(Montréal) Le marché immobilier québécois résiste aux crises mondiales qui s’accumulent, mais les acheteurs sont de plus en plus sélectifs, constate le courtier immobilier Marc Lefrançois, de Royal LePage.
Publié à
Avec l’incertitude économique, la hausse du prix des propriétés, l’augmentation des coûts de construction, les acheteurs ne voient plus l’immobilier résidentiel comme un investissement avec une garantie d’une « rentabilité instantanée », observe le courtier en entrevue en marge d’un rapport de Royal LePage sur l’activité du marché immobilier résidentiel au premier trimestre.
Le marché est de moins en moins une mer qui monte de manière uniforme et les disparités entre différents segments sont un peu plus marqués.
« C’est vraiment bizarre, sur l’île de Montréal, vous faites cinq kilomètres d’un bord ou de l’autre et vous retrouvez dans des dynamiques de marché complètement différentes », raconte M. Lefrançois.
Le marché demeure ainsi à l’avantage des vendeurs et l’on voit encore des enchères pour de maisons unifamiliales dans les banlieues nord et sud de Montréal ainsi que dans la région de Québec.
À l’inverse, les négociations sont toutefois plus corsées à Trois-Rivières, où les acheteurs n’hésitent plus à faire une offre sous le prix demandé.
Les acheteurs veulent aussi réduire leurs risques, ce qui rend la « clé en main » encore plus populaire, souligne M. Lefrançois.
« Il faut penser qu’il y aura un risque de surprise, un risque d’un coût plus élevé que prévu, enchaîne-t-il. Il y a un risque de marché parce qu’on garde l’ancienne maison pendant qu’on rénove la nouvelle. »
Retaper son nouveau chez soi n’est cependant pas toujours une mauvaise idée, nuance le courtisan. « En immobilier, j’ai toujours dit que l’achat idéal, c’est une bonne maison laide », lance-t-il.
Autrement dit, une maison habitée de longue date, qui n’est plus au goût du jour, mais qui a été bien entretenue par le propriétaire. La cuisine est peut-être « déprimante », mais le toit et les fondations sont en bon état.
« Il y a beaucoup d’acheteurs qui vont se tenir loin, explique-t-il. Le papier peint, les vieux tapis, ce sont toutes des choses qui peuvent disparaître pour rendre la maison moderne et confortable. »
À l’inverse, lorsque l’acheteur est capable de se visualiser dans un bel environnement, cela peut créer une plus grande concurrence entre les acheteurs. « Il y a une prime pour ça », note le courtisan.
Le marché résiste
Malgré la prudence, le marché immobilier québécois a résisté cet hiver, tandis qu’il a fléchi dans le reste du Canada.
La mesure de prix de Royal LePage, qui tient compte de la valeur médiane des différents types de propriétés résidentielles, a progressé de 4,4 % au Québec durant le premier trimestre par rapport à la même période l’an dernier.
Pour l’ensemble du Canada, les prix ont reculé de 2 % au cours de la même période, toujours selon la firme. La baisse est plus prononcée à Toronto et Vancouver avec des baisses de 4,7 % et de 4,5 %, respectivement.
Les prix ont augmenté dans toutes les catégories au Québec, selon les données publiées la veille par l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ).
Au Québec, le prix médian d’une maison unifamiliale a augmenté de 6 % pour s’établir à 511 850 $ au premier trimestre, selon l’APCIQ. La hausse est de 8 % pour les plex et de 3 % pour les copropriétés.
« L’activité ralentit légèrement, mais la demande demeure bien présente, portée par des conditions économiques relativement favorables, notamment la stabilité des taux d’intérêt et la résilience du marché de l’emploi », souligne le directeur du Service de l’analyse de marché de l’APCIQ, Charles Brant, dans une déclaration écrite.
Pour sa part, Royal LePage prévoit que le marché sera vigoureux au printemps, une période cruciale pour l’industrie.
L’hiver, période plus calme, a été relativement actif cette année, ce qui est de bon augure pour la belle saison, explique M. Lefrançois.
« Les marchés qui sont des marchés à l’avantage des vendeurs vont continuer à l’être, prédit-il. J’ai l’impression que les gens qui sont dans des quartiers où c’est un petit peu plus difficile de vendre vont peut-être sentir une recrudescence. »

