Combien de temps, combien d’épreuves faut-il pour devenir femme ? Combien de frustrations, d’injonctions, de rébellions, doit-on endurer pour être soi-même et s’accepter telle quelle ? Autant de questions qui traversent ici le premier roman de Sevin Sahin, mon invitée, qui publie La fille de la Colline, aux éditions Philippe Rey, où elle mêle trois voix à trois époques différentes et qui sépare une seule et même personne : Sibel que l’on suit d’Ankara à Paris. Grand entretien.

Sibel, qui s’était pourtant juré de ne jamais avoir de fils, est mère d’un jeune garçon de deux ans. Depuis qu’il est dans le coma, elle est à son chevet, se relayant furtivement avec son mari, qu’elle ne fait plus que croiser depuis quelques années. Angoissée par la possibilité de perdre cet enfant, elle est épaulée par Elsa, infirmière à l’accent ensoleillé, et par le docteur Beausert, qui ne la laisse pas indifférente…
Tandis que Sibel veille, ressurgissent les souvenirs de deux périodes fondatrices : son enfance en Turquiesur la colline Pomme près d’Ankara, dans la communauté alévie marquée par les traditions qui ne laissaient aucun avenir aux femmes en dehors du mariage ; et l’époque où, après son arrivée en Franceelle a passé ses nuits dans des clubs, dealeuse occasionnelle, accro à l’extase, à la musique électro et aux hommes. Si elle a désormais mis un terme à cette vie d’excès, Sibel cherche un sens à son identité fragmentée pour sauver son fils…
Sevin Sahin entremêle avec brio et une énergie contagieuse les trois époques de la vie de cette femme. À ses côtés, on ressent la colère adolescente face au carcan familial, on éprouve les pulsations et la sensualité des nuits parisiennes, on partage les doutes et les angoisses d’une femme incertaine de son propre instinct maternel. Tout entier tendu vers la question de la survie de l’enfant, ce texte est animé de bout en bout par l’incroyable élan vital de Sibel, déterminé à aller de l’avant envers et contre tout, sans jamais renoncer à la moindre parcelle de sa liberté et de son bonheur de vivre. (Présentation des éditions Philippe Rey)
Illustration musicale : Sezen Aksu – Ünzile.

