Par
Karina Pujeolle
Publié le
Auréolée de douze titres de championne de France (sept en VTT et cinq en cyclo-cross, sa « discipline de cœur »), de cinq titres de championne d’Europe et de quatre maillots arc-en-ciel décrochés sur le toit du Monde, la vétérinaire Laurence Leboucher se dit « gâtée » par la vie.
« Si on m’avait dit tout cela quand j’ai débuté en 1989, je n’y aurais pas cru. C’est un rêve ! », sourit la natif d’Alençon (Orné), aujourd’hui âgée de 52 ans.
Le Petit Poucet à Barcelone, en 1992
À ce beau palmarès, il manque néanmoins une médaille olympique. « C’est le destin ! On ne peut pas refaire l’histoire. Et il ya plus grave dans la vie », mesure celle qui a pourtant vécu cinq Jeux olympiques.
Fr 1992, à Barcelone, elle a tout juste 20 ans quand elle est sélectionnée « pour la route ». Mais Jeannie Longo s’aligne finalement sur piste et sur route. « J’avais une année de compétition dans les jambes et j’étais le petit poucet dans la catégorie Élites ! », recadre celle qui a découvert le cyclisme à 17 ans « par des brevets FSGT le dimanche matin avec une copine dont le père m’avait invitée pour motiver sa fille ! »
Laurence Leboucher a néanmoins pris part au défilé des nations « avec Forget, Lecomte, etc. » et « Devant la reine d’Angleterre, François Mitterrand… »
« C’était un moment particulier », se souvient celle qui a eu envie de faire du vélo « en regardant le Tour de France et Bernard Hinault au coude-à-coude avec Greg LeMond en haut de l’Alpe d’Huez ».
« Un départ de dingue à Atlanta, en 1996 »
Elle retient de Barcelone, « le village olympique en bord de mer, c’était génial ! Et comme je ne courais pas, j’étais libre de profiter ! Cela reste une belle expérience de vie pour moi, même si je m’étais bien entraînée. J’étais prêt jusqu’à la veille, mais je ne figurais pas sur la liste de départ. Et Jeannie Longo à fait 2e… »,
Fr 1996 à Atlanta, elle est sélectionnée fr VTT cross countrycette fois. « J’aime bien le cyclisme, mais le VTT, que j’ai découvert par hasard, collait plus à mes capacités. »
À ces JO de 96, elle réalise « un départ de dingue… et j’explose juste après ! Le taux d’humidité était énorme, il faisait 30°, je n’ai pas géré ces conditions météo. J’étais dégoutée, j’avais envie de rentrer chez moi, le soir même. »
C’est Paola Pezzo, sa rivale italienne, qui décroche le premier titre olympique de cette discipline VTT-cross country. Laurence Leboucher termine 11e.

Ennui mécanique à Athènes en 2004
Fr 2000, à Sydney, elle s’aligne au départ après sa victoire au Championnat d’Europe. « Je l’avais gagné devant Paola Pezzo. J’avais aligné ma course des JO sur elle, pendant cette épreuve. J’avais le potentiel physique de gagner à Sydney ».
Mais après trente secondes de course, Laurence Leboucher finit à terre. « Les JO étaient pliés après 30 secondes ! », rage-t-elle encore. Paola Pezzo démissionne d’une victoire olympique. Laurence Leboucher termine 18e.
Fr 2004, à Athènes, celle qui n’a connu que très peu d’ennuis mécaniques dans toute sa carrière, en subit un de plein fouet : « La butée de mon dérailleur avait été mal réglée, ma chaine est passée entre les rayons. Je ne pouvais alors plus rien gérer ! » Elle décroche néanmoins à son meilleur endroit : 8e.
« J’étais rôtie à Pékin »
Fr 2008, à Pékin, « J’étais rôtie, c’était la cata ! » Elle termine le 17e.
« Ça m’a beaucoup énervée en réalité, parce que tu t’entraînes pour cela et ça ne sourit pas le jour J. Moralité : il faut apprécier les jours où ça sourit », confie Laurence Leboucher.
Une médaille olympique aurait complété ce que j’ai pu faire pendant 20 ans, mais j’ai tout de même vécu des choses exceptionnelles. Une de plus ou une de moins, à la fin de la vie, ça fait pareil !
Elle préfère se concentrer sur les émotions éprouvées in situ. « Ce sont elles qui restent au final. Les médailles se rangent au fond d’une caisse, les souvenirs vivent avec moi. C’est ce que tu as partagé avec ta famille, ton personnel qui reste ancré. Comme quand tu passes la ligne d’arrivée, c’est tout le travail que tu as effectué avant qui revient. »
« Tu les vis à 100 %, sans pression »
Les JO de Pékin furent ses derniers. En tant qu’athlète. Car Laurence Leboucher avait déjà doublonné sa présence olympique dès 2000. « À Sydney, j’ai couru et le lendemain, j’étais consultante pour France Télévisions, avec Jean-René Godard. J’apportais ma technique d’éclairage. J’ai commenté la victoire du Français Miguel Martínez en VTT cross-country masculin, cette année-là. Puis France TV m’a rappelé… »
Elle a alors commenté les victoires de Julien Absalon à Athènes et à Pékin. Puis celle de Julie Bresset à Londres en 2012.
À chaque fois que j’ai commenté les JO avec Jean-René Godard, la France a eu un titre olympique en VTT cross-country ! Et même trois à Sydney ! Mais en 2016 à Rio, avec Pierre-Etienne Léonard, sur n’a rien eu !
Cette expérience est aussi synonyme de bons souvenirs : « C’est super sympa parce que tu vis l’événement à 100 % sans pression ! Tu as toutes les images, tu ne loupes rien et tu vis tous les moments clés et toutes les émotions ! »
« Tout le monde veut gagner ce jour-là »
Aujourd’hui, la Sarthoise de Saint-Léonard-des-Bois, près d’Alençon, avoue se reprendre au jeu devant sa télé. « Je regarde les grands événements et je suis en tension devant mon écran ! L’aspect mental de ces cours est intéressant », sourit-elle.
En quoi une course olympique est-elle différente d’une autre ? « Elle se dispute le Jour-J. Il n’y a pas de gestion. Tout le monde veut gagner ce jour-là, c’est le titre qui importe ! C’est très différent d’une course à étapes. »
Se rendre-t-elle à ceux de Paris cet été ? « Non, pas à titre professionnel, je suis retraitée du sport ! »
Mais la quinquagénaire y laissera néanmoins, une nouvelle fois, son empreinte. En tant que porteuse de la flamme, cette fois.
Je n’avais pas postulé pour la porter la flamme parce que j’estime que j’avais déjà vécu les Jeux et je ne voulais pas prendre la place de ceux qui n’ont pas eu cette expérience.
Mais le comité régional de Normandie de cyclisme l’a contactée. « J’ai commencé ma carrière sous ses couleurs, jusqu’en 2000. J’ai vécu deux olympiades avec eux et j’ai rejoint le comité des Pays de la Loire. Mais le comité de Normandie a pensé à moi, cette année, pour représenter le cyclisme régional, ça me fait très plaisir, j’en suis flattée, donc j’ai accepté et ça a été validé. »
Au Mont-Saint-Michel, le 31 mai à vélo
Le 31 mai, elle a donc rendez-vous au Mont-Saint-Michel pour porter cette flamme olympique de Paris 2024. « Avec Guillaume Martin (cycliste professionnel d’Athis-de-l’Orne, ndlr) en tête de gondole, sur enverra le relais collectif cycliste depuis la porte du Mont-Saint-Michel jusque vers le continent. Juste avant notre relais, il y aura des coureurs qui feront descendre la flamme de l’abbaye jusqu’à la porte du Mont et c’est là que nous prenons le relais à vélo sur 5 km… », s’enthousiasme l’ancienne championne qui a très tôt fait atteindre ses mensurations « pour la tenue ». Un autre souvenir à ranger dans ses archives.
« À deux heures de route de chez moi… »
À quelques jours de l’ouverture des JO de Paris, Laurence Leboucher affiche néanmoins un petit pincement au cœur : elle n’a pas décroché de billet pour assister aux JO de VTT.
J’ai appris que c’était les plus vendus, mais je ne les ai jamais vus en vente ! Les épreuves ont lieu à Saint-Quentin-en-Yvelines, à deux heures de route de chez moi, je n’en aurai jamais été aussi près. C’est dommage…
« Ce sera donc là, le seul ticket qui me manquea aux JO : celui de spectatrice », en rit l’ancienne athlète et consultante, porteuse de flamme en 2024.
Avec un tel appel du cœur de celle qui fut aussi vice-présidente de la fédération française de cyclisme (de 2009 à 2017), qui dit que les jeux (pour y assister) sont faits ?
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