Philippe Mallé, de l’Institut Valmy.

    Julien Aubert est ancien député LR, président de l’Institut Valmy Thomas Fauré, et président de Whaller.

    Jean-Philippe Mallé, secrétaire général de l’Institut Valmy


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    La souveraineté numérique sera-t-elle demain la première des libertés ? Les États-Unis sont traversés par un débat très animé sur l’impact social et politique de l’IAqui montre que la réflexion politique court derrière le progrès technique. En Europealors que nous sommes en retard au plan technologique, on réfléchit d’abord, comme en Allemagne, sur une nouvelle doctrine de souveraineté numérique.

    La France quant à elle vient de se doter d’un observatoire de la souveraineté numérique mais la priorité est de faire un diagnostic lucide de nos forces et faiblesses stratégiques. La France sait inventer. Elle ne sait pas garder. Et elle peine à faire émerger les champions qui transformaient ses innovations en puissance durable. Voilà, en une phrase, le drame technologique de notre pays — et, au-delà, de notre continent.

    Rappelons quelques évidences que l’on feint d’oublier. Le premier micro-ordinateur de l’histoire, le Micrala été conçu en France par Bull en 1973, deux ans avant l’Altair américain. La norme GSM, qui a permis l’explosion mondiale de la téléphonie mobile, a été conçue par l’ETSI — l’Institut européen des normes de télécommunications, installé à Sophia-Antipolis — et standardisée dès 1987. Linuxle système d’exploitation qui fait tourner aujourd’hui l’écrasante majorité des serveurs de la planète — internet, les supercalculateurs, le cloud, les smartphones Android —, a été créé en 1991 par un étudiant finlandais, Linus Torvalds.

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    Et pourtant, passé un certain seuil, tout se passe comme si un plafond de verre se refermait, ou plutôt comme si le génie français et européen était aspiré pour être mis au service d’autrui. Linux est européen, mais les rentes qu’il génère sont américaines : Google, Amazon, Microsoft. La norme GSM avait jadis permis à Nokia et Ericsson de dominer le monde des mobiles ; aujourd’hui, Apple et Samsung captent l’essentiel de la valeur. Bull a inventé le micro-ordinateur ; IBM, Dell et HP ont fait un empire. Ubisoft est convoité par Tencent. Nous exportons des innovations brutes, puis réimportons des services finalisés et monétisés, en payant au passage une dîme numérique considérable : le chiffre d’affaires en Europe des six grands du numérique — Microsoft, Amazon, Apple, Google, Salesforce, Oracle — représente environ mille euros par adulte et par an, transmises outre-Atlantique en échange de services dont nous sommes devenus structure dépendante.

    Pour briser ce plafond de verre, la France doit d’abord décider qu’elle veut une stratégie nationale, et cesser de déléguer cette ambition à Bruxelles, où elle se dilue en compromis et en règlements.

    Ce qui ressemble à une forme de colonialisme économique n’est pas le fruit du hasard. Trois mécanismes se renforcent mutuellement pour entretenir cette dépendance. Le premier est l’écart de recherche. Amazon, Google et Microsoft consacrent ensemble plus de 200 milliards de dollars à la R&D chaque année — soit trois fois l’effort public et privé de recherche de toute la France. Avec de tels moyens, toute innovation est rapidement captée, développée, brevetée, et transformée en levier pour investir davantage encore.

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    Le deuxième est l’écart de capital. Un fonds de capital-risque européen dépasse rarement le milliard d’euros là où les fonds américains s’alignent cinq à dix fois plus. Faute de financement, nos pépites n’ont que deux issues : plafonner et se faire distancer, ou accepter des capitaux étrangers qui diluent progressivement tout contrôle national.

    Le troisième est l’écart de mobilité des talents. Un ingénieur licencié d’un grand groupe français met en moyenne dix-huit mois à retrouver un poste ; son homologue de la Silicon Valley, six semaines. Nos meilleurs esprits, formés à grands frais par nos universités publiques, traversent l’Atlantique pour des salaires deux à trois fois supérieurs — et mettent leur génie au service d’entreprises californiennes.

    Encourager, c’est assumer une politique de puissance. Les Américains le font depuis trente ans sans états d’âme : commande publique, incitations fiscales, subventions, dérogations administratives

    Trois flux qui partent dans la même direction et qui alimentent, année après année, notre dépendance. Pour briser ce plafond de verre, la France doit d’abord décider qu’elle veut une stratégie nationale — et cesser de déléguer cette ambition à Bruxelles, où elle se dilue en compromis et en règlements. L’Europe peut être un cadre utile ; la souveraineté, elle, commence par la nation. Trois leviers s’imposent : cibler, encourager, financer.

    Cibler, c’est n’engager que les batailles que l’on peut raisonnablement gagner. Le nuage en offre l’illustration parfaite : il recouvre le stockage de données, la puissance de calcul, et les applications qui tournent dessus. Sur les deux premiers segments, la France et l’Europe disposent d’offres solides — OVHcloud, Scaleway, Hetzner —, souvent moins chères que leurs équivalents américains. C’est là qu’il faut orienter résolument les acheteurs publics. Sur les applications, le retard est massif ; mieux vaut concentrer l’effort sur des segments à notre portée que de disperser les moyens sur un front trop large.

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    Encourager, c’est assumer une politique de puissance. Les Américains le font depuis trente ans sans états d’âme : commande publique, incitations fiscales, subventions, dérogations administratives — Internet, le GPS, les briques de Siri en sont les fruits. Le Small Business Act garantit 23 % des marchés fédéraux aux PME. La Chine impose ses champions par ses appels d’offres. La France doit en autant faire : un Buy French et Buy European sur le numérique stratégique — cloud souverain, IA, cybersécurité — serait plus efficace que dix règlements supplémentaires. Encore faut-il accepter de remettre en cause notre conception parfois suicidaire de la concurrence : l’Europe a transformé le droit de la concurrence en dogme là où nos concurrents en font un instrument. Nous avons utilisé ce droit contre nos propres entreprises pendant que les géants américains construisaient tranquillement leurs monopoles. Le DMA doit enfin servir à ouvrir des espaces pour nos acteurs, pas seulement à sanctionner après coup.

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    Financer, enfin, c’est mobilisateur une épargne française qui dort. L’épargne des Français est l’une des plus abondantes du monde développé ; elle finance pourtant en priorité la dette américaine plutôt que nos champions. Il faut faire émerger des fonds nationaux capables d’aligner plusieurs milliards sur une seule opération, pour accompagner nos entreprises dans leur phase de croissance internationale sans les contraindre à chercher des capitaux à l’étranger.

    La France a inventé le micro-ordinateur, la carte à puce, l’avant-garde d’Internet par le Minitel. Elle a accueilli et contribué à structurer l’aventure du GSM et à définir les premiers protocoles d’Internet. Ses ingénieurs ont contribué aux grandes infrastructures numériques mondiales. Si elle a perdu du terrain sur le numérique, la remontée chinoise dans l’intelligence artificielle nous rappelle que rien n’est irréversible — à condition du décider. Il est temps de considérer que nos ingénieurs, nos chercheurs et nos entrepreneurs n’ont pas vocation à enrichir d’autres continents, et méritent une ambition nationale à la hauteur de leur talent.

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