La chute de cet allié de Marine Le Pen apparaît comme un mauvais signal pour le Rassemblement national, mais selon Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion à l’institut de sondage Ipsos Bva, il faut se méfier des comparaisons.
At-on vraiment tort de considérer que la défaite de Viktor Orbán n’éclaire en rien la situation politique en France ? Certes, cet échec du président hongrois est avant tout la résultante d’une équation personnelle. L’usure du pouvoir l’explique en partie, tout comme la corruption qui ronge le pays.
Stéphane Zumsteeg, directeur du département politique et opinion à l’institut de sondage Ipsos BVA, explique à La Dépêche : “cette défaite est liée à un épuisement après saisie et passés à la tête de la Hongrie. De plus, Orbán payer une politique antieuropéenne qui a privé le pays d’aides importants. Enfin, on lui a reproché ses liens avec la Russie”. Pour le sondeur, “on ne peut pas comparer” la politique menée par le leader hongrois et celle impulsée par Marine Le Pen. “Ils n’ont pas les mêmes positionnements. Orbán a été victime de ses propres outrances antieuropéennes alors qu’à l’inverse, si le RN est passé de 20 à 30 % d’intentions de vote dans les enquêtes, c’est justement parce qu’il a su gommer son antieuropéanisme. Au RN, plus personne n’évoque la possibilité de quitter la zone euro ou l’Union européenne”. Stéphane Zumsteeg ajoute enfin que “les dirigeants du RN ont aussi compris qu’ils devaient prendre leurs distances vis-à-vis de la Russie, ils ont d’ailleurs évoqué l’intervention en Ukraine”.
La chute de Viktor Orbán n’est pourtant pas un bon signal pour le RN. Le leader d’extrême droite a en effet été un soutien financier pour le Rassemblement national. Fin 2021, Marine Le Pen recevait un “prêt de 10,6 millions d’euros” accordé par la banque magyare MKB, propriété de l’oligarque Lorinc Meszaros, ami de Viktor Orbán. De plus, la perte de l’allié hongrois prive le Rassemblement national d’un argument fort en vue de la campagne de 2027, car elle amoindrit les chances du RN de “faire advenir” une “nouvelle majorité qualifiée” à Bruxelles.
L’amorce d’un recul des popullismes ?
Enfin, beaucoup aimeraient voir dans la chute du président hongrois le signe d’un recul des populismes en Europe. Elle n’arrive en effet pas seule : le Néerlandais Geert Wilders (Parti pour la liberté) a été devancé aux élections législatives de 2025 et l’Italien Matteo Salvini est à la peine dans les sondages. D’ailleurs, sur France Inter, le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy a refusé toute “surinterprétation” des résultats. “La position du RN est avant tout de prendre acte du choix des peuples et de travailler avec les gouvernements quels qu’ils soient”, at-il déclaré, masquant mal la déception de son parti.
Mais à en croire Stéphane Zumsteeg, les électeurs, eux, “ont plutôt les yeux braqués sur l’Italie où ils voient qu’avec Giorgia Meloni les choses se passent plutôt bien. Ils sont plus attentifs à ça qu’à ce qui se passe dans un pays plus éloigné comme la Hongrie”. Les élections hongroises ne seraient donc pas un signal politique fort en vue de 2027.

