
17 jours après le massacre du 7-Octobre perpétré par le Hamas, la cinéaste israélienne Anat Even a filmé la frontière qui sépare son pays du territoire palestinien totalement détruit : la bande de Gaza. Un champ de ruines filmé de loin. C’est la prise de conscience politique de l’horreur que raconte le documentaire Effondrement. Il est diffusé en France, mais pas en Israël.
« Je dirais que c’est un film anti-guerre et c’était important pour moi de parler de mes amis qui sont morts », confie la réalisatrice Anat Even. Peu après le 7 octobre, elle retourne dans ce qui était autrefois sa maison, à Nir Oz, un kibboutz martyr. Au-delà de la clôture, après les terres agricoles transformées en zone militaire, on distingue la bande de Gaza. « Ça tambourinait dans ma tête pour essayer de comprendre ce qui se passait là-bas. Ce qui se passe à Gaza. On entendait parler d’anéantissement, de famine, pointe-t-elle. On entendait tous ces mots. Et j’ai compris que l’on parlait d’évènements terribles et incompréhensibles. D’un côté, un massacre et puis l’attaque israélienne. Terrible. Avec l’intention d’anéantir. Je ne pouvais pas comprendre… »
Le tournage va durer deux ans. « C’est un film de guerre sans la guerre. On entend la guerre, mais on ne la voit pas », explique la réalisatrice. La bande son est un véritable personnage du film, des tumultes suivis de silences. « Les oiseaux criaient, hurlaient, appelaient, parlaient… C’était très fort, insiste-t-elle. Et puis, il y avait les bombardements. C’était comme une symphonie de guerre avec les oiseaux et les bombardements. »
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« Comment parler de Gaza quand on est du côté israélien de la frontière ? »
Plan fixe sur les plumes majestueuses d’un paon qui se promène dans un kibboutz vide aux maisons incendiées. La réalisatrice s’interroge. Elle appelle son ami Ariel, le film est un dialogue ponctué de points d’interrogation. « Comment parler de Gaza quand on est du côté israélien de la frontière ?, interroge la réalisatrice. Comment parler de la souffrance des gens sans les voir, sans leur parler ? Je dois dire que je n’avais pas les mots. Je ne pouvais pas réfléchir. Je pouvais juste revenir là. »
Revenir inlassablement au même endroit comme on labore un champ, Effondrement essaie de répondre à cette question : qu’est-ce qui pousse sur une terre où l’on plante uniquement des drapeaux ?
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