La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans la lutte contre le cancer. Le ministre de la Santéde l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, Pierre N’Gou Dimba, a procédé, mercredi, au lancement officiel de la première grande campagne nationale de dépistage du cancer colorectalau Centre national d’oncologie médicale et de radiothérapie Alassane Ouattara (CNRAO), à Cocody. Cette initiative d’envergure, organisée dans le prolongement du mois de sensibilisation « Mars Bleu », vise à lutter contre un cancer encore méconnu, mais particulièrement présent dans le pays.
Dans son discours, le ministre a tenu à rappeler l’ampleur de la menace. Selon les données de Globocan 2022, le cancer colorectal occupe le cinquième rang des cancers en Côte d’Ivoire, avec plus de 1 000 nouveaux cas chaque année.
« Il reste encore trop peu évoqué, trop peu dépisté, et malheureusement trop souvent découvert à un stade tardif », a déploré Pierre N’Gou Dimba.
Pourtant, at-il insisté, « dans 9 cas sur 10, le cancer colorectal peut être lorsqu’il est détecté précocement ». Une réalité qui justifie pleinement, selon lui, l’accent mis sur le dépistage.
La campagneprévu du 1er au 14 avril 2026, permettra à 1 000 personnes âgées de 50 ans et plus de bénéficier gratuitement d’un dépistage au CNRAOà raison de 100 tests par jour.
Le processus se déroule en deux étapes, un test immunologique fécal, simple et indolore, réalisé à domicile pour détecter la présence de sang invisible dans les selles, une coloscopie gratuite, en cas de résultat positif, afin de confirmer le diagnostic dans des structures spécialisées.
« Le dépistagec’est se protéger, même lorsqu’on se sent envoyé en bonne santé », a martelé le ministre, appelant les populations à ne pas attendre l’apparition de symptômes.
Le lancement de cette campagne s’inscrit dans une stratégie plus large du gouvernement ivoirien pour améliorer la prise en charge des cancers. Le ministre a notamment mis en avant, le développement d’infrastructures spécialisées comme le CNRAOle renforcement des équipements médicaux, la formation des professionnels de santé, l’amélioration de l’accès aux traitements innovants.
Il a également évoqué le partenariat avec le laboratoire Roche, permettant la gratuité de certains médicaments anticancéreux coûteux, notamment dans le traitement des formes avancées du cancer colorectal.
« La lutte contre le cancer ne se gagne pas uniquement dans les soins lourds, mais aussi et surtout en amont, par le dépistage », a-t-il souligné.
Présent à la cérémonie, le représentant résident de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Manga Luciensalue les efforts du gouvernement ivoirien.
« La Côte d’Ivoire accroît ses investissements dans des infrastructures sanitaires modernes, mais surtout met en œuvre des actions pour garantir leur utilisation effective », a-t-il déclaré.
Il a particulièrement insisté sur l’importance de cette campagnequ’il qualifie de « opération de santé publique », allant au-delà d’une simple action médicale.
« Nous ne sommes pas seulement dans une opération clinique, mais dans une démarche de promotion de la santé. Il faut informer les populations pour qu’elles saisissent cette opportunité », a-t-il affirmé.
Tout en félicitant les autorités sanitaires, Dr Manga Lucien a encouragé une extension du dispositif à l’ensemble du territoire. « Les enseignements tirés de cette campagne devra servir à décentraliser le dépistage et à le rendre accessible au plus grand nombre », at-il recommandé.
Face à l’enjeu, les autorités lancent un appel à la mobilisation générale. Pour le représentant de l’OMS comme pour le ministre, l’adhésion des populations est essentielle à la réussite de l’opération.
« Mille places peuvent paraître beaucoup, mais c’est peu. Il faut se mobiliser massivement pour en bénéficier », a insisté le Dr. Manga Lucien.
Même son de cloche du côté du ministre : « Ne soyez pas des malades qui s’ignorent. Faites-vous dépister », a exhorté Pierre N’Gou Dimba.
Au-delà de cette campagne ponctuellement, l’ambition du gouvernement est claire : instaurer une culture durable du dépistage en Côte d’Ivoire.
« Nous voulons faire du dépistage une habitude de santé pour chaque citoyen », a affirmé le ministre, annonçant la poursuite des investissements, notamment avec la construction prochaine d’un centre national de cancérologie à Grand-Bassam.
Un pas de plus vers un système de santé où le cancer ne serait plus une fatalité, mais une maladie que l’on peut prévenir, détecter tôt et traiter efficacement.
Wassimagnon
