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    June 23, 2026

    Quand “le Parlement du rire” nous rappelle que l’Afrique peut s’unir

    news30By news30June 23, 2026 Finance 6 Mins Read
    Quand “le Parlement du rire” nous rappelle que l’Afrique peut s’unir
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    Voir Michel Gohou, Digbeu Cravate, Willy Dumbo, Charlotte Ntamack, Rasmané Ouédraogo et Mamane danser ensemble au son de « Ça fait mal », le titre à succès de Kedjevara sorti officiellement le 30 mai 2025, est une image qui restera longtemps gravée dans ma mémoire. Cette scène, pourtant simple en apparence, m’a profondément touchée. Elle m’a même arraché des larmes de joie, moi qui pleure difficilement. Il y avait dans ce moment quelque chose de plus fort que la musique, plus fort que la danse et même plus fort que l’humour qui a fait leur renommée.

    Ces artistes sont parmi les figures les plus connues du Parlement du rire, cette émission créée en janvier 2016 par le Nigérien Mamane. Depuis près de dix ans, cette troupe fait rire des millions d’Africains à travers le continent et la diaspora. Son génie consiste à utiliser l’humour pour dénoncer les travers de nos sociétés. Dans cette République imaginaire appelée le Gondwana, les téléspectateurs présentent facilement certaines réalités bien africaines : les abus de pouvoir, la corruption, les élections contestées, le culte de la personnalité, le népotisme ou encore l’incompétence de certains dirigeants.

    Mais réduire « le Parlement du rire » à une simple émission humoristique serait une erreur. Ce programme est devenu au fil du temps un véritable laboratoire du vivre-ensemble africain. Il rassemble des artistes venus de plusieurs pays, de plusieurs cultures et de plusieurs traditions linguistiques. Ivoiriens, Burkinabè, Camerounais, Nigériens, Gabonais et bien d’autres y travaillent ensemble dans une harmonie remarquable.

    C’est précisément cet aspect qui me touche le plus. Au-delà des plaisanteries et des sketches, ce que j’admire chez ces femmes et ces hommes, c’est leur capacité à dépasser les frontières héritées de la colonisation pour construire une œuvre commune. Ils démontrent chaque jour que les Africains peuvent collaborer, créer ensemble et réussir ensemble lorsqu’ils mettent de côté les préjugés, les rivalités nationales et les réflexes identitaires.

    Cette image d’unité me rappelle une autre expérience africaine qui faisait autrefois notre fierté collective : Air Afrique. Pendant des décennies, cette compagnie aérienne symbolise l’ambition panafricaine. Elle réunissait des professionnels venus de nombreux pays du continent. Des pilotes congolais travaillaient avec des mécaniciens tchadiens. Des hôtesses ivoiriennes côtoyaient des stewards sénégalais. Des techniciens béninois collaborent avec des collègues maliens ou camerounais.
    Air Afrique n’était pas simplement une compagnie aérienne. Elle représentait une certaine idée de l’Afrique, celle d’un continent capable de dépasser les frontières tracées par la colonisation pour bâtir des institutions communes au service de ses peuples. Même si cette aventure a connu une fin douloureuse, elle demeure l’un des exemples les plus marquants de ce que les Africains peuvent accomplir lorsqu’ils décident de travailler ensemble.

    À sa manière, « le Parlement du rire » perpétue cet esprit. La troupe créée par Mamane nous rappelle que l’Afrique ne manque ni de talents ni de créativité. Ce qui lui fait souvent défaut, c’est la confiance en elle-même et la volonté de mutualiser ses forces. Pourtant, lorsque cette confiance existe, les résultats sont remarquables.

    Le succès de cette émission devrait nous inspirer dans bien d’autres domaines. Si des humoristes sont capables de construire une œuvre continentale appréciée partout en Afrique, pourquoi nos États auraient-ils tant de difficultés à coopérer efficacement dans les domaines économique, scientifique, culturel ou sécuritaire ?

    Cette question devient particulièrement importante aujourd’hui. Le monde traverse une période de profondes recompositions géopolitiques. Les grandes puissances défendent leurs intérêts avec détermination. Dans ce contexte, l’Afrique ne peut plus se permettre de rester divisée. Les défis auxquels elle fait face sont trop importants : sécurité, développement économique, industrialisation, maîtrise des ressources naturelles, éducation, santé ou encore souveraineté monétaire.

    C’est pourquoi je ne peux m’empêcher de penser aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Comme je serais heureux de voir se construire autour du Mali, du Burkina Faso et du Niger une véritable union sacrée de tous les Africains ! Car ce qui se joue dans cette région dépasse largement les frontières de ces trois États. Les questions de souveraineté, de sécurité et de développement concernent l’ensemble du continent.

    Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire de briser les barrières culturelles et linguistiques qui continuent de nous séparer. Trop souvent, les Africains francophones connaissent mal leurs frères anglophones ou lusophones. Les peuples d’Afrique de l’Ouest connaissent parfois peu ceux d’Afrique centrale, australe ou orientale. Pourtant, nous partageons les mêmes aspirations fondamentales : la paix, la dignité, la prospérité et la liberté.

    Cette unité n’implique pas l’uniformité. Il ne s’agit pas d’effacer les différences culturelles, linguistiques ou religieuses qui font la richesse de notre continent. Il s’agit plutôt de comprendre que ces différences peuvent devenir une force lorsqu’elles sont mises au service d’un projet commun.
    C’est précisément ce qu’avaient compris de grandes figures du panafricanisme telles que Julius Nyerere, Kwame Nkrumah, Sékou Touré, Gamal Abdel Nasser ou encore Patrice Lumumba. Tous avaient la conviction que l’Afrique ne pourrait pleinement maîtriser son destin qu’en renforçant son unité politique, économique et culturelle. Ils savaient que des États isolés seraient toujours plus vulnérables que des peuples solidaires.

    Malheureusement, plusieurs décennies après les indépendances, ce rêve reste inachevé. Les divisions persistent. Les rivalités perdurent. Les influences extérieures continuent souvent de profiter de nos désaccords. Pourtant, les exemples de coopération réussie existent. Air Afrique hier, « le Parlement du rire » aujourd’hui, montre qu’il est possible de dépasser les frontières pour construire quelque chose de grand.

    La scène où Michel Gohou, Digbeu Cravate, Willy Dumbo, Charlotte Ntamack, Rasmané Ouédraogo et Mamane dansent ensemble n’était donc pas seulement un moment de divertissement. Elle était aussi un symbole. Un symbole de ce que pourrait être l’Afrique si elle choisissait davantage l’unité que la division, la coopération plutôt que la méfiance, la fraternité plutôt que le réponse sur soi.

    Cette image nous rappelle une vérité simple mais essentielle : lorsque les Africains décident de travailler ensemble, ils peuvent produire du beau, du grand et du durable. Le défi consiste désormais à transposer cette réussite culturelle dans les domaines politique, économique et social.

    L’Afrique doit s’unir si elle ne veut pas périr. Cette phrase, souvent répétée par les pionniers du panafricanisme, demeure d’une actualité brûlante. Et parfois, il suffit d’une chanson, d’une danse et de quelques humoristes réunis sur une scène pour nous rappeler cette évidence.

    Jean-Claude Djéréké
    Le 23 juin 2026