La Fédération culturelle canadienne-française (FCCF) tente d’obtenir la poursuite du financement de La Ruchée, arrivée à échéance en mars, tout en cherchant déjà à assurer celle de La Bande numérique après 2027, a appris Le Droit.
Les deux programmes ont été développés par la FCCF pour répondre à des besoins précis du milieu francophone : l’éducation artistique dans les écoles pour La Ruchée, et l’accompagnement numérique des organismes culturels pour La Bande numérique.
Les deux initiatives ont reçu près de 3 millions de dollars de Patrimoine canadien au cours des dernières années. La Ruchée a retenu de 2,1 millions de dollars entre 2024 et 2026, tandis qu’un budget de 715 000 $ assure les activités de La Bande numérique jusqu’au 31 mars 2027.
«La fin du financement fédéral exige de revoir sa structure et réduite sa capacité d’action», reconnaît le nouveau directeur général de la FCCF, Vincent Klassen en entrevue pour Le Droit.
L’organisme, qui représente les organismes culturels francophones hors-Québec, poursuit ses discussions avec Patrimoine canadien et souhaite obtenir un financement récurrent.
Messages supprimés
La situation est plus immédiate pour La Ruchée. Son entente fédérale a pris fin comme prévu le 31 mars, sans qu’un nouveau financement ait encore été confirmé.
Certains postes ont déjà été supprimés, sans que la FCCF précise combien d’employés ont été touchés.
«Cela va réduire les activités et les postes, c’est évident», affirme M. Klassen. Il espère que cette situation sera temporaire et dit chercher des solutions pour éviter de perdre l’expertise développée au cours des dernières années.
La Bande numérique demeure pour sa partie financée pendant encore neuf mois. Son avenir au-delà du 31 mars 2027 n’est cependant pas garanti.
«Je ne suis pas en mesure d’évaluer l’incertitude relative. Nous cherchons des solutions», répond M. Klassen lorsqu’on lui demande si la FCCF a reçu des signaux négatifs concernant son renouvellement.
Des outils pour les écoles et les organismes
Concrètement, La Ruchée aide le personnel des écoles francophones à enseigner les arts. Le programme offre des formations, du mentorat et des ressources pédagogiques en français.
Il peut aussi jumeler un enseignant avec un artiste afin qu’ils conçoivent l’ensemble des activités réalisées en classe. Ces activités permettent d’enseigner la musique, le théâtre, la danse ou les arts visuels, mais aussi d’utiliser les arts pour faciliter l’apprentissage d’autres matières.
Créée comme un laboratoire d’innovation, La Ruchée devait progressivement diversifier ses revenus et développer un modèle d’affaires durable.
«Notre priorité est de consolider un financement récurrent qui permettra de préserver cette expertise nationale», précise M. Klassen.
La Bande numérique répond à un autre besoin. Depuis 2021, elle accompagne les organismes artistiques et culturels francophones qui doivent adapter leurs activités à l’évolution rapide des technologies.
Dans la vie quotidienne d’un organisme, ce soutien peut servir à refaire un site Web, moderniser un système de programmation, mieux gérer les données de ses membres ou protéger ses mots de passe et ses renseignements confidentiels.
À Réseau Ontario, le programme a notamment permis d’améliorer le système de programmation et d’entreprendre une refonte du site Web.
«Ils avaient réalisé une sorte d’analyse de notre présence numérique. Nous avons ensuite retenu d’un accompagnement pendant plusieurs mois, voire plusieurs années», raconte la directrice des événements de Réseau Ontario, Maëva Leblanc.
« Grâce à La Bande numérique, nous avons été capables de mettre en place un nouveau système de programmation, plus simple et plus efficace. Nous sommes également en train de procéder à une refonte de notre site Web grâce à ce programme», ajoute-t-elle.
L’accompagnement a également porté sur l’écoresponsabilité numérique, la gestion des données, la sécurité des mots de passe et la protection des informations.
«Tous les organismes n’ont pas les fonds nécessaires pour faire ce travail, souligne Mme Leblanc. Nous avons accès à des spécialistes du domaine numérique, alors que le numérique change tellement vite.»
La disparition éventuelle du programme aurait, selon elle, « un énorme impact », notamment sur le plan financier.
«Nous perdrions l’accès à ces formations, mais aussi aux spécialistes. Ces formations sont également utiles pour nos propres membres», dit-elle.
Un changement d’approche évoqué
Patrimoine canadien, contacté par Le Droitn’a ni confirmé ni infirmé un éventuel renouvellement de La Ruchée. Le ministère indique ne pas pouvoir commenter les propositions de financement reçues et retourner à son portail public pour connaître les projets probablement approuvés.
Selon une source au fait du dossier, le non-renouvellement de certains programmes ne découlerait pas préalablement d’une diminution de l’enveloppe fédérale. Patrimoine canadien aurait plutôt choisi de transférer une partie des fonds aux provinces et aux territoires, au lieu de financer directement certaines initiatives pancanadiennes.
Les demeures seraient donc disponibles, mais les bénéficiaires et les mécanismes de financement auraient changé.
Ce changement d’approche pourrait compliquer le financement des projets menés à l’échelle du pays. La FCCF dit des solutions pour préserver l’expertise développée par ses programmes.
«Nous avons livré des résultats solides sur les deux fronts», soutient M. Klassen.
Il dit également percevoir chez le gouvernement une volonté d’appuyer la langue française, la culture francophone ainsi que le développement des capacités nationales dans les domaines du numérique et de l’intelligence artificielle.
Dans son mémoire prébudgétaire déposée en mai, la FCCF recommandait au gouvernement fédéral d’investir 12 millions de dollars sur trois ans dans le virage numérique du secteur artistique et culturel francophone.
«La FCCF entretient un partenariat solide avec Patrimoine canadien, et nous poursuivons nos discussions concernant le financement», assure M. Klassen.

