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    Home » Dans «Pilleurs de Terre», le combat de paysans face à l’ogre des multinationale – Invité culture
    January 21, 2026

    Dans «Pilleurs de Terre», le combat de paysans face à l’ogre des multinationale – Invité culture

    news30By news30January 21, 2026 Mode 7 Mins Read
    Dans «Pilleurs de Terre», le combat de paysans face à l’ogre des multinationale – Invité culture
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    Les paysans Bunong du Cambodge, l’ethnie Bagyeli du Cameroun : deux sociétés que plus de 10 000 km séparent, et qui n’ont à priori rien en commun. C’est pourtant de ces deux peuples autochtones que parle le film documentaire Piliers de terresorti le 14 janvier dernier. Car malgré la distance, ils ont été réunis par une cause commune : la lutte contre les multinationales pour récupérer leurs terres ancestrales. La réalisatrice Fanny Paloma a suivi leur combat.

    RFI : Fanny Paloma, bonjour. Qu’est-ce qui vous a amenée, vous, à vous pencher sur l’histoire de ces paysans Bunong et de l’ethnie bagyeli ?

    Fanny Paloma : Cela vient de ma propre histoire. Je suis en partie issue d’une famille chilienne. Et au Chili aussi, il ya des communautés autochtones qui sont là depuis des siècles et des siècles et qui luttent toujours pour récupérer leurs terres qui, à l’époque, ont été volées par des colons espagnols. Cette revendication perpétuelle m’a amenée depuis longtemps à m’interroger : que signifie la terre quand le fait de la perdre veut dire perdre une partie de soi ? Au cours de mes recherches, j’ai entendu parler des Bagyeli et des Bunong, et je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de liens entre eux. J’ai décidé de m’y intéresser notamment via l’union entre ces populations qui ne se rencontrent pas et qui trouvent pourtant le moyen de s’allier contre un adversaire commun.

    Vous parlez des colons espagnols et, justement, au début du film, vous dites que finalement l’extinction des peuples autochtones continue. Est-ce que ça veut dire que le groupe Bolloré serait une forme de nouveau Christophe Colomb quelque part ?

    C’est ce qui ressort en tout cas des tactiques employées, et de la posture adoptée par ces sociétés. Le groupe Bolloré, ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui existent aujourd’hui. Ce sont des sociétés qui estiment que leur vision du monde, et la valeur marchande qu’elles donnent à la terre, est la plus importante et prévaut sur les vies humaines et sur les visions des autres. Donc on retrouve quand même beaucoup d’attitudes proches de celles des premiers colons, c’est-à-dire « il n’y a pas le choix, de toute façon, on arrive, on prend, on exploite, ceci nous appartient ».

    Ce que vous dites me fait penser à cette phrase que vous avez dans le film : « Ce qui se mange est remplacé par ce qui se vend. »

    Particulièrement au Cambodge, mais en fait on le voit aussi au Cameroun, au bout d’un moment, les personnes non seulement n’ont plus assez d’espace pour planter pour elles-mêmes des biens alimentaires, mais finalement elles ont aussi besoin de vendre à ces entreprises qui viennent, qui créent avec elles des contrats qui leur permettent de vendre, par exemple, du caoutchouc à la compagnie. Souvent, les entreprises vont mettre en place des situations où les personnes n’ont pas vraiment le choix que de finalement cultiver pour la compagnie, et ça ne va pas être des fruits et des légumes, ça va être le caoutchouc, ou le poivre, par exemple. Donc petit à petit, les gens cherchent à créer de l’argent plutôt que des biens alimentaires.

    C’est intéressant parce que, ce que l’on voit aussi en visionnant le film, c’est que l’implantation de ces groupes crée également de la division.

    Oui, complètement, et c’est quelque chose qu’on a voulu montrer dans le film. En fait, la division, quand les personnes sont dans une situation de survie, c’est une arme redoutable. Ce que font aussi les entreprises, c’est qu’elles coupent le flux d’informations. Donc, les gens ne savent plus vraiment ce qui se passe pour les autres familles, ne savent plus quels moyens employeur pour se défendre, et ça casse une coutume qui est de prendre les décisions en commun.

    Face à une situation de vie ou de mort, quand certains pensent avoir trouvé la bonne solution, ils s’y tiennent corps et âme. Et c’est cela qui a créé des divisions, parce qu’on ne veut pas que les autres cassent l’initiative qu’on a commencée. Donc c’est tout un système qui permet de diviser les gens à plusieurs étages.

    Il y a d’ailleurs une scène très parlante à ce sujet : à un moment, l’avocat Me Fiodor Rilov, vient informer la communauté Bagyeli des nouvelles avancées. L’un des hommes présente porte une tenue Socapalm dont il a caché le logo. Pourriez-vous nous parler de ce moment-là ?

    La première a choisi qu’il faut dire, c’est qu’à beaucoup de ces réunions, il y avait beaucoup moins de personnes que dans un rassemblement habituel du village. Les gens ont l’habitude de se réunir et de prendre la parole tous ensemble, et là, on nous le disait souvent « il manque la moitié des personnes ». Cet homme a voulu participer à la réunion, et effectivement, il revenait du champ Socapalm, où il est employé – souvent, ce sont des employés à la journée. Et il nous a dit qu’il avait cru que, peut-être, c’était certains envoyés de Socapalm qui se faisaient passer pour des ONG, ou se faisaient passer pour des médiateurs, pour en réalité obtenir des informations, qui pourraient leur permettre ensuite de les bannir du travail, ou en tout cas de leur créer des problèmes.

    Et cela, à votre connaissance, c’est une méthode qui a réellement été utilisée par ces groupes-là ?

    On nous en a beaucoup parlé en tout cas. Un autre homme nous a raconté que la Socapalm avait récupéré les noms des personnes qui avaient porté plainte, afin de tenir une liste pour empêcher certains d’obtenir ce travail journalier. Cette situation de précarité, et cette peur planante, c’est quelque chose qu’on nous a rapporté plusieurs fois.

    En vous écoutant, et en connaissant la force de frappe des multinationales, sur une l’impression d’être face à des rouleaux compresseurs. Comment ne pas désespérer ?

    Du côté des populations, c’est une question de survie. Ce qui les fait tenir, c’est qu’ils ne se battent pas pour un territoire, en fait. Ils ne se battent pas pour un sol, ils se battent pour un lien. Le lien avec leurs ancêtres, leurs descendants, mais aussi avec une manière d’être au monde. Et puisque c’est une question de survie, de toute façon, ils ne lâcheront pas. De notre côté, je pense que la prise de conscience nous apporte déjà beaucoup. Se demander qui raconte l’histoire, quelle histoire on écoute, et qu’est-ce qu’on veut, qu’est-ce qu’on appelle le progrès aujourd’hui ?

    Justement, pouvez-vous expliquer ce que représente la terre pour les Bunong et les Bagyeli, au-delà d’un moyen de subsistance ?

    C’est d’abord un lien spirituel très fort. Souvent, les populations autochtones qui vivent de manière très proche de la nature ont la croyance ferme que leurs ancêtres et les esprits sont des entités avec lesquelles il doit cohabiter. Donc le fait de casser la connexion spirituelle est très difficile à vivre pour beaucoup.

    Ensuite, il y a toutes les habitudes et le savoir nés sur ces terres et qui sont extrêmement riches, qui leur apportent aussi une pharmacopée, des formes de subsistance et une souveraineté. La perdre, c’est recommencer à zéro.

    Le tournage terminé, êtes-vous conservé en lien avec ces communautés ?

    Oui j’essaie d’avoir des contacts les plus réguliers possibles avec eux. Je travaille aussi avec plusieurs personnes qui ont des liens sur place, qui eux vont aussi avoir des contacts. Donc ça nous permet de créer une chaîne quand même pour rester en contact.

    Vous disiez, au tout début de cet entretien, que ce sont des questionnements personnels qui vous ont amenée à vous pencher sur ce sujet. Est-ce que ce film vous a permis de trouver des réponses à ces questionnements plus intimes ?

    Je n’ai pas trouvé de réponses à proprement parler. Je suis plutôt au début d’un cheminement. Tout cela m’a amenée sur une question de sens. En tout cas, c’est cela, la conclusion que j’ai tirée de mon expérience. Et c’est vers cela que je veux continuer à aller.

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