
Dans cette enquête, l’autrice Typhaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables de Victor Hugo publié en 1862 et devenu un classique…
Les Misérablesroman fleuve de Victor Hugo a été publié en 1862. Devenu un classique de la littérature malgré ses 2500 pages, ce roman social et historique a été dès sa parution adaptée, réécrit, traduit, abrégé de nombreuses fois. Il a également fait l’objet de nombreuses adaptations cinéma ou télé : près d’une cinqquantaine. Il y a même eu une comédie musicale.
Réécrire les classiques : une fausse question ?
Typhaine Samoyault a lu les Misérables trois fois mais n’a jamais lu la même version ! Dans Toutes sortes de Misérableselle révèle comment ce roman est devenu l’un des plus réappropriés du monde et interroge : “Faut-il réécrire les classiques ?” est-elle une fausse question ?
Des personnages qui se sont affranchis du roman
Le roman social et historique de Victor Hugo est devenu un classique et ses personnages Cosette, Gavroche, Jean Valjean et autres Thénardier, des icônes de la culture populaire. Leurs noms sont même devenus des expressions ! “Les personnages sont des personnages qui se sont affranchis du texte pour devenir des familiers comme s’ils appartenaient à la réalité, comme s’ils prenaient leur autonomie : c’est la force des grandes œuvres !”
Adaptations et traductions : faire usage des classiques
Mais selon Typhaine Samoyault, si ce roman est devenu un classique ce n’est pas uniquement dû à sa qualité littéraire, c’est aussi grâce à la profusion d’adaptations et de traductions. Dès 1884, il existe déjà même une version adaptée à la jeunesse. “Victor Hugo voulait une réception populaire de son texte. Il a voulu qu’il y ait des éditions bon marché et accessible de son texte”
Ce roman traduit dans toutes les langues, en Chine ou en Russie, ce sont des versions différentes car le texte est adapté. “La langue change le texte : on ne produit jamais de traduction miroir, c’est aussi une occasion pour les traducteurs de proposer une version abrégée.”
Une œuvre vivante, c’est une œuvre changeante
Pour Typhaine Samoyault, un classique est constamment reprise. Il n’y a pas de contre-exemple. Une œuvre qui n’est plus adaptée aux époques ou autres cultures ne peut pas des classiques. On garde la mémoire orale de cette littérature” La littérature doit donc être en mouvement car cela fait vivre les livres, car il ne s’agit pas seulement de les conserver, il faut les faire circuler, les transformer, les réinventer.. “Il ne faut pas voir peur des réécritures, ce n’est pas un phénomène récent”. L’autrice rappelle que de nombreux classiques ont été expurgés de leurs références religieuses lors de la séparation de l’Eglise et de l’Etat par exemple…
Invitée : Typhaine Samoyault, directrice d’études de l’EHESS, Directrice du Centre de recherches sur les arts et le langage. Elle est aussi romancière et traductrice. Son essai Toutes sortes de Misérables est publié aux éditions du Seuil.
Programmation musicale : L’artiste NeS avec le titre Le bruit et le silence.

