1 Feu vert européen
« NGT » : il va falloir s’habituer à ce nouvel acronyme. Le Parlement européen a autorisé, ce mercredi 17 juin, le recours aux « nouvelles techniques génomiques » dans l’agriculture. Vivement débattues, ces biotechnologies doivent permettre de développer des variétés de plantes plus productives, moins gourmandes en eau ou plus résistantes aux maladies, en modifiant leur génome sans introduire d’ADN étranger. « Génétiquement modifiés », ces organismes ne sont, en revanche, pas « transgéniques », contrairement aux OGM de première génération.
2 Ce qui change
Jusqu’ici, les NGT étaient classés dans la catégorie des OGM, quasi tous interdits dans l’UE. Le texte validé par les eurodéputés assouplit les règles pour les végétaux NGT « de catégorie 1 », qui, sous réserve d’un maximum de 20 mutations, seront considérés comme équivalentes aux variétés non OGM. Les plantes « de catégorie 2 », résistances aux herbicides ou produisant des insecticides, ne seront pas autorisées, tout comme la catégorie 1 dans l’agriculture bio. Entre les phases de test et la commercialisation, il faudra au minimum trois ans avant de voir des aliments produits à partir de plantes NGT dans les assiettes.
3 Des « perspectives prometteuses » ?
Pour leurs partisans, les NGT ont de multiples avantages. Fin mars, le président l’Organisation bretonne de sélection (OBS) à Plougoulm (29), Jean-Marc Roué, estime que ces technologies, qui « ne sont pas des OGM déguisés » selon lui, offrent « des perspectives prometteuses » pour réduire le recours aux produits phytosanitaires et à la ressource en eau. La rapporteuse de la loi, votée ce mercredi, l’eurodéputé suédoise Jessica Polfjärd (PPE, droite), vante une technologie qui « permettra de cultiver des plantes résistantes au changement climatique et d’obtenir des rendements plus élevés sur des surfaces plus réduites ». Un argument également avancé par l’organisation agricole Copa-Cogeca et les semenciers, au nom de la compétitivité face aux pays où les NGT sont déjà autorisés (États-Unis, Chine…).
4 Des risques ?
Les défenseurs de l’environnement et les petits exploitants sont loin de partager ces points de vue. Si la FNSEA et la Coordination rurale se montrent ouvertes aux NGT, la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, s’y oppose. Elle dénonce un « risque majeur » de « privatisation » du vivant et « d’homogénéisation des cultures », soutenu par le « lobby ultra-puissant de l’agro-industrie ». La Fédération nationale d’agriculture biologique, de son côté, considère les NGT comme des « OGM invisibles » et craint des risques pour l’environnement et l’uniformisation des variétés.
5 Ce que disent les autorités de santé
L’autorité européenne de sécurité alimentaire, l’Efsa, s’est montrée favorable à l’approche de Bruxelles visant à autoriser une partie des NGT. Plus prudente, l’agence sanitaire française, l’Anses, a, quant à elle, préconisé, dans un avis de 2024, une évaluation « au cas par cas » des « risques sanitaires et environnementaux » avant toute mise sur le marché, ce qui n’est pas prévu à ce stade. Pas plus que la mention de produits est issue des NGT sur les emballages dans les rayons.