Anne-Lucie Wack, directrice générale de l’Institut Agro, revient sur le baccalauréat agro, un nouveau diplôme national en trois ans destiné à ancien les professionnels des transitions agricoles, alimentaires et environnementales.

Créé en 2020, l’Institut Agro réunit les écoles de Dijon, Montpellier et Rennes-Angers. Aujourd’hui, l’établissement cherche à répondre aux grands défis contemporainsnotamment en développant des baccalauréats agro dès la rentrée prochaine.
Ce nouveau diplôme national de niveau bac+3 conférant le grade de licence s’inscrit dans le cadre de la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture (LOSARGA), promulguée en mars 2025.
Anne-Lucie Wackdirectrice générale de l’Institut Agro depuis sa création, revient pour EducPros sur les objectifs et les perspectives de ces nouvelles formations qui propose de répondre aux besoins du monde professionnel et d’accompagner les transitions agricoles, alimentaires et environnementales.
L’idée de ce regroupement était de créer un établissement national (un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel – EPSCP) composé de trois écoles internes (Institut Agro Dijon, Institut Agro Montpellier, Institut Agro Rennes-Angers) inscrites dans une dynamique de site. Ce regroupement de forces inédit était un tournant historique dans l’enseignement supérieur agronomique.
Avec ce nouveau périmètre, tout l’enjeu est d’être un acteur majeur du paysage de l’enseignement supérieur agricole au niveau national et international avec des écoles ancrées dans les territoires qui couvrent l’ensemble des filières de l’agriculture, de l’alimentation, de l’environnement, de l’horticulture et du paysage.
Aujourd’hui, les étudiants de l’Institut Agro peuvent suivre l’un de nos huit cursus ingénieur, et ont accès à une cinqquantaine de voies d’approfondissement. On voit augmenter les mobilités étudiantes d’une école à l’autre pour aller faire une spécialisation en dernière année d’études. C’est une vraie richesse qui existe au sein de l’établissement.
Un gros travail d’analyse des besoins a été fait avec le monde professionnel, sous l’impulsion du ministère de l’Agriculture, en amont de la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture (LOSARGA).
Même si les écoles de l’Institut Agro font le plein aujourd’hui, nous faisons face à un fort besoin de recrutement, dans un contexte où toutes les formations d’ingénieurs cherchent à augmenter leurs effectifs. Nous anticipons les questions d’attractivité dans les filières agricoles et agroalimentairesau regard de la transition numérique, climatique et environnementale qui transforme nos métiers.
Avec le projet Avenir-Agro, financé par France 2030, nous cherchons collectivement, à diversifier nos viviers pour attirer une diversité de talents, tout en répondant à l’appétence des jeunes pour le post-bac. De nombreuses écoles se sont engagées dans une diversification des voies d’accès, notamment vers le post-bac. Même si le recrutement par classes préparatoires reste essentiel pour nos écolesnous proposons également des cursus d’ingénieurs directement après le bac à Dijon, Rennes et Angers.
De nombreux établissements comme le vôtre, ouvrent des célibataires agro à la rentrée prochaine.
Le baccalauréat agro devient un nouveau cursus de référence pour les écoles agronomiques afin d’attirer de nouveaux viviers. On avait développé ces dernières années des voies d’accès pour devenir ingénieur après un BTSA mais nous avons ressenti ce besoin d’un cursus en trois ans qui se fera en co-accréditation avec des lycées agricoles et qui va constituer un nouveau pont entre l’enseignement technique et le supérieur.
Nous lançons, dans un premier temps, des bacheliers en un an à la rentrée en transformant des licences pros, mais nous sommes en train de préparer des cursus complets en trois ans après le bac. Nous allons former des cadres intermédiaires avec une approche à la fois suffisamment généralistepour leur permettre d’évoluer tout au long de leur carrière, et suffisamment professionnalisante pour qu’ils puissent être directement opérationnels à la sortie du baccalauréat .
Ces nouvelles formations seront des véritables passeports pour l’emploi comme le sont nos diplômes d’ingénieurs et ouvriront une nouvelle voie d’accès pour nos cursus ingénieur agro pour ceux qui souhaiteraient poursuivre après le baccalauréat.
L’Institut Agro ambitionne d’atteindre au moins 10 parcours de baccalauréat agro d’ici 2030.
Aujourd’hui, nous envisageons environ 600 étudiants en licence à horizon 2030, en plus de nos 3.000 élèves ingénieurs et nos 450 doctorantss, donc ce qu’il faut retenir c’est que nous restons une école centrée sur le bac+5 à bac+8. Nous avons adopté une approche prudentielle, en disant que nous prévoyons 10 célibataires, mais ce n’est que le point de départ.
Si nous arrivons à bien travailler la soutenabilité de notre offre de formations, nous irons certainement plus loin que 10 célibataires mais il faut qu’on garde notre équilibre. Bien que nous recevons une subvention pour charge de service public, introduire un nouveau cursus de référence exigeant des moyens financiers et humains.
Et puis nous ne sommes pas les seuls : toutes les écoles agro vont prendre leur part pour développer des bacheliers. Le ministère de l’Agriculture envisage à ce stade une centaine de bacheliers au niveau national. Les universités peuvent également en développer en co-accréditation avec l’enseignement technique agricole.
Les enjeux environnementaux constituent-ils un levier d’attractivité pour convaincre les jeunes de rejoindre ces formations ?
En effet, de nombreux étudiants arrivent chez nous parce qu’ils sont motivés par la volonté de contribuer au développement agricole et alimentaire par rapport aux grands enjeux environnementaux. Ce sont des jeunes qui sont interpellés par le changement climatique, et qui cherchent une formation avec du sens.
Nous plaçons nos étudiants en première ligne pour qu’ils deviennent acteurs des transformations dans le monde professionnel. Nous leur donnons les clés pour leur apprendre à raisonner sur des bases scientifiques et rationnelles.
Aujourd’hui, il y a des questionnements sur l’industrie agroalimentaire, les systèmes de production et on a vu parfois des étudiants exprimer leurs interrogations dans la presse. Mais il faut justement pouvoir continuer à attirer les talents dans ce domaine pour transformer ces secteurs essentiels pour nourrir la population.
On ne peut pas envisager de formation dans nos domaines sans parler des enjeux de soutenabilité alimentaire. Nous devons avoir des systèmes de production qui valorisent les ressources des territoires, des chaînes d’approvisionnement qui soient plus soutenables.
Nous réfléchissons aux questions de décarbonation, de développement durable et de responsabilité sociale et environnementale. au cœur de nos formations et de nos rechercheset au centre de la vie de l’établissement.
Enfin, quelle place occupe l’international dans le développement de l’Institut Agro ?
Avec la création de l’Institut Agro, nous avons revu toutes nos collaborations internationales, pour les porter à l’échelle de l’établissement, afin que les trois écoles puissent en bénéficier. Nous avons aujourd’hui un bouquet de 160 partenariats internationaux de mobilité académiquepour donner plus d’opportunités à nos étudiants.
Nous avons aussi mis l’accent sur l’Europe dans notre stratégie internationale. Nous sommes devenus un pilier de l’université européenne Euroleague of Life Sciences Universities (ELLS) qui rassemble les plus grands établissements de référence dans le domaine des sciences du vivant. Nous allons accueillir en novembre l’assemblée générale de l’alliance et la conférence scientifique étudiante à Montpellier avec les étudiants des universités membres.

