Les vagues de chaleur tuent. Santé Publique France rapport que sur les neuf derniers étés11 700 décès sont attribuables à une exposition de la population à la chaleur durant les canicules et près de 40 000 pour l’ensemble de la période de surveillance. À mesure que de nouvelles données sont publiées, ces chiffres sont susceptibles d’augmenter.
De nombreux scientifiques ont prouvé que les vagues de chaleur sont plus longues, plus fortes et, de fait, plus dangereuses à cause du changement climatique. Une étude publié en 2021 dans la revue Changement climatique avait déjà apporté des précisions en estimant le coût humain de l’augmentation des températures. La même année, une équipe de 70 chercheurs a indiqué que sur les 732 sites étudiés, répartis sur 6 continents, 37 % des décès liés à la chaleur en moyenne pourraient être attribués au changement climatique.
Cette étude confirme l’urgence de lutter contre le changement climatique induit par l’Hommeassure Ana Vicedo Cabrera, auteure principale et épidémiologiste spécialisée dans le changement climatique à l’université de Berne.
« Le changement climatique n’est pas une question d’avenir. C’est une question actuelle et qui affecte d’ores et déjà notre santé de façon spectaculaire », déclare-t-elle. Les épisodes de chaleur extrême et meurtriers comme celui qui s’abat sur la France et l’Europe actuellement ne sont qu’un aperçu de ce qui nous attend. « Nous devons nous attendre à ce que (les phénomènes) observés par le passé, ces 37 %, augmentent de manière exponentielle à l’avenir. »
En France, lors des épisodes de canicule de l’année 2019, les décès ont augmenté de 9,1 % au cours des périodes de dépassement des seuils d’alerte.
À l’échelle mondiale, les conséquences de la chaleur sont considérables. Lors des vagues de chaleur historiques, comme celles de 2003 en Europe ou de 2019 en France, des milliers de personnes sont mortes et ont souffert de problèmes de santé graves. Ces derniers peuvent perdurer longtemps même après que les températures soient descendues, explique Camilo Mora, climatologue à l’université d’Hawaï. Il est l’auteur d’une étude nommée 27 façons dont une vague de chaleur peut vous tuer : Chaleur mortelle à l’ère du changement climatique (Vingt-sept manières dont une vague de chaleur peut vous tuer : l’époque meurtrière du changement climatique.).
« Ces événements peuvent engendrer des conséquences sur le long terme, allant des insuffisances rénales aux lésions cérébrales en passant par des affections cardiaques. »
Des études antérieures ont établi des liens entre les vagues de chaleur induites par le changement climatique et l’augmentation du nombre de morts dans les villes. Au cours de la vague de chaleur étouffante de 2003 qui a balayé l’Europe, le risque de décès a augmenté de 70 % à Paris à cause du changement climatique d’origine anthropique. L’étude de 2021 étendait ce type d’analyse à l’échelle mondiale, en passant en revue plus de 700 lieux répartis sur tous les continents habités.
Les chercheurs ont examiné tous les décès survenus pendant l’été ainsi que les données de températures pour ces mêmes lieux à la même période. Ils ont cherché à repérer tous les décès liés à la chaleur extrême. Il existe des seuils de température au-delà desquels l’Homme a beaucoup plus de risques de mourir. Toutefois, ils varient selon les régions.
L’équipe a donc mis au point une formule mathématique pour relier les températures extrêmes au nombre de personnes ayant pu mourir si ce seuil était atteint. Cette approche leur a permis de déterminer combien de personnes sont mortes à cause de la chaleur dans chaque région étudiée.
Par la suite, ils ont utilisé un modèle climatique afin de simuler un monde imaginaire dans lequel le changement climatique induit par l’Homme n’existait pas. Ils ont appliqué leur formule pour établir combien de personnes seraient mortes de la chaleur extrême dans cet univers alternatif et théorique.
La différence s’est révélée saisissante. Depuis la fin du 19e siècle, la température de notre planète a augmenté d’environ 1 °C. Sans efforts sérieux pour contenir les émissions de gaz à effet de serre, elle pourrait se réchauffer au moins d’autant d’ici la fin du siècle.
Sans cette augmentation, les décès liés à la chaleur n’auraient été comptés que pour moins de 1 % de la mortalité estivale mondiale. Cependant, dans notre univers, les décès dus à la chaleur ont représenté environ 1,5 % du décès au cours de l’été, soit une différence d’environ 60 %.
En appliquant ce phénomène au monde entier, cela signifierait que 100 000 décès par an pourraient être attribués au changement climatique anthropique. Ana Vicedo Cabrera précise tout de même que davantage de données et de plus amples analyses sont nécessaires afin de formuler des estimations mondiales fiables.

