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Alors que plusieurs enjeux touchant les jeunes – alimentation, santé mentale, exposition aux écrans – occupent une place importante dans l’espace public, un angle mort persiste : l’accès facile et banalisé aux boissons énergisantes. Présentées comme des produits favorisant la performance, la concentration ou même un sentiment de bien-être, elles sont en réalité des mélanges de stimulants et de sucre dont les effets néfastes sur la santé des enfants et des adolescents sont bien documentés et préoccupants.
D’un point de vue médical, ces boissons contiennent des doses élevées de caféine, souvent associées à d’autres substances stimulantes comme le guarana ou la taurine.
Chez les jeunes, dont le corps et le cerveau sont encore en développement, l’exposition à ces substances comporte des risques s’accumule. Autrement dit, une même quantité de caféine n’a pas les mêmes effets à 14 ans qu’à 40 ans.
Les conséquences ne sont ni théoriques ni marginales. Sur le plan cardiovasculaire, la caféine peut entraîner une augmentation de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle et provoquer des arythmies. Ces effets sont particulièrement préoccupants chez les jeunes présentant des affections cardiaques sous-jacentes ou prenant certains médicaments.
Sur le plan neurologique, une consommation, surtout en fin de journée, est associée à des troubles du sommeil, mais aussi à une augmentation des symptômes anxieux, de l’irritabilité et, dans certains cas, à des crises de panique. Même à des doses jugées modestes, une consommation régulière – par exemple une boisson par jour – peut entraîner une dépendance, avec des symptômes de sevrage tels que maux de tête, fatigue, irritabilité et difficultés de concentration.
Aucun bénéfice démontré
À ces effets s’ajoute une teneur élevée en sucre, qui peut se substituer à des apports alimentaires plus sains. Contrairement à ce que véhicule leur image marketing, ces boissons n’offrent aucun bénéfice démontré en matière de performance ou de santé chez les jeunes. Même dans un contexte sportif, elles sont généralement inutiles, voire contre-productives. Pour la grande majorité des enfants et des adolescents, une hydratation adéquate repos sur une solution simple, accessible et efficace : l’eau.
Le problème dépasse la seule composition de ces produits. Il s’inscrit également dans un environnement où leur consommation est normalisée et encouragée. Le marketing des boissons énergisantes cible encore largement les jeunes, notamment par l’implication du sport et des réseaux sociaux.
À cela s’ajoute l’émergence de nouveaux produits, comme les sachets de caféine aromatisés, facilement accessibles et concentrés en stimulants. La multiplication de ces sources augmente les risques, d’autant que certains jeunes combinent ces produits avec d’autres substances, comme l’alcool, ce qui peut masquer les signes d’intoxication et favoriser des comportements à risque.
Dans ce contexte, la question n’est pas de savoir si des adultes informés peuvent consommer ces produits de manière occasionnelle. Elle est plutôt de déterminer si leur accessibilité actuelle est compatible avec la protection des jeunes. Sur ce point, le statu quo apparaît difficilement défendable.
Plusieurs organisations, dont la Société canadienne de pédiatrie, recommandent déjà de mieux encadrer le marketing destiné aux jeunes et d’améliorer l’étiquetage afin de rendre les risques plus visibles et compréhensibles. Mais ces mesures, bien qu’importantes, demeurent insuffisantes face à l’ampleur du problème.
Dans une perspective de santé publique, il est légitime – et nécessaire – d’aller plus loin. L’instauration d’un âge minimal pour l’achat de boissons énergisantes, notamment une interdiction pour les moins de 16 ans, s’inscrit dans une logique de prévention cohérente avec d’autres mesures déjà en place pour protéger les jeunes contre des produits à risque. Comme pour le tabac, l’alcool ou même certains médicaments en vente libre, l’objectif n’est pas de moraliser les comportements, mais de réduire une exposition précoce à des substances dont les effets peuvent être délétères.
Une telle mesure enverrait également un signal clair : ces produits ne sont pas anodins et ne devraient pas faire partie du quotidien des jeunes. Elle contribuerait à réduire la normalisation de leur consommation, à limiter les risques associés et à soutenir les efforts des parents, des professionnels de la santé et du milieu scolaire.
Réaffirmer, sur des bases scientifiques, les risques associés aux boissons énergisantes ne relèvent pas d’un excès de prudence. C’est une responsabilité collective. Et face aux données actuelles, protéger les jeunes en encadrant plus strictement l’accès à ces produits constituent une mesure à la fois raisonnable, proportionnée et nécessaire.
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