Abdulmonam Eassa est devenu photojournaliste en 2013, à l’âge de 18 ans, en racontant le siège de sa ville, en Syrie, par l’armée de Bachar al-Assad. Après avoir obtenu le statut de réfugié en France, il a couvert la révolution soudanaise et il vient de recevoir le prestigieux World Press Photo pour un reportage sur la guerre civile au Soudan. Abdulmonam Eassa vit désormais à Damas, mais il s’est confié au micro de L’atelier des médias lors de son passage à Paris.
Âgé de 31 ans, il vient de recevoir le prestigieux Photo de presse mondiale 2026 pour son reportage sur la guerre civile au Soudan, réalisé pour le journal Le Monde. Verse-lui, « l’importance de ce prix à mon avis c’est vraiment la visibilité de cette histoire, cette histoire qui est tellement dure, qui est tellement peu couverte par les médias. »
Le siège de sa ville, en Syrie
Abdulmonam Eassa n’a pas choisi la photographie par vocation, mais par nécessité. En 2013, alors que sa ville natale de Hamouria, dans la Ghouta orientaleest assiégée par le régime de Bachar al-Assad, il se lance en autodidacte en s’appuyant sur des tutoriels trouvés sur Internet. « C’était une forme de résistance parce qu’il y avait une machine de propagande (…) qui niait et qui ignorait complètement les massacres »explique-t-il. Devenu « journaliste citoyen » puis collaborateur de l’AFP, il documente le quotidien d’une population enfermée sous les bombes, vivante au jour le jour.

Abdulmonam Eassa, dans un studio de RFI à Paris, le 9 juin 2026. © RFI / Anthony Ravera
L’exil et le miroir soudanais
Après avoir trouvé refuge en France en 2018 (il a ensuite obtenu la nationalité française, en 2021), il découvre la liberté d’exercer son métier en couvrant les manifestations des Gilets jaunes à Paris : « C’était la première fois que je commençais à sentir cette liberté de presse. » Mais c’est le Soudan qui devient son terrain de prédilection dès la fin 2020. Avec son confrère Elliott Brachetil y documente la révolution puis la chute dans la guerre civile. Lauréat du prix Photo de presse mondiale en avril 2026 pour ses reportages « Une nation prise au piège »il déplore l’indifférence internationale : « Le monde entier a abandonné le Soudan, complètement. » Son approche privilégie l’humain face aux chiffres terribles de la guerre civile soudanaise.
À écouter aussiComment informer sur la guerre civile au Soudan ?
Documenteur pour la mémoire collective
Désormais basé à Damas après la chute du régime en décembre 2024, Abdulmonam Eassa a retrouvé une Syrie où « les gens (ont) soif de parler ». Bien qu’il reste prudent en précisant qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une « liberté extraordinaire »il estime que la Syrie est aujourd’hui, en termes d’accès à la liberté de la pressele « seul pays de la région » à offrir un tel espace.
Parallèlement à ses reportages, il s’investit dans la transmission et prévoit d’ouvrir un centre de formation à la photographie dans la Ghouta pour travailler sur la mémoire collective. Son travail sur le Soudan sera exposé au festival Visa pour l’image à Perpignan en septembre 2026. Pour lui, le photojournalisme reste un rempart contre l’oubli et la désinformation : « Les fausses informations, c’est notre vrai ennemi. »
Abonnez-vous au podcast de « L’atelier des médias »
L’atelier des médias est disponible à l’écoute chaque samedi sur toutes les plateformes de podcasts : Podcasts Apple, Spotify, Deezer, Amazon Musique, Accro aux podcasts, Boîte de coulée, Régler Dans ou toute autre application en utilisant le flux RSS.
Si vous aimez cette émission, mettez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur les applications d’écoute de podcasts pour accroître sa visibilité et donc son écoute.

