La capture de Maduro par les États-Unis aura révélé au grand jour une nouvelle fragmentation de la classe politique française, qui n’aura pas réagir, tant s’en faut, de manière homogène. Les plus prévisibles, côté LFIconformément à leur prurit « néo-bolivarien », condamnant sans ambages l’intervention américaine et soutient tout autant le dictateur déchu. Sur un autre versant de la gauche, PS et Verts – quoiqu’avec des nuances pour ces derniers –, Maduro n’est pas plus pleuré que regretté, mais l’opération de Washington est d’énoncée au nom du respect du droit international. Position qui est également celle du Rassemblement nationalmais cette fois-ci en raison de la sacralité de la souveraineté des nations et de leurs États.
Le bloc central se veut, dans l’ensemble, plus pragmatique, n’applaudissant pas nécessairement l’initiative de Trump, mais se réjouissant de la mise sous verrous de l’ancien président vénézuélien. C’est là, dans tous les cas, le point de vue de Gabriel Attal, qui rejoint pour une fois la réaction élyséenne. Dans un communiqué, le palais a pris acte de la chute de Maduro et s’en est réjoui pour le peuple du Venezuelaavant de finalement dénoncerdans un second temps, la méthode employée. La communication présidentielle a ceci de surprenant qu’elle ne coïncide pas avec les déclarations du Quai d’Orsay. Ce dernier avait rappelé, quelques heures seulement après le coup d’éclat américain, que toute initiative motivée par la force nuisait mécaniquement au droit international.
Une parole officielle dissonante
Le correctif présidentiel aura peut-être permis d’aligner les discours de l’Élysée et du Quai, mais témoigne du flottement qu’aura créé, au plus haut niveau de l’État, le raid militaire audacieux lancé par la Maison-Blanche. À droite, moins décomplexés, Bruno Détailleau pour LR et Éric Ciotti pour l’UDR ont quant à eux manifesté l’arrestation de Maduro et les moyens associés pour y parvenir à cette dernière. Si la dispersion des réactions sur l’échiquier hexagonal ne constitue pas en soi une surprise, elle traduit ce que le retour d’une politique assumée de la force à l’échelle internationale a de probable déroutant pour les responsables français, et ailleurs…
« Le retour des logiques impériales rebat les cartes planétaires »
Le monde nouveau dans lequel l’Histoire nous fait entrer recombinera et redistribuera l’espace partisan. Le moment est celui d’une effervescence restructurante où de nouvelles lignes de clivage vont mécaniquement émerger. À ce stade, rien de définitif, tant les cloisons à venir ne sont pas cristallisées. La décantation est en cours ; elle sera d’autant plus longue et indécise que l’un des principaux acteurs de cette décomposition-recomposition, Donald Trumpapplique une stratégie « hémisphériste », comme le rappelle le géopolitologue Max-Erwan Gastineau, dont la déclinaison est néanmoins soumise à des oscillations pour le moins erratiques.
Le réveil brutal du rapport de force
Seule certitude : le retour des logiques impériales rebat les cartes planétaires – et la nouveauté vient du fait que l’allié américain assume de manière ostentatoire, et parfois provocatrice, ce registre, quand bien même la politique de civilisation à laquelle il somme les Européens de se rallier posent des fondamentaux partagés souvent par une grande partie des opinions publiques du Vieux Continent. La forme, néanmoins parfois brutale tant sur le plan de la rhétorique que des pratiques, rompt avec les souplesses de ce « soft power » théorisé en son temps par Joseph Nye dans les années 1990, mais dont les origines se profilent dès l’entrée en guerre des États-Unis lors du premier conflit mondial. Ou, « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface »pour reprendre la fulgurance hugolienne.
Ainsi, le trumpisme exprime l’époque où le rapport de force exacerbé redevient la langue du moment, loin des retenues antérieures. Ce n’est pas tant du « hard power » – car il se pourrait que le président américain, nonobstant ses déclarations agressives, soit sur la distance moins belliciste qu’il n’entend le faire croire – que du « cash power », cherchant d’abord à impressionner la concurrence pour obtenir le maximum de gains. Sauf que les montées de tensions qui ne cessent de travailler les poutres du théâtre international, et associées au trumpisme participe parmi d’autres, ouvrent une béance telle que l’anomie s’installe parmi des personnels politiques en quête de repères et de points d’accroche dans un monde qui leur échappe. C’est le lot des plongées dans la marmite bouillante de l’histoire que d’éparpiller « façon puzzle » les comportements directement hérités du passé pour en générer de nouveaux, imprévisibles, inédits et indéfinissables à première vue. Nous y sommes…

