Le premier congrès ordinaire du Parti des Peuples Africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), tenu ce jeudi 14 mai 2026 au Palais de la Culture de Treichvillerestera sans doute comme un moment charnière dans l’histoire récente de la formation politique deLaurent Gbagbo.
Entre démonstration de force, reprise en main de l’appareil partisan et clarification idéologique, les congrèsistes ont adopté de lourdes sanctions disciplinaires contre plusieurs cadres accusés de s’être éloignés de la ligne du parti. Parmi les décisions majeures figurent la radiation définitive d’Ahoua Don Mellode Fernand Ahilé et du maire de M’Batto, Kanga Kouakou Antoine, ainsi que la suspension de plusieurs autres responsables, dont Stéphane Kipré et le professeur Ouégnin-Georges Armand.
Les chiffres issus du vote traduisent l’ampleur du consensus autour de ces sanctions. Sur 1 393 votants, 1 376 congrèsistes ont approuvé la radiation des trois militants concernés, contre seulement cinq voix opposées et douze abstentions. Une approbation massive qui témoigne d’une volonté assumée du parti de restaurer une discipline interne stricte à un moment où les fractures et les dissensions menaçaient de fragiliser sa cohésion. politique.
L’exclusion d’Ahoua Don Mello apparaît cependant comme la décision la plus symbolique et politiquement significatif de ce congrès. Ancien ministre, ex-directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) et ancien porte-parole du dernier gouvernement de Laurent Gbagbo, Don Mello entretenait depuis plusieurs années une relation de plus en plus distante avec le premier cercle du PPA-CI. Si les divergences politiqueS’étant progressivement cristallisés, plusieurs observateurs estiment que les racines de cette rupture remontent aux premières heures de la naissance du parti.
Déjà en novembre 2021, comme nous les rapports dans un article, quelques semaines après le congrès constituant du PPA-CIdes signaux de méfiance autour du cas Don Mello étaient perceptibles. À l’époque, alors qu’il revenait d’exil et espérait jouer un rôle important dans le dispositif politique deLaurent Gbagboson positionnement idéologique suscitait déjà des réserves au sein du cercle rapproché de l’ancien chef de l’État.
Des sources proches du parti évoquaient alors les réseaux d’influence de Don Mellocomme présenté un homme entretenant des rapports privilégiés avec certains chefs d’État et des milieux russes, une proximité qui aurait nourri des inquiétudes au sein de la direction politique.
Selon plusieurs indiscrétions relayées à cette période, la posture idéologique de rupture portée par Don Mellonotamment sa vision géopolitique jugée éloignée des nouvelles orientations du premier cercle de Laurent Gbagbon’était pas unanimement accepté.
Son approche, perçue comme assumant une démarcation avec certains partenaires occidentaux au profit d’une proximité avec des réseaux russes, aurait progressivement renforcé les réticences à son égard. Au sein du cercle restreint du parti, certains responsables ne voyaient pas d’un bon œil cette orientation considérée comme incompatible avec la dynamique politique en construction autour du PPA-CI.
Des proches du parti expliquaient déjà, à l’époque, que « la position de Don Mellosurtout avec ses contacts russes et sa démarcation idéologique de rupture, ne serait pas acceptée », laissant entrevoir un désaccord profond bien au-delà des simples rapports personnels. Son absence des premiers organes décisionnels du parti en 2021 avait ainsi été interprétée comme le signe d’un verrouillage politique progressif, prélude à une mise à distance devenue désormais définitive avec son rayonnement.
La décision prise ce 14 mai 2026 apparaît donc, pour plusieurs observateurs, moins comme une rupture soudaine que comme l’aboutissement d’un long processus de marginalisation. politique. En actant son exclusion définitive, le PPA-CI semble souder une divergence doctrinale qui couvait depuis plusieurs années et affirmer plus clairement encore la ligne politique qu’il entend désormais suivre.
Aux côtés de Don MelloFernand Ahilé et Kanga Kouakou Antoine ont également été radiés. Le cas du maire de M’Batto semble avoir particulièrement pesé dans les débats, son rapprochement récent avec le RHDP étant considéré comme un entorse grave à la fidélité partisane. Par cette série de radiations, la direction du PPA-CI semble vouloir adresser un message clair à l’ensemble de ses militants : aucune dissidence durable ou infidélité politique ne sera tolérée.
Le congrès a également prononcé des sanctions temporaires contre plusieurs cadres influents. Stéphane Kiprédéputé de Gboguhé-Zaïbo dans la sous-préfecture de Daloa, ainsi que le professeur Ouégnin-Georges Armand, écopent d’une suspension de dix-huit mois de toutes activités liées au parti. Les militants du Quatorze sont concernés par cette mesure. Onze autres militants ont, quant à eux, été suspendus pour une durée de douze mois.
Ces sanctions seraient liées à des actes de défiance à l’égard des orientations officielles du PPA-CInotamment la décision de boycott des élections législatives, à laquelle plusieurs militants auraient choisi de désobéir. Une attitude perçue comme une remise en cause de la discipline collective et de l’autorité des instances dirigeantes.
En parallèle de cette opération de réorganisation interne, les congrèsistes ont renouvelé leur confiance à Laurent Gbagboréélu à la tête du PPA-CI. Une reconduction qui consolide davantage son statut de leader incontesté du parti et renforce sa capacité à imposer une ligne politique cohérent à l’approche des prochaines échéances nationales.
Au sortir de ce premier congrès ordinaire, le message du PPA-CI semble limpide : le temps des ambiguïtés est révolu. Entre sanctions disciplinaires, clarification idéologique et recentrage stratégique, le parti de Laurent Gbagbo apparemment avoir choisi de resserrer les rangs pour mieux affronter les défis politiquec’est à venir.
Versez Ahoua Don Mellodont la trajectoire au sein du mouvement aura longtemps été entourée d’interrogations, cette page se réfère définitivement sur fond de désaccord idéologique devenu irréconciliable.
Face à cette lourde décision de Gbagbo et du PPA-CI, Don Mello s’achmine vers la création de son mouvement politique ?
À suivre.
Jean Chrésus, Abidjan
Par Koaci
