C’est un moment charnière, qui a confirmé la place de Montréal dans le club des villes internationales : il ya un demi-siècle, à l’été 1976, la métropole du Québec a accueilli les premiers Jeux olympiques de l’histoire canadienne. Des célébrations du 50e anniversaire de cet événement-phare sont prévus tout au long de l’année.
Moins de 10 ans après Expo 67, qui avait mis Montréal sur la carte du monde, les Olympiques ont consolidé la place de la métropole sur la scène mondiale. Ces Jeux ont aussi transformé en profondeur le tissu urbain de la ville, en plus de mener à la création d’une véritable culture sportive au Québec.
« On voyageait très grand à Montréal, à l’époque des Jeux. On veut profiter du 50e anniversaire pour recommencer à rêver. Pour que Montréal représente sa place dans l’échiquier international », dit Christine Black, mairesse de Montréal-Nord, vice-présidente du comité exécutif et responsable des loisirs et du sport à la Ville de Montréal.
Une série d’événements sportifs et culturels sont prévus durant l’année 2026 pour mettre en valeur « un épisode mémorable qui, non seulement célèbre le passé, mais aussi construit un avenir inspirant », indique un document interne de la Ville. La Société du parc Jean-Drapeau (SPJD), où sont situés le bassin olympique et le complexe aquatique, est responsable de coordonner la commémoration des Jeux de 1976.
Les déboires de la construction du Parc olympique font partie de l’histoire : les 6084 athlètes des Jeux de Montréal ont été reçus dans un stade sans mât. La tour du stade a été achevée en 1987, 11 ans après les Jeux. La facture de l’aventure olympique, gonflée par la corruption, a été remboursée plus de 30 ans plus tard.
Les coûts des infrastructures continuent d’enflammer les débats publics. Le toit et la tour du Stade olympique font l’objet de rénovations de 870 millions de dollars. Ces travaux majeurs limitent les possibilités de célébration des Jeux de 1976 sur le site principal des compétitions. Le stade est fermé jusqu’à la fin du chantier, prévu en 2028.
L’esplanade du Parc olympique accueillera tout de même des événements extérieurs, dont le spectacle marquant la fin des festivités, le 1euh août — 50 ans, jour pour jour, après la cérémonie de clôture des Jeux. L’identité des têtes d’affiche de ce spectacle reste à confirmer, mais les organisateurs ont de grandes ambitions.
Les responsables des commémorations espèrent aussi que la reine des Jeux, Nadia Comăneci, première gymnaste à remporter une note parfaite de 10 dans une compétition olympique — à l’âge de 14 ans —, sera de la fête à un moment ou à l’autre des festivités.
D’autres athlètes des Jeux de 1976 sont espérés aux célébrations, dont Caitlyn Jenner, transsexuelle la plus célèbre du monde, qui avait remporté une victoire éclatante au décathlon en tant que Bruce Jenner.
Priorité aux sports
« La trame de fond du 50e anniversaire, c’est de remettre à l’avant-plan les sports et les infrastructures sportives. On veut démontrer l’importance d’investir dans les sports et la culture, qu’on remette ça au calendrier comme étant une priorité », dit Véronique Doucet, directrice générale de la SPJD.
« Il y a peu d’installations olympiques dans le monde qui ont célébré 50 ans et qui sont encore en opération. C’est une fierté pour Montréal. Le legs, c’est de pouvoir se projeter peut-être pour les 50 prochaines années et continuer d’accueillir de grands événements », a déclaré François Dumontier, vice-président, stratégies et exploitation commerciale au Parc olympique.
Il n’y a pas que le stade qui nécessite de « gros investissements » pour rester en fonction. Les installations olympiques du parc Jean-Drapeau ont aussi besoin d’une cure de rajeunissement pour continuer d’accueillir les meilleurs athlètes du monde, souligne Véronique Doucet.
« Les tendances changent dans les sports. Les exigences des fédérations sportives internationales évoluent. Il y aura par exemple des questionnements sur la largeur du bassin olympique, dans quelques années, pour être capable d’accueillir des compétitions internationales », dit M.moi Doucet.
Montréal est en concurrence avec des villes qui investissent massivement dans leurs installations sportives, souligne la directrice. Elle réclame de « l’ambition » pour la métropole : « C’est dans notre ADN de recevoir les plus grands événements. »
Un parcours mettant en valeur les plateaux sportifs du parc Jean-Drapeau sera inauguré dans le cadre du 50e anniversaire des Olympiques. Les visiteurs verront notamment qu’au quartier des athlètes, en bordure du bassin d’aviron, un centre d’entraînement intérieur permet de pratiquer les sports de rame même en hiver. Des athlètes olympiques rencontreront les gens sur place.
« Peut-être que la visite du parcours donnera envie à de futurs athlètes de se lancer dans le canoë-kayak ou l’aviron », lance Véronique Doucet.
Naissance d’une culture sportive
Paul Foisy, spécialisé dans l’histoire des sports, souligne que les Jeux de 1976 ont non seulement mis Montréal sur la carte du monde, ils ont aussi donné naissance à une culture sportive au Québec.
La candidature de Montréal pour les Jeux d’été 1976, lancée au début des années 70, s’inscrit dans la foulée de la Révolution tranquille, qui a vu naître l’État-providence québécois. Il était permis de « voir grand », notamment après Expo 67.
« Le Québec s’est pris en main et a dit : « On est capable d’organiser quelque chose d’international au niveau sportif. » Au-delà des magouilles avec la construction du stade, ça a été une réussite pour le sport », explique le directeur général du Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe.
Les ancêtres de Sports Québec et de l’Institut national du sport ont pris naissance autour des Jeux de 1976. Ces fédérations visaient à implanter une culture sportive et à ancien des athlètes, amateurs et de haut niveau. Notamment pour gagner des médailles aux Olympiques.
« On a aussi découvert qu’il y avait d’autres sports que le hockey et le baseball ! J’étais au primaire dans les années 70, on parlait des Jeux olympiques en classe. Du matériel pédagogique faisait connaître les disciplines olympiques », raconte Paul Foisy.
La natation, le soccer et l’athlétisme ont gagné des adeptes partout au Québec. Les écoles organisaient des « olympiques ». Il était désormais à la mode de se mettre en forme. Signe des temps, le marathon de Montréal a vu le jour en 1979, trois ans après les Jeux.
Faire bouger les jeunes
Les organisateurs des commémorations du 50e anniversaire souhaite relancer l’intérêt pour l’activité physique. Les jeunes sont plus sédentaires que jamais, surtout depuis la pandémie.
Le coup d’envoi des festivités aura lieu en février ou en mars, lorsque Montréal accueillera les athlètes canadiens qui participeront aux Jeux d’hiver de Milan-Cortina, en Italie.
Le plus grand événement sportif tenu à Montréal depuis les Olympiques de 1976 fera aussi partie des célébrations : il s’agit des Championnats du monde de cyclisme sur route, où plus de 1000 athlètes disputeront une série d’épreuves, du 20 au 27 septembre.
Les festivités auront lieu toute l’année : la Ville de Montréal a lancé en mars dernier un appel aux organismes à mais non lucratif (écoles, clubs sportifs, festivals, etc.), les invitant à proposer des projets célébrant le demi-siècle des Jeux de 1976. L’appel de propositions cite des exemples fictifs de possibles événements commémoratifs. Le marathon de Montréal pourrait ainsi recréer le parcours, de manière plus ou moins exacte, du marathon des Jeux de 1976, y compris l’habillement.
Un moment de nostalgie pour une époque qui était considérée comme « le début d’un temps nouveau ».
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