
C’est le plus gros projet du cinéma français cette année : avec plus de 70 millions d’euros de budget, le diptyque La Bataille de Gaulleréalisé par Antonin Baudry, fait figure de véritable blockbuster. Dans ces deux longs métrages – dont le premier volet sort ce mercredi 3 juin –, le cinéaste se penche sur le combat de Charles de Gaulle, entre 1940 et 1944, pour organiser la France libre, unifier la résistance, et combattre l’occupant. Simon Abkarian – qui incarne le général à l’écran – est l’invité culture de RFI.
RFI : Simon Abkarian, vous incarnez Charles de Gaulle dans le diptyque La Bataille de Gaulle – comment était-ce, de se glisser dans la peau d’un tel personnage ?
Simon Abkarian : (rires) On ne s’y glisse pas comme cela ! Cela passe par le texte d’abord : le scénario, l’écriture. Puis, il y a le travail sur le maquillage et la silhouette. Et surtout, essayez de trouver l’endroit de la folie de Charles de Gaulle ; de son humanité, son éloquence, son érudition, son courage, sa probité, etc. Ce sont de belles nourritures, pour un acteur.
Lorsqu’on joue une figure aussi connue, documentée, et chargée historiquement, de quelle liberté de jeu dispose-t-on vraiment ?
Il faut, justement, se libérer de l’icône, s’en défaire. J’avais commencé à regarder des archives et, très vite, j’ai décidé d’arrêter – je m’en étais assez imprégné. Il fallait ensuite laisser libre cours à l’imaginaire, dans mon travail d’acteur. C’est-à-dire de réinvention, de réincarnation. On ne peut pas jouer De Gaulle d’une manière anthropologique, ce n’est pas possible – et ce n’est pas intéressant de jouer une icône. Une icône, ça s’accroche à un mur, et basta. L’important, c’est lui redonner son souffle et sa vie, et de l’incarner par le travail d’acteur.
Vous parlez de la folie de Charles de Gaulle : pour incarner ce personnage, sachant ce qu’il représente aujourd’hui en France, peut-être fallait-il aussi un petit grain de folie ?
Quoi que l’on essaie d’incarner, si on n’a pas un grain de folie en soi, il ne faut pas faire ce métier. Il ya, à un moment donné, un endroit de folie, qui fait que, d’un coup, on se projette dans le corps d’un autre, dans l’histoire d’un autre. Mais, c’est vrai, avec Charles de Gaulle, c’est un peu puissance 10. Le type est irrationnel, irréel ; et il est lui-un acteur qui se joue même et se représente sur la scène du monde. C’est très important, pour un acteur, d’avoir un grain de folie pour aller vers ces rôles-là.
Cette année, de nombreux films présentés à Cannes, outre La bataille de Gaulleabordaient la période de la Seconde Guerre mondiale et la notion de résistance. Comment interprétez-vous ce mouvement collectif ?
Je crois qu’on a besoin de retourner à nos fondamentaux, c’est-à-dire, ceux qui se sont battus pour que la France soit un pays prospère. Le piège de la prospérité, c’est qu’on a tendance à oublier ceux qui sont morts pour tout cela. Aujourd’hui, je pense que le moment est venu de se rappeler qui a bâti tout ça, et à quel prix. De se souvenir de ce que l’on a combattu, de qui on a combattu, et de qui est en train de ressortir sa tête des marécages. À mon avis, il est nécessaire, et vital, de réaliser ce genre de projets. On a besoin presque de spiritualité pour nous sortir du prosaïque et faire appel à ce qu’il ya de noble en nous.
Le contexte politique dont vous parlez à demi-mots, at-il joué dans votre décision d’accepter ce rôle du général de Gaulle ?
Le contexte n’était pas le même lorsque j’ai accepté le rôle. Mais je pense que les artistes, quels qu’ils soient, ont quelque chose en eux, une espèce d’antenne qui leur permet de voir un peu plus loin. Il y a quelque chose qu’ils entendent et qu’ils voient venir que peut-être le commun des mortels ne veut pas voir, ou ne sait pas voir. En tout cas, ce sont des alarmes qu’on tire en disant « voilà, il y avait ça, cette résistance-là, cette invasion-là, cette idéologie mortifère-là, qui risque de revenir en ayant changé un peu son costume et son verbiage .»

