Ferkessédougou, 8 avr 2026 (AIP) – Depuis plus de trois ans, la Côte d’Ivoire accueille plusieurs milliers de demandeurs d’asile originaires du Burkina Faso et du Mali, fuyant la crise dans ces deux pays. L’essentiel de ces populations se concentre dans le nord du pays, notamment dans les régions du Bounkani et du Tchologo, et dans une moindre mesure dans celles du Poro, de la Bagoué et du Folon.
Cet afflux a mis à contribution plusieurs structures de l’État ainsi que des partenaires humanitaires, dont les agences du système des Nations unies, en particulier le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
Face à cette situation, le gouvernement ivoirien s’appuie sur la direction d’aide et d’assistance aux réfugiés et apatrides (DAARA), structure rattachée au ministère des Affaires étrangères et des Ivoiriens de la diaspora, ainsi que sur le corps préfectoral dans les régions concernées.
Dans la région du Tchologo, le dispositif de gestion repose sur la coordination entre les autorités administratives, les services techniques de l’État, les organisations humanitaires et les communautés locales.

Selon les données du HCR, la Côte d’Ivoire comptait près de 78 000 réfugiés et demandeurs d’asile à la fin de septembre 2025, dont environ 29 000 dans la région du Tchologo. En février 2026, le Conseil national de sécurité (CNS) a annoncé la présence de 115 000 réfugiés et demandeurs d’asile sur le territoire ivoirien.
Un dispositif de coordination régionale
Le 20 décembre 2024 à Ferkessédougou, la DAARA a présenté aux autorités administratives et aux partenaires humanitaires un nouveau cadre de coordination régionale pour la gestion de l’afflux des réfugiés dans le Tchologo.
Présidé par le préfet de région, ce dispositif vise à coordonner notamment les interventions des agences des Nations unies et des organisations non gouvernementales opérant dans la région, dans le camp de réfugiés de Nioronigué, dans le département de Ouangolodougou.
Lors de cette rencontre, le secrétaire général de la préfecture de Ferkessédougou, Emile Koffi, représentant le préfet de région Jean-Pierre Sory, a réaffirmé l’engagement de l’administration territoriale à assurer la coordination des actions en faveur des demandeurs d’asile.
Dans le cadre du renforcement des capacités, les autorités administratives et les forces de défense et de sécurité ont également intégré, le 25 juillet 2025 à Ferkessédougou, d’une formation sur la protection des réfugiés et des demandeurs d’asile organisés par la DAARA.
Le comité du fonds d’intervention localisé
Le 30 août 2024, le préfet de la région du Tchologo a installé à Ferkessédougou le comité de cogestion du Fonds d’intervention localisé (FIL), dans le cadre du projet d’appui aux populations en crise dans le nord de la Côte d’Ivoire et dans certains pays de la sous-région.
Ce projet est mis en œuvre par l’organisation Acting for Life et financé par le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères de la France. Le fonds bénéficie également de l’appui de projets humanitaires portés par l’ONG Action contre la faim.
Le comité, composé de 18 membres issus des administrations publiques, des organisations professionnelles et des collectivités territoriales, intervient notamment dans la gestion des crises liées à la mobilité du bétail et à la présence des demandeurs d’asile dans la région.
Dans ce cadre, une mission d’identification des personnes déplacées a été menée en novembre 2025 dans les localités de Pogo et de Toumokro, dans le département de Ouangolodougou, après l’arrivée des déplacés en provenance du Mali.
Le rapport de cette mission a recensé environ 285 demandeurs d’asile, dont 236 à Pogo et 49 à Toumokro. La majorité provenait des localités maliennes de Loloni, Fandjaman, Fatinin et Nimougou.
Selon ce rapport, plusieurs de ces personnes vivent dans des conditions précaires, certaines étant hébergées par des familles d’accueil tandis que d’autres occupent des habitations inachevées.
La mission a recommandé une assistance d’urgence en vies et en biens non alimentaires afin de soutenir à la fois les demandeurs d’asile et les communautés d’hôtes.
Des réunions de sécurité régulières
Parallèlement, le comité départemental de sécurité, présidé par le préfet de région, tient régulièrement des réunions d’évaluation avec les forces de défense et de sécurité, notamment la gendarmerie, la police, les eaux et forêts, la Sodefor et l’Office national de la protection civile.
Ces rencontres permettent d’analyser la situation sécuritaire dans la région et d’anticiper d’éventuels risques liés à l’afflux de populations déplacées, notamment les infiltrations de groupes armés.

Maintien de la cohésion sociale
L’arrivée des demandeurs d’asile a également des répercussions sur les communautés d’hôtes, en particulier dans les localités proches des frontières.
Afin de prévenir les tensions, les autorités administratives organisent régulièrement des rencontres avec les chefs traditionnels et les dirigeants communautaires.
En 2022, lors de l’installation du camp de réfugiés de Nioronigué dans le département de Ouangolodougou, l’intervention du corps préfectoral a permis d’apaiser les inquiétudes des populations locales.
En janvier 2025, des tensions ont également été signalées dans le canton Palaka, dans le département de Ferkessédougou, après l’arrivée de demandeurs d’asile accompagnés de troupeaux de bétail. Des discussions menées par les autorités administratives avec les chefs traditionnels ont permis d’éviter une escalade.
Des situations similaires ont été observées dans certaines localités du département de Kong, où des conflits entre éleveurs transhumants et populations hôtes ont été désamorcés grâce à l’intervention du comité FIL et des autorités administratives.

Des défis à relever
Malgré ces mécanismes de gestion, plusieurs défis subsistent, notamment la prise en charge durable des demandeurs d’asile, la surveillance des frontières et l’impact démographique dans certaines localités d’accueil.
Les autorités ivoiriennes, à travers la DAARA et l’administration territoriale, assurent la coordination des actions avec les partenaires humanitaires pour faire face à ces enjeux.
(AIP)
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