Ruhollah Eslami
Dans le monde d’aujourd’hui, même si les experts en gestion de l’eau, en environnement, en économie, en agriculture, en protection sociale et en énergie présentent des solutions techniques à des problèmes tels que la sécheresse, la pénurie d’eau, le vieillissement de la population, les déséquilibres des fonds de pension, l’inflation, la pauvreté et les pénuries d’énergie, tous les chemins mènent finalement à un seul point : la politique. L’expérience mondiale et l’analyse institutionnelle montrent qu’aucun défi public n’est jamais purement technique ou économique, car chaque décision technique tire son sens de la structure du pouvoir et de l’environnement politique dans lequel elle est prise. En d’autres termes, le carrefour de toutes les crises est le domaine de la politique, et sans redéfinir son rôle, aucune réforme technique ne peut être durable.
La première manifestation de la politique est la répartition rationnelle du pouvoir. Lorsque le pouvoir s’accumule à un moment donné et que sa rotation institutionnelle – à travers les élections et la séparation des pouvoirs – s’arrête, le résultat n’est rien d’autre que corruption, monopole, pseudo-science et affaiblissement des institutions civiles. La politique, dans son vrai sens, est « l’art de distribuer le pouvoir » – les mécanismes qui permettent le transfert légal et pacifique de l’autorité d’un groupe à un autre, évitant ainsi la stagnation institutionnelle et l’inertie sociale.
Le pouvoir, la richesse et le plaisir constituent les trois axes fondamentaux du comportement humain, et la politique est chargée de créer des mécanismes institutionnels pour les équilibrer. Lorsque ces trois forces ne sont ni reconnues ni réparties de manière proportionnelle, équilibrée et maîtrisée, le système politique devient vulnérable à l’idéologie, au clientélisme et à la recherche de rente. Ainsi, la politique est l’art de l’équilibre – non pas la négation du pouvoir, mais sa régulation dans le cadre de la rationalité et de la responsabilité.
La politique au niveau national ne peut perdurer sans s’appuyer sur le pouvoir local. Les piliers de l’État national – trois branches fortes, fondées sur des principes et fondées sur la connaissance – ne peuvent rester stables que lorsque la structure politique plus large est également soutenue aux niveaux local et régional. La décentralisation administrative et l’autonomisation des conseils élus de province, de comté et de district n’affaiblissent pas l’État ; ils renforcent la gouvernance nationale.
Pour une gouvernance efficace, l’Iran a besoin d’un lien entre un gouvernement central compétent et des institutions locales dynamiques – un État capable d’intégrer l’élaboration des politiques nationales avec la participation locale. Si le pouvoir reste fortement concentré au centre, la société perd sa créativité, son innovation et son sentiment d’appartenance. Une structure politique nationale-locale équilibrée est essentielle pour une répartition équitable des ressources, la réduction des disparités régionales et l’institutionnalisation de la responsabilité locale.
Le langage de la politique est le langage de l’intérêt public et des priorités nationales. La politique intérieure réussit lorsqu’elle reconnaît simultanément l’unité nationale et la diversité sociale. L’Iran est un pays « d’unité dans la pluralité » et dans un tel cadre, la politique doit être l’art de la coexistence – un mécanisme permettant de gérer les différences par le biais de règles institutionnelles et de façonner la vie civique des citoyens. La politique, en ce sens, sert d’antidote aux divisions ethniques ou sectaires artificiellement construites.
Dans le domaine de la politique étrangère, la stratégie nationale doit reposer sur un internationalisme intelligent. La situation géopolitique de l’Iran, au carrefour de la connectivité mondiale, signifie que ses intérêts nationaux résident dans ses liens avec les réseaux mondiaux de commerce, d’énergie et de technologie. Des diplomates multilingues et spécialisés peuvent aider l’Iran à sortir d’une position d’isolement pour devenir une plaque tournante des échanges internationaux. Tout comme la politique intérieure exige un dialogue national, la politique étrangère exige un dialogue international et une participation active aux cadres de coopération mondiaux.
Scientifiquement, la politique n’est pas une décision soudaine ou une action linéaire ; c’est un processus – un cycle politique. Ce cycle commence lorsqu’une question publique est conceptualisée scientifiquement. Les universités, les groupes de réflexion et les associations savantes doivent traduire les voix des citoyens dans un langage académique et convertir les demandes du public en programme d’élaboration de politiques.
Moteur de Développement
Ensuite, les corporations économiques et les partis politiques formulent ces revendications sous la forme de programmes pratiques et de plateformes électorales. La compétition entre visions lors des élections est la forme civique de la rivalité intellectuelle et de classe. Une fois le gouvernement et le parlement élus, la tâche consiste à définir des objectifs et des missions clairs, en traduisant les valeurs en indicateurs mesurables et exécutables. La législation, la budgétisation, la planification des ressources humaines, les politiques d’incitation et de dissuasion et l’évaluation des performances complètent le cycle. Toute interruption ou omission – que ce soit au stade de la définition du problème scientifique ou de l’évaluation des performances – arrête la discipline de la science politique et déclenche une inflation de décisions non fondées et non expertes. La politique, en ce sens, est le moteur du développement ; sans cela, les réformes économiques, sociales ou environnementales s’arrêteront inévitablement.
Si l’Iran n’a pas encore trouvé de solutions durables aux pénuries d’eau, aux déséquilibres énergétiques, à la pauvreté, aux difficultés des fonds de pension ou au vieillissement démographique, la cause n’est pas un manque de connaissances techniques, mais l’absence d’un système politique efficace. La politique est le carrefour où toutes les sciences convergent vers la prise de décision collective. Une société qui marginalise la politique tombe dans une technocratie sans fondement, et un État qui ignore la science politique devient enclin à la pseudo-science et à la corruption structurelle.
La politique, dans son sens scientifique, n’est pas simplement une compétition pour le pouvoir mais la gouvernance rationnelle de sa répartition. Lorsque cette gouvernance repose sur l’équilibre des pouvoirs, l’harmonie entre les structures nationales et locales, l’intérêt public, les intérêts nationaux orientés vers l’international et un cycle de politique scientifique, elle peut déraciner les fondements de crises de longue date. La politique est l’art d’activer les possibilités.
Cet article a été publié pour la première fois en farsi par le quotidien Donya-e Eqtesad.

